Archives pour la catégorie Humeur du jour

LA MORALE ANARCHISTE par Pierre KROPOTKINE 1889

Semons les graines du futur !

Et parce que DEMAIN se plante aujourd’hui…

Résistance71 a publié en deux parties le texte sublime, profond et bouleversant de Pierre Kropotkine « La Morale Anarchiste » de 1889.

Que j’ai réunifiées dans un PDF de 24 pages que voiciLa Morale Anarchiste, Pierre Kropotkine, 1889

Lien directhttps://jbl1960blog.files.wordpress.com/2017/03/pdfpkropotkinelamoraleanarchiste1889.pdf

Résistance71 ; PREMIÈRE PARTIEhttps://resistance71.wordpress.com/2017/03/16/la-morale-anarchiste-1ere-partie-pierre-kropotkine/

Résistance71 ; DEUXIÈME PARTIEhttps://resistance71.wordpress.com/2017/03/19/la-morale-anarchiste-2eme-partie-pierre-kropotkine/

Voici la conclusion de ce texte ;

Cette morale n’ordonnera rien. Elle refusera absolument de modeler l’individu selon une idée abstraite, comme elle refusera de le mutiler par la religion, la loi et le gouvernement. Elle laissera la liberté pleine et entière à l’individu. Elle deviendra une simple constatation de faits, une science.

Et cette science dira aux hommes : si tu ne sens pas en toi la force, si les forces sont justes, ce qu’il faut pour maintenir une vie grisâtre, monotone, sans fortes impressions, sans grandes jouissances, mais aussi sans grande souffrance, eh bien, tiens-t’en aux simples principes de l’équité égalitaire. Dans des relations égalitaires, tu trouveras, à tout prendre, la plus grande somme de bonheur possible, étant données tes forces médiocres.

Mais si tu sens en toi la force de la jeunesse, si tu veux vivre, si tu veux jouir de la vie entière, pleine, débordante — c’est-à-dire connaître la plus grande jouissance qu’un être vivant puisse désirer — sois fort, sois grand, sois énergique dans tout ce que tu feras.

Sème la vie autour de toi. Remarque que tromper, mentir, intriguer, ruser, c’est t’avilir, te rapetisser, te reconnaître faible d’avance, faire comme l’esclave du harem qui se sent inférieur à son maître. Fais-le si cela te plaît, mais alors sache d’avance que l’humanité te considérera petit, mesquin, faible, et te traitera en conséquence. Ne voyant pas ta force, elle te traitera comme un être qui mérite la compassion — de la compassion seulement. Ne t’en prends pas à l’humanité, si toi-même tu paralyses ainsi ta force d’action.

Sois fort, au contraire. Et une fois que tu auras vu une iniquité et que tu l’auras comprise, — une iniquité dans la vie, un mensonge dans, la science, ou une souffrance imposée par un autre — révolte-toi contre l’iniquité, le mensonge et l’injustice. Lutte ! La lutte c’est la vie d’autant plus intense que la lutte sera plus vive. Et alors tu auras vécu, et pour quelques heures de cette vie tu ne donneras pas des années de végétation dans la pourriture du marais.

Lutte pour permettre à tous de vivre de cette vie riche et débordante, et sois sûr que tu retrouveras dans cette lutte des joies si grande que tu n’en trouverais pas de pareilles dans aucune autre activité. C’est tout ce que peut te dire la science de la morale. À toi de choisir.

Voilà pourquoi ici ou nous vous disons ; Choisissons-nous !

Parce qu’on a toujours le choix d’être du bon côté de l’histoire…

Nul besoin d’armes, de haine ou de violence…

Juste par la force de nos idées, et de nos mots, comme de nos écrits…

Je suis persuadée que nous sommes tous «INTER-RELIÉS» et que de cette «INTERCONNEXION» jaillira, telle une étincelle capable d’embraser tous les empires ;

UNION ► RÉFLEXION ► ACTION ► ASSOCIATIONS LIBRES CONFÉDÉRÉES ► SOCIÉTÉ DES SOCIÉTÉS

L’avenir de l’humanité passe par les peuples occidentaux émancipés de l’idéologie et de l’action coloniales, se tenant debout, main dans la main avec les peuples autochtones de tous les continent pour instaurer l’harmonie de la société des sociétés sur Terre.

Et cela est corroboré notamment dans ce billet ► La France amnésique au passé règlementé par Jean-Paul Demoule Fin et version PDF

Comme dans le dernier qui traite de l’actualité brûlante de ce monde en surfusion ► De nuisance à menace ; Le prix de la Vérité par Paul Craig Roberts

Pierre Kropotkine a une place particulière sur ce blog, et vous le retrouverez largement dans mes petits billets, ou en version PDF dans la page de mon blog dédiée ► https://jbl1960blog.wordpress.com/les-pdf-de-jbl1960/

JBL1960

Source de l’image ► Pinterest

 

Ben Carson a fait un rêve…

Pinçons-le afin qu’il se réveille !

Parce qu’il y en a marre de cauchemarder tout éveillé ;

« Notre nation est née dans le génocide lorsqu’elle embrassa la doctrine que l’américain originel, l’Indien, était un être inférieur. Avant même qu’il y ait eu un grand nombre de nègres sur nos côtes, la balafre de la haine raciale avait déjà défigurée la société coloniale » Martin Luther King

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Ben Carson, ministre de Trump, associe les esclaves à des immigrés

OUEST-FRANCE | Le 07/03/2017 | URL de l’article ► http://www.ouest-france.fr/monde/etats-unis/donald-trump/un-ministre-de-trump-associe-les-esclaves-des-immigres-4840228

Le ministre du Logement de Donald Trump, Ben Carson, qui est lui-même noir, a déclenché un tollé lundi en affirmant que les esclaves ramenés d’Afrique étaient des «immigrés » qui avaient «un rêve» américain.

« C’est ça l’Amérique : une terre de rêves et d’opportunités », a déclaré le ministre lors d’un discours devant les fonctionnaires de son ministère, le jour de l’adoption par l’administration Trump d’un nouveau décret migratoire.

« Il y a eu d’autres immigrés qui sont venus ici au fond de bateaux d’esclaves, qui ont même travaillé plus longtemps et plus dur et pour moins », a ajouté M. Carson.

Habitué des sorties hasardeuses, l’ancien neurochirurgien a poursuivi : «Mais eux avaient aussi le rêve qu’un jour leurs fils, leurs filles, leurs petits-fils, leurs petites-filles, leurs arrière-petits-fils, leurs arrière-petites-filles puissent trouver la richesse et le bonheur sur cette terre».

Des remarques « tragiques, choquantes et inacceptables »

Des immigrés ??? », a aussitôt réagi sur Twitter la grande organisation de défense des droits des Noirs, la NAACP. Ces remarques sont « tragiques, choquantes et inacceptables », a estimé pour sa part le Anne Frank Center USA, qui fait vivre la mémoire de la jeune fille juive, morte en déportation. « Non, monsieur Carson, les esclaves n’ont pas immigré en Amérique. Ils ont été amenés ici violemment, contre leur volonté, et ont vécu ici privés de liberté », a poursuivi le centre.

Pour le ministère du Logement, les très nombreuses réactions outrées et les condamnations dans les médias américains relèvent de «la plus cynique interprétation» des propos du ministre. «Personne ne croit sincèrement qu’il met au même niveau immigration et servitude involontaire», a justifié le ministère.

Le Dr Ben Carson, ancien rival malheureux de Donald Trump aux primaires du parti républicain, n’en est pas à sa première déclaration outrancière. En 2013, il avait affirmé que la réforme du système de santé Obamacare était « la pire chose qui soit arrivée à ce pays depuis l’esclavage ». « Et c’est, d’une certaine façon, de l’esclavage, car cela nous asservit tous à l’État », avait-il ajouté.

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“Les Américains sont le seul peuple, à l’exception des Boers, qui, de mémoire d’homme, ont totalement balayé la population autochtone du sol où ils se sont installés.” ~ Frantz Fanon ~

Fanon ajoute en note de bas de page de son livre “Peau noire, masques blancs”, d’où est tirée et au sujet de cette citation : “En passant, signalons que les Caraïbes ont subi le même sort aux mains des aventuriers espagnols et français.”

PDF de Peau noire, masques blancs ► http://classiques.uqac.ca/classiques/fanon_franz/peau_noire_masques_blancs/peau_noire_masques_blancs.pdf

Alors pour les Amérindiens génocide ou holocauste ?

Une fois de plus l’Allemagne fait face à son passé alors que les États-Unis sont incapables de se regarder dans le miroir de l’histoire ► Lire l’intégralité de ce billet « Le passé compliqué« .

Déjà le mois dernier on avait mis les points sur les i et les barres sur les t au Donald, himself, qui tentait de faire croire que les amérindiens n’étaient que de simples immigrants ► ICI.

Faut réviser l’histoire Mr. Carson, la vraie, pas celle écrite par les vainqueurs depuis 2600 ans…

Le juriste Peter d’Errico a pourtant été on ne peut plus clair il y a peu :

Résistance au colonialisme : Le soi-disant « pouvoir plénier » des États-Unis sur les nations et territoires natifs est un abus de pouvoir avéré depuis le départ ! (Peter d’Errico)

Peter d’Errico démontre ici en appui de la nation sioux Yankton et son dernier challenge juridique en date que le soi-disant « pouvoir plénier » fédéral colonial n’est qu’un abus de pouvoir total en complète contradiction avec la constitution même des États-Unis. Il résulte de cela que toutes les affaires impliquant les territoires des nations originelles autochtones ne sont que des ABUS DE POUVOIR avérés. Tout est là ► La Nation Sioux Yankton vs le DAPL

Il y a longtemps que tu n’as pas vu un cerveau en parfait état de fonctionnement, Benny et pour un ancien neurochirurgien ça la fiche mal !

Réveillez-vous car cette Amérique rêvée n’est qu’une illusion, cet empire est sans terre et un empire sans terre est un empire à terre. Alors on est quelques-uns à être décidés à le faire tomber cet empire et sans armes, ni haine ni violence. Si c’est possible, juste par la force des idées, mais pas les vôtres, non

Sur la base de la Grande Loi de la Paix de la Confédération Iroquoise du XIIème siècle que l’on a lu ► Kaianerekowa : Grande Loi de la Paix de la Confédération Iroquoise (XIIème siècle) version PDF  Alors, nous ne prônons pas son application Per se à nos sociétés qui sont culturellement et structurellement différentes de la société iroquoise, mais nous devrions l’étudier et adapter ce qui est adaptable notamment dans le domaine de l’horizontalité de la prise de décision politique et du schéma de la chefferie sans pouvoir.

On nous rebat les oreilles depuis quelques temps avec le combat au sein même de l’État profond avec d’un côté des ARCHI-NÉOCONS vs des PALÉO-CONSERVATEURS et de l’autre des NOUVEAUX NOUVEAUX CONS

Bla-bla-bla…

Et la même se profile en FranceFILLON SEUL AU MONDE ! Ou pas…

Je ne saurais trop vous conseiller pour vous rappeler de quoi et surtout de qui on parle, en lisant la traduction par Résistance71, d’un article de James Corbett qui datait initialement d’octobre 2011 : La CIA et le trafic de la drogue ► URL de l’article source ► https://www.corbettreport.com/the-cia-and-the-drug-trade/  Résistance politique : Petit aperçu de « l’état profond » à la mode yankee… La CIA et le trafic de drogue ► URL de l’article sur R71 ► https://resistance71.wordpress.com/2017/03/07/resistance-politique-petit-apercu-de-letat-profond-a-la-mode-yankee-la-cia-et-le-trafic-de-drogue/

Et parce qu’on le voit bien là encore que rien, absolument rien à changer et que rien ne changera, dans ce système là !

Si ce n’est NOUS ! Grâce à nos lectures, notamment et avant que d’écrire la suite de l’histoire à l’encre du réel…

JBL1960

Conseil de lectureTrump face à l’Europe par Jean-Loup IZAMBERT

Entre autres, sinon dans la catégorie PEUPLES PREMIERS tout est à lire, à mon sens…

 

 

 

 

 

 

 

ÉTONNANT NON ?

Merci à Pierre Desproges…

Pour ses réquisitoires au Tribunal des Flagrants Délires…

« Il est plus économique de lire « Minute » que Sartre. Pour le prix d’un journal on a à la fois la nausée et les mains sales » Pierre Desproges

Pour les moins de 30 ans qui ne peuvent pas connaitre ► http://www.desproges.fr/citations

Entre autres…

Le 3 mars 1986 – La Démocratie par Pierre Desproges..

Vidéo mise en ligne par Maxouille66usap

Merci à vous M. Desproges…

Illustration du billet, source ► Aix Pression

www.desproges.fr

twitter.com/courrouxcoucou

www.facebook.com/pierredesprogesofficiel

Sur ce blog, ce 3 mars 2017 vous pouvez lire mon billet d’hierLa Nation Sioux Yankton vs le DAPL

Et consulter ma PAGE regroupant tous les PDF déjà réalisésLES PDF DE JBL1960

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Sur le site les 7 du Québechttp://www.les7duquebec.com/7-au-front/le-declin-de-limperialisme-contemporain/

LE DÉCLIN DE L’IMPÉRALISME CONTENPORAIN, Version PDF par Robert Bibeau

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Sur Résistance71http://www.resistance71.wordpress.com

Combat politique : Albert Camus et les anarchistes ~ 1ère partie ~

En 2014, Agnès Spiquel, présidente de la société des études camusiennes et professeure de littérature à l’université de Valenciennes, a confirmé lors d’une conférence à l’université de Nantes, que Camus donna une partie de l’argent de la récompense pour son prix Nobel de littérature (1957) aux anarchistes espagnols réfugiés.
L’article ci-dessous prouve sans l’ombre d’un doute les fortes affinités de l’artiste, romancier, essayiste, dramaturge, philosophe, journaliste Albert Camus (1913-1960) avec le mouvement et la cause anarchistes. Il est plus que probable que la trahison communiste de la révolution sociale espagnole ait été le catalyseur de sa rupture avec le PCF/PCA en 1937.

~ Résistance 71 ~

“On peut dire qu’il n’y a pas encore eu de révolution dans l’histoire. Il ne peut y en avoir qu’une qui serait le révolution définitive. Le mouvement qui semble achever la boucle en entame déjà une nouvelle à l’instant même où le gouvernement se constitue. Les anarchistes, Varlet en tête, ont bien vu que gouvernement et révolution sont incompatibles au sens direct.”
~ Albert Camus, “L’homme révolté”, 1951 ~

Albert Camus et les libertaires

 Lou Marin |  Novembre 2009 | URL de l’article source ► http://anarchismenonviolence2.org/spip.php?article89

Le 4 janvier 1960, Albert Camus est mort d’un accident de voiture. Pour commémorer cet événement quarante ans après, en 2000, la presse allemande a publié dans ses colonnes des souvenirs et des articles nécrologiques. Des journaux ont célébré le grand auteur, le dramaturge et même le combattant de la Résistance. Ses théories philosophiques donnèrent lieu à des débats critiques ; on les comparait avec celles de Sartre que certains jugeaient d’un meilleur niveau. Et on a réduit l’actualité du propos de Camus à sa seule dimension historique et politique, lui donnant le rôle d’un des premiers critiques du « totalitarisme » stalinien pendant la guerre froide. Cette attitude lui valut plus tard d’être célébré ou d’être regardé comme un idéologue décidément du côté de l’Ouest, voire comme un « colonialiste de bonne volonté » [1].

Et le Camus libertaire a été oublié une fois de plus.

Lire l’intégralité de l’article sur Résistance71 ► https://resistance71.wordpress.com/2017/03/02/combat-politique-albert-camus-et-les-anarchistes-1ere-partie/

Et aussi  ► https://resistance71.wordpress.com/2017/02/28/verite-lucidite-engagement-et-combat-le-journalisme-dalbert-camus-ou-lideal-bafoue/

Et encore ► https://resistance71.wordpress.com/2013/06/16/societe-contre-letat-albert-camus-lanarchiste/

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L’avenir de l’humanité passe par les peuples occidentaux émancipés de l’idéologie et de l’action coloniales, se tenant debout, main dans la main avec les peuples autochtones de tous les continents pour instaurer l’harmonie de la société des sociétés sur terre. Il n’y a pas de solutions au sein du système, n’y en a jamais eu et n’y en aura jamais ! L’un de mes objectifs étant de faire tomber l’empire ► Ici.

Pour un changement de paradigme, sans dieux ni maitres, sans armes, ni haine, ni violence ► Kaianerekowa : Grande Loi de la Paix de la Confédération Iroquoise (XIIème siècle) version PDF

JBL1960

 

 

Pour que rien ne rentre dans les urnes…

Ni vos rêves, ni nos vies…

NOS RÊVES VALENT MIEUX QUE LEUR CAUCHEMAR ;

Et comme je l’ai expliqué dans ce billet ICI dès le 12/08/2016 et déjà avec l’idée que « Nul ne sera Chef de ce changement qui vient » dans les mots de Gustavo Esteva amplifié par La Voie du Jaguar le 16/08/2016 et comprenant l’importance de ce message, qui est surtout qu’il n’y a aucune solution au sein du Système !

C’est ce qu’explique l’EZLN qu’a traduit et publié Résistance71 aujourd’hui sous l’intitulé : Vision zapatiste de l’histoire et symbiose politique…

En traduisant ce texte, on s’est dit qu’on aurait pu l’écrire, bien sûr pas en rapport au contexte zapatiste du Chiapas, mais en rapport à la symbiose de pensée et d’analyse historico-politique… Vous verrez que, sans aucune concertation, même certaines expressions utilisées, résumant la seule conclusion politique qui s’impose à toute personne politiquement éveillée aujourd’hui, sont identiques.
Traduire ce texte nous a particulièrement touché, ceux qui nous lisent régulièrement sauront pourquoi et dans la pseudo-tourmente dans un verre d’eau que suscite ou tente de susciter le grand cirque électoral franchouillard qui bat son plein, nous ne voyons qu’une seule chose à faire, pour quelque temps, c’est de faire silence, comme les zapatistes l’avaient fait en décembre 2012.Le silence pour se faire entendre !
Méditez et faites circuler ce texte, dans cette pourriture de contexte électoral et de climat politique délétère, il en vaut la peine.

A bientôt… (nous répondrons à tout commentaire si nécessaire), jusque là… le silence est d’or…

~ Résistance 71 ~

Les murs au dessus les fissures en bas

(Et à gauche)

Février 2017 | URL de l’article original :http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2017/02/16/the-walls-above-the-cracks-below-and-to-the-left/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+EnlaceZapatista+%28Enlace+Zapatista%29

URL de l’article sur R71 et à lire absolument ► https://resistance71.wordpress.com/2017/02/24/vision-zapatiste-de-lhistoire-et-symbiose-politique/

Ce texte à lire sur R71 donc constitue le meilleur des préambules au très long texte de l’EZLN (et traduit par leurs soins en français) ci-dessous. Car il nous assure que 2017 sera bien l’année du « Réveil » des peuples, de tous les peuples, PAR & POUR NOUS & TOUS ENSEMBLE : ICI & MAINTENANT & D’OÙ NOUS SOMMES…

L’année du déclic en tous les cas…

UNE HISTOIRE POUR TENTER DE COMPRENDRE

17 novembre 2016 | URL de l’article traduit par l’EZLN ► http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2017/02/23/une-histoire-pour-tenter-de-comprendre/

A la Sexta nationale et internationale :
A celles et ceux qui sympathisent et soutiennent la lutte des peuples originaires :
A celles et ceux qui sont anticapitalistes :
Compañeras, compañeros, compañeroas :
Sœurs et frères :
Ce long texte, nous l’avons fait ensemble avec le Sous-commandant insurgé Moisés, porte-parole et chef actuel de l’EZLN, et en consultant sur quelques détails certaines des Commandantes et des Commandants de la délégation zapatiste qui a assisté à la première étape du Vème Congrès du Congrès National Indigène. 
 
Bien que cette fois, comme à d’autres occasions, ce soit à moi qu’en revienne la rédaction, c’est le Sous-commandant insurgé Moisés qui lit, ajoute ou retire, approuve ou rejette, non seulement ce texte, mais tous ceux qui apparaissent à la lumière publique comme étant des textes authentiques de l’EZLN. A bien des reprises, au long de ces écrits, j’emploierai la première personne du singulier. La raison de cela se comprendra plus loin. Bien que la destinataire principale de ces lignes soit la Sexta, nous avons décidé d’élargir sa destination à ceux qui, sans être ni se situer avec nous, ont des inquiétudes identiques et des efforts similaires. Voici donc :

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NOS CAUCHEMARS NON PLUS.

 Il y a de cela quelques années, la créativité et le génie d’un certain collectif de la Sexta a produit une phrase qui, au cours du temps, a été décernée au zapatisme. Vous savez bien que nous sommes contre le copyright, mais nous n’avons pas l’habitude de nous décerner des paroles ou des actions qui ne soient pas les nôtres. Cependant, bien que nous n’en soyons pas auteurs, la phrase reflète en partie notre ressenti comme zapatistes que nous sommes.
Brandie par la Sexta, dont le scepticisme face au “pouvoir” des urnes électorales institutionnelles a été attaqué (et l’est encore) par des moyens grossiers comme le chantage et les menaces, la phrase va bien plus loin et définit les limites et les carences d’une forme de lutte, la lutte électorale :
“Nos rêves ne tiennent pas dans vos urnes”, disait-on, et dit-on.
Nous, comme femmes et hommes zapatistes que nous sommes, y souscrivions alors… et maintenant. Elle a la vertu de dire beaucoup avec peu de mots (un art aujourd’hui oublié). Mais depuis ce côté-ci du passe-montagne, depuis notre être qui nous sommes, nous ajoutons : “nos cauchemars non plus”.
Certes, nous aurions pu mettre aussi : “et nos mortEs non plus”, mais il se trouve que, en ces temps malheureux, la douleur s’est étendue encore plus loin. La mort naturelle n’est plus la seule responsable de l’éloignement de ceux qui nous manquent aujourd’hui ; comme, dans notre cas, du Sous-lieutenant insurgé d’infanterie Hernán-Omar (qui faisait partie des nôtres depuis avant le soulèvement, et que le cancer a arraché de notre bord, et de celui de sa compañera et de son fils – que nous embrassons spécialement en ce premier anniversaire sans lui-).
Maintenant ce sont, et de manière croissante, les assassinats, les disparitions, les prisons, les enlèvements.
Si vous êtes pauvres, vous êtes vulnérables ; si vous êtes une femme, vous êtes encore plus vulnérable. Comme si le système ne se contentait pas de vous agresser pour ce que vous êtes, et se donnait la macabre tâche de vous éliminer. C’est-à-dire que ce n’est plus seulement une histoire de harcèlement et de violence sexuelle.

Que s’est-il passé dans ce système, pour que devienne “naturel”, voire “logique” (“oui, elles l’ont bien cherché”, dit la société tout entière), non seulement le viol, mais aussi la séquestration, la disparition et l’assassinat de femmes ? Oui, de femmes.
La démocratisation de la haine de genre égalise âges, races, couleurs, statures, poids, croyances, idéologies, militances ou non ; toutes les différences, à l’exception de celles de classes, diluées dans un faute majeure : être femme.
Et voila, à vous de rajouter des circonstances aggravantes, selon votre différence : couleur, stature, poids, indigène, afro-descendantE, fille, garçon, ancienNE, jeune, gay, lesbienne, transgenre, votre manière propre à vous, quelle qu’elle soit. Oui, un système qui se charge non plus seulement de séparer et de mépriser les différences, mais maintenant décidé à les éliminer complètement. Et non seulement à les exterminer, mais à le faire désormais avec toute la cruauté dont est capable la modernité. La mort continue à tuer, mais maintenant avec davantage de sadisme.
 Donc, ce que nous voulons dire, c’est que non seulement il nous manque les mortes et les morts, mais aussi : les disparuEs, les séquestréEs, les emprisonnéEs
Combien des absents d’Ayotzinapa entrent-ils dans combien d’urnes ? Dans quel projet de parti politique les rencontre-t-on ?
Quel logo institutionnel croise-t-on, lorsque l’on pense à ceux qui nous manquent ?
Et si on n’a même pas la certitude qu’ils soient morts ? Et si ce n’est pas seulement l’absence qui fait mal, mais aussi le fait que s’y ajoute l’incertitude et l’angoisse (il a mangé ? il a froid ? il est malade ? il a suffisamment dormi ? Quelqu’un le console ? Est-ce qu’il sait que malgré tout, je le chercherai toujours ?) ?
Dans quelle aspiration à une charge, à un poste, à un gouvernement, y a-t-il place pour les femmes agressées, disparues, assassinées par tout le spectre idéologique ?
Combien de bulletins électoraux valent les enfants assassinés par le Parti d’Action Nationale, dans la garderie d’enfants ABC ?
Pour qui votent les exterminés ? pour le Parti Révolutionnaire Institutionnel et ses répliques mal dissimulées, dans toute l’extension des géographies et des calendriers du Mexique d’en-bas ?
Dans quels décompte de votes apparaissent les persécutés par le Parti de la Révolution Démocratique, accusés du délit d’être jeunes ?
Dans quels partis politiques sont représentées les différences sexuelles persécutées en public et en privé, pour lesquelles il y a comme condamnation l’enfer dans la vie et dans la mort ?
Quels sont les partis politiques institutionnels dont les logos et slogans salissent les murs que doivent sauter des milliers de migrants, hommes, femmes et enfants, pour tomber entre les mains de gouvernants-criminels-entrepreneurs de la traite de personnes ?
Et on pourrait trouver bien des exemples dans des chroniques, des blogs, des reportages, des notes journalistiques, des articles d’opinion, des hashtags, etc… mais il restera toujours la certitude que les faits criminels qui ne sont même pas mentionnés publiquement sont les plus nombreux.
Où est l’urne électorale pour qu’on puisse y exprimer l’exploitation, la répression, la spoliation et le mépris des peuples originaires ?
Dans quelle urne déposer les douleurs et les rages du…
Yaqui, Kumiai, Mayo, Cucapá, Tohono O´odham, Raramuri, Kikapú, Pame,Totonaca, Popoluca, Nahua, Maya Peninsulaire, Binizáa, Mixteco, Hñähñü, Totonaca, Mazateco, Purépecha, Mixe, Chinanteco, Mazahua, Me´phaa, Téenek, Rarámuri, Chontal, Amuzgo, Ópata, Solteco, Chatino, Papabuco, Triqui, Cora, Cuicateco, Mame, Huave, Tepehuano, Matlatzinca, Chichimeca, Guarijío, Chuj, Jacalteco, Lacandón, Comc´ac, Wixárika, Kanjobal, Chontal, Chocho, Tacuate, Ocuilteco, Kekchí, Ixcateco, Motocintleco, Quiché, Kakchiquel, Paipai, Pápago, Cochimí, Ixil, Kiliwa, Aguacateco, Mame, Chol, Tzotzil, Zoque, Tojolabal, Tzeltal ?
Où tout cela peut-il tenir ?
Et quand est-ce qu’en réajustant les critères, la dictature de la terreur et sa logique perverse qui envahit tout ont-elles obtenues leur autorisation légale ?

J’ai eu de la chance, dit n’importe quelle femme ou homme détroussée dans la rue, à son domicile, au travail, ils ne m’ont pas tiré dessus-mis un coup de couteau.
J’ai eu de la chance, dit n’importe quelle femme tapée et violée, ils ne m’ont pas séquestrée.
J’ai eu de la chance, dit l’enfant soumis à la prostitution, ils ne m’ont pas brûlé vif.
J’ai eu de la chance, dit le gay, la lesbienne, le transsexuel, ou l’AutrE avec les os cassés et la peau lacérée, ils ne m’ont pas assassinéE.
J’ai eu de la chance, dit l’ouvrier, l’employée soumisE à des heures supplémentaires de travail et un salaire plus réduit, ils ne m’ont pas licencié.
J’ai eu de la chance, dit le leader social torturé, ils ne m’ont pas fait disparaître.
J’ai eu de la chance, dit le jeune étudiant assassiné et jeté dans une rue, ma famille n’aura pas à me chercher.
J’ai eu de la chance, dit le peuple originaire spolié, ils ne m’ont pas exterminé.
Quelle enquête prend en compte la destruction de la Terre ? Pour qui votent les eaux polluées, les espèces animales traquées jusqu’à leur extinction, la terre stérile, l’air infecté ? Où met-on le bulletin d’un monde agonisant ?
Donc vous avez raison : “Nos rêves ne tiennent pas dans vos urnes”.
Mais nos cauchemars non plus.
Chacun peut être responsable de ses rêves. Il reste à demander des comptes à celui qui est le responsable de nos cauchemars. Il manque ce qu’il manque…

UN “OUI”, PLUSIEURS “NON”.

Oui, la proposition initiale et originale est nôtre, de l’ezèdélène. Nous, hommes et femmes zapatistes, l’avons fait connaître aux déléguées et délégués du Cinquième Congrès du Congrès National Indigène. Cela a eu lieu les 9, 10, 11 et 13 octobre de l’année 2016, au siège du CIDECI-Unitierra, à San Cristobal de Las Casas, Chiapas, Mexique. Il y avait à ces dates-là des déléguées et délégués de collectifs, organisations, quartiers, tribus, nations et peuples originaires des langues amuzgo, binni-zaá, chinanteco, chol, coca, náyeri, cuicateco, kumiai, lacandón, matlazinca, maya, mayo, mazahua, mazateco, mixe, mixteco, nahua, ñahñu, ñathô, popoluca, purépecha, rarámuri, tlapaneco, tojolabal, totonaco, triqui, tzeltal, tzotzil, wixárika, yaqui, zoque, et chontal. Le 13 octobre 2016, la plénière de ce Cinquième congrès du CNI a décidé de faire sienne la proposition, et de la soumettre à une consultation entre ceux qui en font partie. Le 14 octobre 2016, aux premières heures, le CNI et l’EZLN ont rendu publique cette décision, dans un document appelé : “Que tremble la terre jusque dans ses entrailles”.

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Non, ni l’EZLN comme organisation, ni aucune, ni aucun de ses membres ne va participer pour “un poste d’élection populaire” au processus électoral de 2018.
Non, l’EZLN ne vas pas se convertir en un parti politique.
Non, l’EZLN ne va pas présenter une femme indigène zapatiste comme candidate à la présidence de la République en 2018.
Non, l’EZLN n’a “pas viré de bord” de quelque degré que ce soit, ni ne continuera sa lutte par la voix électorale institutionnelle.
Et donc l’EZLN ne va pas présenter une indigène zapatiste aux élections pour la présidence de la République ? Vous n’allez pas participer directement aux élections de 2018 ?
Non.
Pourquoi non ? A cause des armes ?
Non. Ils se trompent grandement ceux qui pensent que c’est pour ça : nous les zapatistes, femmes et hommes, nous avons pris les armes pour nous servir d’elles, pas pour en être les esclaves.
Donc c’est parce que le système politique électoral institutionnel est corrompu, frauduleux et illégitime ?
Non. Même s’il était transparent, équitable, juste et légitime, les zapatistes n’y participerions pas pour obtenir et exercer le Pouvoir depuis un poste, une charge ou une nomination institutionnelle.
Mais, dans certaines circonstances, pour des questions stratégiques et/ou tactiques, ne participeriez-vous pas directement pour exercer une responsabilité ?
Non. Même si “les masses” nous le demandaient, même si la “conjoncture historique” ait besoin de notre “participation”, même si l’exigaient “la Patrie”, “la Nation”, “le Peuple”, “le Prolétariat”  ou quel que soit le concept concret ou abstrait avancé comme prétexte (et derrière lequel se cache, ou pas, l’ambition personnelle, familiale, d’un groupe ou d’une classe) ; même si l’exigeaient la conjoncture, la confluence des astres, les prophéties, l’indice boursier, le manuel du matérialisme historique, le Popol Vuh, les enquêtes, l’ésotérisme, “l’analyse du concret de la réalité concrète”, l’etcétéra qui conviendrait.
Pourquoi ?
Parce que l’EZLN ne lutte pas pour prendre le Pouvoir.

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Vous croyez qu’avant on ne nous l’a pas offert, ça et plus encore ? Qu’ils ne nous ont pas offert des responsabilités, des postes, des ambassades, des consulats, des voyages à l’étranger “tout inclus”, en plus des budgets qui y sont joints ? Vous croyez qu’ils ne nous ont pas offert de nous convertir en un parti politique institutionnel, ou de rentrer dans l’un de ceux qui existent déjà, ou de ceux qui se formeront, et de “jouir des prérogatives de la loi” (c’est comme ça qu’ils disent) ?
Nous avons accepté ? Non.
Et nous ne nous offensons pas, nous comprenons que l’ambition ou le manque d’imagination, ou la courte vue, ou l’absence de connaissances (et clairement, le fait de ne pas savoir lire), en amène plus d’un à se précipiter pour entrer dans un parti politique institutionnel, ensuite à en sortir et passer à un autre, ensuite à en sortir et en former un autre, et ainsi de suite. Nous comprenons qu’il y en a plus d’un (ou d’une) pour qui l’alibi de “changer le système depuis l’intérieur” marche encore. Pour nous, non.
Mais, en ce qui concerne la direction et les troupes zapatistes, notre refus ne concerne pas seulement le Pouvoir institutionnel, il s’applique aussi aux formes et aux processus autonomes que les communautés créent et approfondissent jour après jour.
Par exemple : aucun insurgé ou insurgée, qu’il ou qu’elle soit du commandement ou bien des troupes ; ni aucune commandante ou commandant du CCRI, ne peuvent être autorités dans une communauté, ni dans une municipalité autonome, ni dans les différentes instances organisatrices autonomes. Ils ne peuvent pas être conseillères, ni conseillers autonomes, ni conseils de bon gouvernement, ni commissions, ni aucune des responsabilités attribuées par assemblée, créées ou sur le point d’être créées au fil de la construction de notre autonomie, c’est-à-dire de notre liberté.
Notre travail, notre tâche en tant qu’ezèdélène, c’est de servir nos communautés, de les accompagner, de les soutenir, pas de les diriger. Les soutenir, oui. Parfois on y arrive. Et oui, c’est vrai, parfois nous sommes une entrave, mais, dans ce cas, ce sont les peuples zapatistes qui nous donnent une gifle (ou plusieurs, selon), pour que nous corrigions.

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Tout cela n’aurait pas besoin d’être clarifié et réaffirmé, si une lecture attentive avait été faite du texte intitulé “Que tremble la terre jusque dans ses entrailles” , rendu public le matin du 14 octobre 2016.
Non, nous n’avons pas participé à la rédaction de la déclaration. Le texte a été rédigé par la commission provisoire nommée par l’assemblée du CNI et ils nous l’ont fait connaître. Nous n’avons pas ajouté ni retiré la moindre virgule, ni le moindre point. C’est tel que l’ont écrit les déléguées et délégués du CNI que nous l’avons fait nôtre.
Mais comme cela se voit, l’analphabétisme fonctionnel ne connaît pas de frontières idéologiques ni de signes partisans, puisque de tout le spectre politique ont surgi un certain nombre d’expressions, de commentaires et d’opinions oscillant entre racisme et stupidité. Oui, nous avons vu une partie des intellectuels de la gauche institutionnelle et certains de la gauche marginale coïncider avec le membre du parti du PAN Diego Fernandez de Cevallos, paladin du “féminisme”, de “l’honorabilité”, de “l’honnêteté”, de “l’inclusion”, et de “la tolérance”, et qui s’occupe désormais, aux côtés d’Antonio Lozano Garcia, la version ésotérique de “La Loi et l’Ordre”, de cacher d’ex(?) gouverneurs en fuite.
Qui oublie la Calderona applaudissant à en devenir fou de rage, lorsque le sus-nommé Fernández de Cevallos, alors candidat présidentiel en 1994, donnait aux femmes le “doux” nom de “bande de gonzesses”, et qu’il appelait les paysans “les sans-caleçons” ? La Calderona est-elle le symbole de la montée en puissance des femmes d’en haut, ou bien le simple prête-nom d’un psychopathe insatisfait ? Cela trompe-t-il encore quelqu’un, qu’il se présente sous son nom de “femme célibataire” ?
 
Comme nous vous le raconterons après, les déléguées et délégués du CNI au Ve congrès avaient averti que le profond racisme qu’il y a dans la société mexicaine était un obstacle pour mener à bien cette initiative.
 
Nous, nous leur avons dit que ce n’était pas seulement du racisme. Il y a aussi, dans la classe politique mexicaine, un profond mépris. Pour celle-ci, les peuples originaires ne sont même plus aujourd’hui un obstacle, un vieux meuble qu’il faudrait jeter aux poubelles de l’histoire en le décorant de citations du Popol Vuh, de broderies multicolores et de rubans d’occasion. La politique d’en haut voit au travers des indigènes, comme si c’étaient les restes des pacotilles de verre oublié par un conquistador quelconque, ou les restes anachroniques d’un passé capturé sous formes de codex, de livres et de conférences “magistrales”. Pour la politique institutionnelle, les peuples originaires n’existent pas, et quand ils “réapparaissent” (c’est comme ça qu’ils disent), c’est qu’il s’agit alors d’une sale manœuvre d’un esprit pervers et tout puissant. 524 ans après, ils ne conçoivent l’indigène que comme incapable, idiot, ignorant. Si les originaires font quelque chose, c’est parce que quelqu’un les manipule ; s’ils pensent quoi que ce soit, c’est parce que quelqu’un les oriente dans la mauvaise voie. Pour les politiciens d’en haut de tout le spectre idéologique, il y aura toujours “un étranger ennemi” derrière les peuples indigènes.
 
Le monde de la politique institutionnelle n’est pas seulement incroyablement fermé et compact, non. C’est aussi là où la “popularité” règne sur la rationalité, la bestialité sur l’intelligence, et l’impudence sur un minimum de décence.
Que les médias commerciaux dupent l’information pour la convertir en marchandise, on le sait déjà, passons. De toutes manières il faut bien que les reporters mangent, et c’est compréhensible que, pour eux, la “coupure de presse” disant que l’EZLN va participer aux élections avec une femme zapatiste se vende mieux que de dire la vérité, c’est-à-dire que c’est le CNI qui va décider s’il participe ou non, avec sa propre déléguée, et qui, si c’est le cas, comptera sur le soutien du zapatisme.
Cela se comprend, le manque d’information est aussi une marchandise. Les reporters et rédacteurs ont gagné leur pain quotidien, ok (oui, de rien collègues, non, non faut pas me remercier, non, sérieusement, bref).
Mais que des personnes qui se disent cultivées et réfléchies, dont on suppose qu’elles savent lire et écrire et qu’elles ont accès à un minimum d’information, qui donnent des cours dans des centres d’études supérieures, qui sont émérites, qui touchent sans faute leurs bourses et leurs salaires, et qui voyagent en vendant de la “connaissance” ne lisent pas ce que le document “Que tremble la terre jusque dans ses entrailles” dit clairement, et qu’ils disent et écrivent toutes sortes de sottises, et bien c’est, comment le dire calmement ?… et bien ça fait d’eux des escrocs et des charlatans.
On dirait que les 140 caractères et la maison de cristal de plomb des médias se sont déjà transformés en un mur qui nie la réalité, qui l’expulse et la déclare illégale. Tout ce qui ne rentre pas dans un tuit n’existe pas, se disent-ils et se content-ils de penser. Et les médias commerciaux le savent : “personne ne va lire avec attention un document de 6 pages, donc faisons un résumé quelconque et les “leaders d’opinion” sur les réseaux sociaux le prendront comme une vérité”. Apparaissent ainsi une série de barbaries qui, d’ores et déjà, précipite une hystérie de suppression qui provoquera, peut-être, l’effondrement de l’immense royaume de l’oiseau bleu .
 
Combien de mépris de la part des peuples originaires méritent ces personnes, qui ne leur concèdent pas même l’existence. Bien que le texte dise clairement : “une femme indigène déléguée du CNI”, la magie de la stupidité efface “du CNI” et le remplace par “de l’EZLN”.
Et ensuite ? Et bien une déferlante de positionnements, de commentaires, d’opinions, de critiques, de disqualifications, de likes et de dislikes, de pouces vers le haut et vers le bas, et même un certain nombre de majeurs levés.
Lorsque quelqu’un qui avait effectivement pris la peine de lire le texte original, fit timidement remarquer que la possible candidate serait du CNI et non de l’EZLN et que, par conséquent, ce n’est pas l’EZLN qui participe aux élections, le monde entier lui tombe dessus : “nan, tout ça c’est une vile manipulation de la face de serpillière”.
Et ensuite ceux qui réclamaient, presque immédiatement, pourquoi on ne “libérait” pas (oui, c’est comme ça que c’était écrit) tout d’abord le Chiapas. Bien sûr, vu que c’est au Chiapas que se trouvent les territoires des Yaquis, Kumiai, Rarámuris, Nahuas, Zapotecos, Mixtecos, Chinantecos, Totonacos, Popolucas, Mayas Péninsulaires, Wixaritaris, pour n’en mentionner que certains. Suite aux premières moqueries, ils ont commencé à rectifier le tir et à, au moins, consulter sur google qui pouvaient bien être ces autres indigènes là “manipulés par la face de chaussettes”, et ils se sont alors rendus compte qu’ils ne survivent pas au Chiapas (ce qui, dit en passant, aurait impliqué que les prouesses manipulatrices du défunt en question surpassent déjà les frontières des “montagnes du sud-est mexicain”).
Après avoir consulté des compas avocats, j’ai demandé au sous-commandant insurgé Moisés, et non. Il n’y aura pas de plaintes devant la CONAPRED (Commission Nationale pour la Prévention de la Discrimination) pour violation de l’article premier de la Constitution politique des États unis mexicains et de la Loi fédérale pour la prévention et l’élimination de la discrimination, ni devant les tribunaux pour divulgation d’information “inexacte et fausse” causant “un tort, qu’il soit politique, économique, d’honneur, de vie privée et/ou d’image”.
Non, nous ne savons pas si le Congrès National Indigène (qui compte dans ses rangs un certain nombre de spécialistes en jurisprudence) procédera au dépôt des plaintes en question.
Nous ne savons pas non plus si les étudiantEs, lecteurs et lectrices, disciples et celles et ceux qui leur paient bourses et salaires procéderont au dépôt d’une plainte judiciaire pour fraude (fraude : mensonge, donner l’apparence de la vérité à ce qui est mensonger), selon les termes de l’article 386 du Code pénal fédéral : “commet le délit de fraude celui qui trompant quelqu’un ou profitant de l’erreur dans lequel celui-ci se trouve, s’approprie illicitement de quelque chose ou obtient un profit excessif”.

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Cependant il y a eu, il y a, et il y aura des doutes et des questionnements légitimes et rationnels (l’immense majorité de la part de compas de la Sexta, mais pas seulement). C’est à ces doutes et ces questionnements que, dans la mesure du possible, nous tenterons de répondre dans ce texte. Il est certain que nos paroles ne seront pas suffisantes. Toutes les critiques formulées depuis tout le spectre politique et idéologique avec un minimum de rationalité, de respect et avec une information véridique, nous les prendrons en compte, si elles sont de notre ressort.
Et il faut ici le mettre au clair auprès de toutes et tous : la proposition n’est plus dans les mains du zapatisme. Depuis le 13 octobre 2016, la proposition a cessé d’être nôtre, et s’est transformée en proposition conjointe, au cours du Cinquième congrès du CNI.
Plus encore : depuis le jour où la consultation du CNI a débuté, l’acceptation, le rejet et/ou la modification de la proposition dépend uniquement et exclusivement des collectifs, organisations, quartiers, tribus, nations et peuples originaires organisés au sein du Congrès National Indigène. Plus de l’EZLN. Le résultat de cette consultation et les décisions qui en découleront, s’il y en a, seront connues lors de la Seconde étape du Cinquième Congrès, les 29, 30 et 31 décembre 2016 et le 1er janvier 2017, dans l’État du Chiapas, Mexique. Ou avant, si le CNI en décide ainsi.

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Bien sûr, vous êtes en train de vous demandez pourquoi nous avons fait cette proposition. Si nous continuons à penser comme nous l’avons dit depuis le début de notre lutte, et nous le ratifions maintenant. Bon, nous vous l’expliquons maintenant.
Quand le Sous-commandant insurgé Moisés m’a dit qu’il m’incombait de faire l’explication à la Sexta, je lui ai demandé comment je devais le faire. “Très simple”, m’a-t-il répondu, “raconte leur ce qu’il s’est passé”. C’est ce que je vais faire…

UNE PETITE ET COURTE GÉNÉALOGIE.

Nous n’avons pas pu préciser la date. Nous sommes tous les deux tombés d’accord que c’est entre les années 2013-2014. Bien que le défunt Supmarcos n’était pas encore défunt, sa mort avait déjà été décidée, le Sous-commandant insurgé Moisés était déjà à la tête de l’EZLN, et les premières observations de l’Hydre commençaient à s’éclaircir.
Je ne sais pas là-bas, mais ici, les idées ne surgissent pas à un moment particulier, ni n’ont d’auteur ou d’auteure précisE. Elles naissent et ensuite, elles se modèlent petit à petit, parfois elles en arrivent à se transformer en une proposition, puis en une initiative. D’autres fois, le plus souvent, elles n’en restent qu’au stade des idées. Pour franchir la limite entre idée et proposition, il faut des mois, des années, voire des décennies. Et, si cela arrive, il suffit que l’idée se concrétise dans la parole de quelqu’un pour que débute son chemin cahoteux.
Cela n’a pas non plus surgi d’une réunion ex profeso. Si vous me pressez de répondre, je dirais que ça a commencé au petit jour, un matin de café et de tabac. Nous analysions ce que les différents postes de vigie détectaient, et les changements profonds qui, bien qu’apparus il y a un moment de cela, étaient déjà manifestes dans les villages et les communautés zapatistes.
Moi, je dis que c’est par le Sous-commandant Moisés que l’idée à fait son chemin. Je suis quasiment sûr qu’à moi, quelque chose d’aussi insensé et absurde ne m’aurait pas traversé l’esprit.
Quoi qu’il en soit, c’est à partir du moment où le SubMoy en a parlé que nous nous sommes mis à y penser sérieusement, avec la fameuse méthode zapatiste de faire retourner et retourner l’idée, jusqu’à arriver là où nous le souhaitons, c’est-à-dire “au jour d’après”.
Commençons par le début, c’est-à-dire par les difficultés et les obstacles. Si les unes et les autres sont suffisamment grandes pour qu’elles soient dignes de défi, alors on passe à la phase suivante : ce qui s’y oppose. Après, et seulement après, on analyse les pour, ce qu’elle a de bien. C’est-à-dire qu’on ne décide pas avant de savoir si ça vaut le coup. C’est-à-dire que premièrement va le quoi, ensuite, tout ce qui s’oppose et tout ce qui va en faveur du comment, ensuite, où et quand (le calendrier et la géographie) et, à la fin du commencement, qui.
Tout cela, ça n’est pas le fait d’une personne, ça s’ouvre petit à petit à des collectifs chaque fois plus nombreux. C’est là que ça se “complète” petit à petit, à partir des questions, premièrement des comités les “plus vieux” (nous nous référons à ceux qui sont les plus anciens et qui connaissent notre histoire de première main), ensuite avec ceux qui se sont incorporés au travail de direction organisationnelle, ensuite à ceux qui participent déjà comme suppléants (c’est-à-dire ceux qui prennent peu à peu la relève des chefEs et chefs) et enfin, à ceux qui sont en formation, “les candidatEs” (c’est-à-dire ceux qui sont en train de se préparer pour faire le travail). Là, je parle déjà de centaines de têtes, de pensées, d’aller-retours de la parole, de l’écoute ; je parle d’un cœur collectif qui va s’élargissant ; en se faisant de plus en plus grand.
L’étape suivante a à voir avec la réponse à la question “Qui va le faire ?”. S’il en incombe aux autorités autonomes, alors la consultation passe par elles ; s’il en incombe aux communautés, alors on fera une consultation générale : à toutes et tous. Si ça ne concerne aucune de ces instances, alors il faut demander à celui qui va le faire, parfois de forme indirecte, parfois directement. Si ce “qui” répond affirmativement, alors on consulte tout le monde, pour définir si oui on le soutient, et comment.
C’est ça que nous avons fait durant 2 ou 3 ans, au moins. C’est-à-dire que l’idée allait et venait, mais sans aller au-delà. Après, ils m’ont demandé de faire un sondage auprès de gens proches. Je l’ai fait.
Bien plus tard, au petit matin de cette année de 2016, le sous-commandant insurgé Moisés m’a appelé et m’a dit : “Il y a un travail, il faut en parler”.
Le ton m’a provoqué de l’inquiétude : la dernière fois que je l’ai écouté, j’ai terminé mort et on m’a fait renaître en une seule journée, il y a un peu plus de deux ans de cela. Je me suis toutefois rendu à la réunion.
Cela devait être le premier janvier de cette année 2016, pour le 22e anniversaire du soulèvement. Il n’y avait personne d’autre dans les bureaux du Commandement général de l’EZLN, que le subMoy occupe depuis déjà plus de 3 ans. Le café était froid, mais il y avait suffisamment de tabac. Il m’a expliqué à grands traits, comme il en a l’habitude : comme s’il pensait à voix haute. Il a exposé les contre, les pour, et il a attendu. J’ai compris que c’était mon tour. L’idée, comme je l’ai déjà expliqué, mûrissait depuis un moment, raison pour laquelle je me suis limité à citer les contre, et à ajouter des questionnements au sujet des pour. Le “qui ?” nous dépassait, et tout ce qui n’a pas à voir directement avec nous, femmes et hommes zapatistes, reste une énigme. Lorsque le SubMoy a répondu à ma question de “qui ?”, avec un laconique, “celui qui fête son anniversaire” (c’est-à-dire le CNI, qui allait fêter ses 20 ans), l’incertain s’est rétrécit : cela faisait deux décennies que nous nous connaissions, et le Congrès National Indigène était l’initiative la plus solide depuis que nous étions sortis au grand jour : le CNI s’était maintenu, avec ses hauts et ses bas, fidèle à son essence, et bien que ses douleurs soient éloignées des médias, il représentait le secteur le plus durement touché par l’Hydre. Cependant, tout cela ne faisait que renforcer les doutes.
“En réalité” lui dis-je, “ce n’est pas possible de savoir ce qu’il va se passer. Cela va faire jaillir de nombreuses complications et certainement, ce qui en aboutira sera, dans le meilleur des cas, une inconnue. Nous ne savons pas si le Congrès National Indigène va accepter, et encore moins si la Sexta va comprendre. Mais bon, les autres de là-bas en haut ne pensent pas, eux réagissent avec le foie, et ils vont détruire des choses qui seront probablement impossible à reconstruire. C’est très risqué. Maintenant précisément, en regardant et en analysant ce qu’il y a là dehors, je te dis que c’est plus probable que ça se passe mal plutôt que ça se passe bien”.
Le Submoy mit de côté la tasse de café et alluma une cigarette. “C’est pour ça, c’est là où toi, tu interviens. Tu sais bien que notre manière à nous est de nous préparer avant tout à ce que ça se passe mal, rappelle-toi de comment s’est passé le soulèvement et tout ce qui s’en ait suivi. Donc si ça se passe mal, nous avons besoin …”
Je me suis précipité pour l’interrompre : “D’un plan alternatif ?”
Il a ri de bonne foi et dit : “Non, nous avons besoin de quelqu’un sur qui rejeter la faute, si ça s’est mal passé”.
A grands traits, le sous-commandant Moy s’est mis à évoquer des bouts du film “la loi d’Herodes” et, alors que je pensais qu’il allait s’arrêter au moment du discours final du député Vargas (l’histoire d’un médiocre qui devient criminel, puis gouverneur, ça vous dit quelque chose ?), il s’est référé au moment du “il y a une bonne et une mauvaise nouvelle”.
(Note de dilettantisme : “La loi d’Hérodes” est un film de Luis Estrada, avec Martin Torres comme adjoint à la direction, histoire et scénario de Jaime Sampietro, Fernando León, Vicente Leñero et le même Luis Estrada, photographie de Norman Christianson, musique de Santiago Ojeda, maquillage de Alfredo Mora et Felipe Salazar. Avec “L’enfer” – de Luis Estrada également, avec dans le casting, dans le rôle du “Cochiloco”, le grand Joaquin Cosio- ce sont les seuls films qui ont réussi à déplacer les films de Jean Claude Van Damme du “top” cinéphile des communautés et des campements zapatistes).
Ensuite, il a ajouté : “Nous avons besoin de planifier d’abord ce qu’on va faire avec la mauvaise nouvelle”.
Il n’en fallait pas beaucoup pour deviner que la mauvaise nouvelle était l’échec de l’initiative. Je ne me réfère pas au fait qu’elle pourrait ne pas avoir de succès en soi, mais au fait qu’elle soit refusée par le CNI, qui, s’il l’acceptait, se convertirait en protagoniste indiscutable de quelque chose qui étourdirait le Mexique et le monde.
Le sous-commandant insurgé Moisés commença à rentrer dans les détails :
“Regarde, la première chose qui va le préoccuper, le CNI, c’est qu’on les accuse de trahir leur parole, de se plonger dans la merde, de se détourner du bon chemin, d’abandonner la lutte. C’est-à-dire de s’être laissés convaincre par le système et qu’ils veulent la rétribution, c’est-à-dire le Pouvoir, diriger, être comme les autres. Qu’ils se sont rendus, qu’ils se sont vendus. Ces critiques, c’est sûr qu’ils vont les avoir, mais je suis sûr qu’ils ont de la tête et de la réflexion pour répondre clairement. Mais le problème, c’est qui va les écouter ? Ils vont être attaqués très durement, et on ne leur donnera pas même l’opportunité de se défendre.
Après quelques heures de questions et de réponses, je lui ai dit : “Mais pour ça ce n’est pas nécessaire que je sois présent. Quelques communiqués suffiront, avec peut-être une interview. Les médias sont comme ça, ils penseront que rien n’a changé, qu’on peut faire pareil. Ceux d’en haut, bon, ils sont tellement prévisibles qu’ils me donnent la flemme. Ils sortiront le truc du protagonisme, de la manipulation, du divisionnisme. Là oui, il se concentreront sur une personne, là-dessus tu as raison. Mais je te le répète, pour ça, ce n’est pas nécessaire que je sois là. Plus encore : ils sont tellement carrés, que même sans dire un seul mot, ils se ligueront contre moi.”
“Non”, répondit le subMoy, “il faut que ce soit toi qui présente la proposition. Pas simplement parce que s’ils te voient là, ils penseront que c’est une manigance de ta part et que la bande opposée va tomber dans le panneau, aussi et surtout, parce que les compas du CNI doivent comprendre que ce n’est pas quelque chose qui ne concerne que les peuples indigènes. C’est plus grand que ça, bien plus grand”.
Alors, après avoir allumé une autre cigarette, il a ajouté :
“Aussi grand, voire même plus, que le premier janvier 1994”.
L’affirmation n’était pas à prendre à la légère, surtout venant de qui la faisait. Le sous-commandant insurgé Moisés n’est pas seulement un vétéran de guerre, il est entré dans l’EZLN bien avant le début de la guerre. Le premier janvier 1994, il a dû assumer la direction d’un régiment, et se charger de la prise de la place centrale de la municipalité de Las Margaritas, en même temps qu’il portait le corps déjà sans vie du Sous-commandant insurgé Pedro. Des années plus tard, il s’est chargé des communautés zapatistes. Le 26 octobre 2010, il a été promu au grade de Sous-commandant insurgé, le plus haut dans la hiérarchie militaire de l’EZLN. En 2012, “le jour de la fin du monde”, ce fut lui qui organisa et qui coordonna la mobilisation silencieuse de plus de 40 000 hommes, femmes, enfants et anciens zapatistes qui, à cette date, ont surpris le monde entier. Le 14 février 2013, il a assumé le rôle de porte-parole et de direction du zapatisme. Depuis lors, toute notre parole publique et n’importe quelle initiative nationale ou internationale doit obtenir son aval.
Et il a eu, et il a raison : l’engagement est tel, et à la fois si terrible et merveilleux, que cela pourrait être plus grand encore que ce fameux premier janvier de l’année 1994 qui nous a marqué de manière indélébile.
“Même si le CNI rejette la proposition, le simple fait de se mettre à penser, à discuter, à dialoguer, ce ne sera plus pareil, car on passera du “C’est cela qu’ils nous font” à “nous allons faire quelque-chose”, et cela, ça débouche déjà sur une autre réflexion”, a continué à dire le Sous-commandant insurgé Moisés.
“Ils ne seront plus seuls, ni seules” a-t-il dit, quasiment à la fin, “en plus de nous, ils auront de leur côté les arts et les sciences”.
Avant de me retirer, je lui ai demandé pourquoi le Congrès National Indigène. Le Sous-commandant insurgé Moisés se leva pour m’accompagner jusqu’à la sortie, et me répondit :
“Car ce sont les seuls qui peuvent faire ce que nous, nous ne pouvons pas”.
Après, il s’est passé ce qu’il s’est passé. Les enseignants démocratiques ont mis leur rébellion en berne, les peuples originaires ont continué à encaisser des coups, des spoliations et des actes de mépris, l’Hydre a continué à dévorer des mondes, et le pARTage a jailli en une explosion de couleurs, de sons, de formes et de mouvements qui n’ont été rien d’autre que le prélude à ce qui allait arriver par la suite : un tremblement terrible et merveilleux.
La veille encore, je demandais au sous-commandant Moisés si il y avait le moindre changement. “Effectivement comme nous n’avons dit, prépares-toi à faire ta sortie”, m’a-t-il répondu, sans rien rajouter de plus.
Nous sommes arrivés le 9 octobre au CIDECI, au moment où l’après-midi étendait déjà ses vêtements tachés sur les arbres et les maisons. Plus tard, lorsque la nuit fut déjà maîtresse et seigneure du calendrier et de la géographie, arrivèrent les délégations du CNI, en ordre dispersé. Le chemin qu’ils avaient à parcourir n’était pas des moindres.
Nous avions suivi avec attention tout et chacun des processus en cours au sein du CNI, leur parole publique, et leur parole privée. Le CNI est l’unique espace où les originaires peuvent se faire écouter. Nous savions déjà qu’au décompte des assassinés, des disparus, des emprisonnés, des molestés, s’ajouteraient maintenant les cadavres de territoires entiers.
“Lorsqu’un territoire d’un peuple, d’une nation, d’une tribu ou d’un quartier originaire est spolié ou détruit”, disait le Grand Tata Juan Chávez Alonso, un indigène purépecha qui a été maître et guide du CNI et de l’EZLN, “alors meurent avec lui les originaires qui y prennent racine et maison. Et quand meurt un peuple originaire, un monde s’éteint”.
Nous savions déjà alors que, dans les tables de travail et les rapports de ce congrès, moins de mondes seraient présents. Ils n’étaient pas peu nombreux, ceux qui viendraient pour dire adieu, bien qu’ils ne le sachent pas encore.
“Il est temps de commencer”, m’a dit le Sous-commandant insurgé Moisés, “il faut partager la responsabilité”

NAISSANCE D’UNE PROPOSITION

Le 9 octobre 2016, alors qu’il faisait déjà nuit, nous avons demandé à avoir quelques premières réunions avec ceux qui arrivaient. Nous nous sommes réunis dans un lieu isolé des installations du CIDECI-Unitierra. La délégation zapatiste s’est assise face aux déléguées et aux délégués du CNI qui étaient en train d’arriver. Permettez-moi de vous parler un peu de la délégation zapatiste : ils étaient 34, 17 femmes et 17 hommes ; parmi elles et eux, 7 seulement étaient “des ancienEs” ; le reste, 27, étaient des commandantes et commandants qui étaient enfants et adolescents lorsque nous nous sommes soulevés le premier janvier 1994.
Nous nous sommes salués d’une poignée de main. ToutEs se sont assis, sauf le Sous-commandant insurgé Moisés et moi. Il m’a fait un signal.
J’ai commencé à parler, en essayant de rappeler tout ce dont nous avions parlé auparavant, en expliquant ce que, à quelques mots près, j’allais répéter le lendemain 10 octobre, durant la plénière à portes closes, et ensuite durant la plénière ouverte du 13 octobre :
“Nous pensons que nous avons une décision à prendre en tant que CNI et EZLN. Nous devons décider si ce Cinquième congrès sera comme d’autres réunions, où nous faisons part de nos douleurs, parlons de nos résistances, nous plaignons, maudissons le système, déclarons que nous n’allons pas nous rendre, et rentrons chacun sur nos terres pour y continuer le décompte des agressions, des spoliations, des injustices, des morts.
Notre douleur arrive chaque fois à de moins en moins de personnes. Nos morts ne trouvent pas le même écho qu’auparavant. Et ce n’est pas que les gens d’en dehors soient devenus cyniques ou apathiques. C’est que la guerre que nous subissons depuis un certain temps en tant que peuples originaires, est arrivée jusqu’à eux. Qu’elle est arrivée jusque dans leurs rues, dans leurs maisons, dans leurs écoles, sur leurs lieux de travail. Nos douleurs sont maintenant une douleur de plus parmi tant d’autres. Et, bien que la douleur s’étende et se fasse plus profonde, nous sommes encore plus seuls qu’auparavant. Chaque fois, nous allons être de moins en moins.
 
Bientôt le CNI ne pourra plus se réunir, car il ne pourra plus sortir de ses territoires, que ce soit à cause du coût, à cause du mauvais gouvernement, à cause des entreprises ou à cause de la criminalité, que ce soit parce que la mort naturelle ou bien la mort mauvaise l’en empêche. Un peu plus tard, nous ne parlerons plus qu’entre nous- mêmes, en sachant déjà à l’avance ce que nous allons dire.
Vous, déléguées et délégués du CNI, vous êtes là parce que vous avez été mandatés, parce que vos peuples, nations, tribus et quartiers cherchent un soutien, une parole et une écoute qui les soulagent et les réconfortent. Vous venez pour parler et pour écouter. Vous vous devez à vos peuples, et à personne d’autre. Tout va très mal et, vous le savez tout comme nous, ça va être pire. Vous devez faire quelque chose.”
Je leur ai alors raconté une anecdote qui était arrivé au défunt supMarcos, au moment de l’Autre campagne, il y a 10 ans.
Il racontait que, dans une nation originaire du nord-ouest du Mexique, il s’était réunit avec un chef indigène. Comme à d’autres occasions, le défunt avait été critiqué, parce que le chef en question avait reçu auparavant des gouvernements institutionnels. Le défunt fit savoir que lui n’avait pas été envoyé pour juger et condamner ou bien pour absoudre, mais qu’il devait écouter, car un jour cela serait utile. Le chef indigène le reçut à part et en privé.
Le Chef dit au défunt : “je sais bien qu’ils ne voulaient pas que tu te réunisse avec moi, qu’ils ont insisté pour que tu ne sois pas ici présent. Moi aussi, ils ont insisté pour que je ne te reçoive pas. Je ne sais pas pourquoi tu es ici. Je m’imagine que ceux qui t’ont envoyé t’ont dit cela, que tu nous voies et que tu nous écoutes. Je ne sais pas. Mais je vais te dire pourquoi je t’ai reçu. Moi j’ai reçu les gouvernements. Il en est venu de toutes les couleurs et de toutes les tailles. Ils arrivent, ils se prennent leur photo, prononcent quelques mots, partent, ne reviennent pas. Moi je les ai reçu car mes ancêtres m’ont dit que mon devoir était de m’assurer que les miens, mon peuple, ne meurt pas, qu’il survive. C’est pour ça que je les ai reçu à ceux là, c’est pour ça que je te reçois, toi. Je ne crois pas que tu ne m’apportes ni des conseils, ni des enseignements, bien que ce soit bien que tu ne cherches pas la photo, et que tu écoutes au lieu de parler. A ceux-là, je les ai reçu parce que je pense qu’ainsi mon peuple survit un peu plus longtemps et ne meure pas. C’est pour cela que toi je te reçois, car je crois que quelque chose se verra de ce que nous sommes, et ce regard, bien que ce soit pour peu de temps, aidera mon peuple à survivre.” Le défunt annota tout dans son carnet, c’est pour ça qu’il avait parfaitement les paroles du chef indigène. 
Après ces paroles, le chef est resté silencieux. Le défunt demanda alors permission de lui parler. Le chef lui concéda la parole. Le défunt dit plus ou moins (il n’a pas pu noter les paroles dans son cahier, parce qu’il ne pouvait pas parler et noter en même temps) : “Merci de me recevoir. J’ai seulement une question : ne vous sentez-vous pas préoccupé de pouvoir vous être trompé, c’est-à-dire que, en recevant les gouvernements ou bien en me recevant, vous n’ayez pas aidé votre peuple à ne pas mourir, et que vous soyez jugé comme un mauvais chef ?”
Le chef indigène attendit de voir si c’était toute la question, et répondit ensuite : “Moi, seul mon propre peuple peut me juger. Si mon peuple me condamne pour ce que j’ai fait et ce que je fais, ça veut dire que je ne me suis pas trompé. Car pour qu’il me juge et me condamne, il faut que mon peuple ait survécu. J’aurai ainsi donc rempli mon devoir et rendrais des comptes positifs aux morts, bien que les vivants me condamnent”.
Ainsi se termine l’anecdote du défunt. Je continuai à parler :
“C’est pour ça que vous devez avoir clairement en tête à qui vous devez rendre des comptes. A l’EZLN, vous ne devez rien. Ni à la Sexta. A personne d’autre qu’à vos propres peuples, qu’à ceux que vous représentez, vous ne devez quelque chose. Vous devez faire quelque chose, parce que bientôt, pour beaucoup, il n’y aura plus rien, et ce sera trop tard”.
Nous leur avons dit qu’ils devaient faire quelque chose, que leur devoir était auprès de leurs quartiers, de leurs tribus, nations et peuples originaires, auprès de leurs collectifs et de leurs organisations.
Nous leur avons dit qu’ils fassent quelque chose, quoi que ce soit ; que, s’ils le jugeaient nécessaires, ils rejoignent MORENA  (c’est dans les enregistrements, et les déléguées et délégués présents peuvent le certifier ; ce fut la seule fois que, pour notre part, mention fut faite de ceux qui, plus tard et bien avant tout le monde, délégitimèrent et condamnèrent la proposition, faisant montre de stupidité, de racisme, d’intolérance, de mépris et de franche schizophrénie. Oui, la première option qui a été présenté par le zapatisme au CNI, c’était de soutenir le Parti Mouvement de Régénération Nationale). Ou qu’ils rentrent dans n’importe quel autre parti politique. Ou qu’ils fassent leur propre parti politique.
Que dans tout cela, nous n’allions pas les suivre, mais que nous comprendrions pourquoi ils le faisaient, et qu’ils ne subiraient pas, de notre part, ni de jugements, ni de condamnations.
Nous leur avons dit que si la Sexta les dérangeait, qu’ils la laisse.
Que si l’EZLN les dérangeait, qu’ils coupent la relation avec nous.
Je n’ai pas besoin de vous dire que, à chacune de ces deux options, les déléguées et délégués faisaient de grands gestes, comme s’ils chassaient des mouches impertinentes. Toutes et tous se maintenaient silencieux. J’ai continué :
“Faites quelque chose, ça, ou autre chose.”
A ce moment là, je me suis tourné en direction du sous-commandant insurgé Moisés. Il m’a fait geste de continuer :
“Nous, nous sommes venus vous proposer autre chose : nous subissons les coups, avec des morts, des disparitions, des rapts, des emprisonnements, des spoliations, des injustices, des territoires entiers détruits et d’autres en voies d’extinction. Nous sommes acculés, sans espoirs, sans forces, sans soutiens, faibles, agonisants. Pour les politiques et les médias, qu’ils soient de gauche ou progressistes, nous n’existons pas.
C’est pour cela que nous, hommes et femmes zapatistes, nous pensons que c’est le moment de passer à l’offensive. Est arrivée l’heure de la contre-attaque. Et il faut commencer en frappant l’un des cœurs du système : la politique d’en haut.
C’est pour ça que nous vous proposons que le CNI forme une Junta de Gobierno Indígena, un Conseil de Gouvernement Indigène ( c’est comme ça que cela s’appelait dans notre proposition originale ; mais en assemblée, et suite à la proposition d’une délégation indigène magoniste de Oaxaca, le nom devint “Conseil Indigène de Gouvernement”), un collectif formé par des délégués du CNI, aspirant à gouverner le pays. Et qu’il se présente aux élections présidentielles de 2018, avec une femme indigène du CNI en tant que candidate indépendante”.
Non, face à cette proposition, les déléguées et délégués ne firent pas comme s’ils chassaient de leurs yeux un insecte dérangeant, mais il se sont bien plutôt franchement énervés. Certains, cela les a énormément dérangé (Bon, plutôt, ils sont devenus furieux). D’autres encore ont dit que comme blague, c’était de très mauvais goût, que ça ne les faisait pas rire, mais leur provoquait plutôt des douleurs d’estomac.
Mais la majorité a gardé le silence.
Je dois vous dire que, dans le mode des originaires, le silence ne signifie pas accord, conviction, ou manque d’arguments. Cela signifie qu’ils écoutent, et, attention, qu’ils pensent et analysent avant de parler (oui, à plus d’un ou d’une, ça leur ferait grand bien de suivre cette méthode).
Pourquoi nous ont-ils écouté ? Parce que nous nous considérons comme frères et sœurs. Le respect que nous nous portons mutuellement a fait qu’ils nous ont écouté jusqu’à la fin.
Et ils ont compris que ce n’était pas une idée saugrenue, mais une idée qui pourrait en arriver à devenir une proposition. Et c’est comme tel qu’ils ont commencé à y penser.
Après un silence prolongé, quelqu’un ouvrit la discussion en disant quelque chose comme : “je suis en train de penser que de cette manière, nous pourrions reconstruire le CNI, que l’initiative donnerait à nouveau de la visibilité aux indigènes. Car, compas, il faut le dire clairement, nous n’existons pas pour la classe politique. Même en tant qu’objets d’aumônes, ils ne nous mentionnent même plus. Et je crois qu’avec cette proposition, non seulement nous pourrions nous rencontrer avec d’autres indigènes, mais nous rencontrerions aussi beaucoup de gens d’en bas qui sont dans la merde. Il y a beaucoup de mécontentement dans tout le pays, et il n’y a pas d’alternative pour les indigènes, pas plus qu’il n’y en a pour ceux qui ne sont pas indigènes. Évidemment, la proposition a plusieurs choses négatives, que nous devons analyser avec sérieux”.
Quelqu’un d’autre pris la parole, et mentionna deux points négatifs : le racisme qu’il y a dans la société mexicaine ; et qu’ils allaient être critiqués et attaqués pour chercher le Pouvoir. Ces deux points négatifs ont été répétés dans les analyses postérieures. Non, ni dans cette réunion, ni dans les sous-suivantes, personne n’a mentionné comme point négatif, qu’on soit accusé de vouloir “diviser la gauche”.
Et c’est comme ça que l’idée a commencé à ne plus être seulement la nôtre. C’est ainsi que le CNI a commencé à la réfléchir, et à la faire sienne. La parole s’est élargie à plus, et plus encore. Rapidement, toutes les délégations étaient en train de réfléchir, d’opiner, d’évaluer. L’absurde idée commençait à se convertir en une proposition collective.
Dans l’assemblée plénière à portes closes de la journée du 10 octobre et dans les tables de travail de la journée du 11, la parole allait et venait. Sans mettre de côté l’accomplissement du mandat dont étaient chargées les délégations, le thème central cessa d’être la dénonciation. La possibilité de passer à l’offensive est devenu le plus important. Durant les tables de travail (au nombre de 4) auxquels pouvaient assister quelques compas de la Sexta en tant qu’observateurs, lorsque le thème était abordé, ceux-ci s’agitaient nerveusement sur leur siège, se regardant les unEs les autres (ils et elles ne pouvaient pas parler, seulement écouter), se retournant en direction de la délégation zapatiste (nous nous étions répartis pour couvrir les 4 tables de travail, et pouvoir annoter fidèlement toutes les dénonciations et les expériences des délégations du CNI). Plus d’unE est sortiE avec une indignation manifeste.
Un mouvement fébrile parcourait les réunions, grandes ou petites. Les personnes qui le pouvaient appelaient leurs villages par téléphone pour leur raconter ce qui se discutait, demandant des opinions, des impressions. Les pour et les contre étaient analysés et discutés. Des listes des uns et des autres étaient établies. On soupesait. On cherchait la réponse à une question : “Le jeu en valait-il la chandelle ?”.
L’idée avait d’ors et déjà cessé d’être de l’EZLN. Elle était d’ors et déjà du Congrès National Indigène. Au sein du cœur collectif des peuples originaires, grandissait l’écho des paroles d’ouverture du sous-commandant insurgé Moisés, au nom de toutes et tous les zapatistes :
“Maintenant, c’est l’heure du Congrès National Indigène. Qu’à son pas, la terre tremble à nouveau jusqu’en son cœur. Qu’en son rêve, soit mis en échec le cynisme et l’apathie. Qu’en sa parole, se lève celle de celui qui n’a pas de voix. Qu’en son regard, s’illumine l’obscurité. Qu’en son écoute, la douleur de celui qui se pense seul trouve un foyer. Qu’en son cœur, le désespoir trouve espoir et réconfort. Qu’avec son défi, le monde s’étonne de nouveau.”

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Mais il manquait ce qu’il manquait.
En plus de peser les pour et les contre, pour le CNI il fallait que soit mis au clair le rôle du zapatisme dans cette initiative.
Avec l’avance de mise, le sous-commandant insurgé Moisés et le Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène avaient organisé une petite fête en l’hommage du Congrès National Indigène, qui fêtait ce 12 octobre 2016 vingt ans d’existence comme maison, écoute, parole et écho des peuples originaires du Mexique.
Le lieu ? Le caracol d’Oventik, dans les montagnes du sud-est mexicain.
Les délégations du CNI furent reçues conformément aux protocoles zapatistes destinés aux invités spéciaux. Bien sûr, il y eut un effort supplémentaire afin d’honorer ces visites. Ce n’est pas tous les jours que nous pouvions recevoir les membres les plus proches de notre famille, qui ont en commun avec les peuples zapatistes le sang, la douleur, la rage, la résistance et la rébellion. C’est-à-dire l’histoire.
Au départ, je n’ai pas compris pourquoi le sous-commandant insurgé Moisés avait disposé la réception des délégations de cette manière : sur l’estrade principale, il avait accommodé les délégations du CNI, et en face, il avait installé une petite estrade, où s’est installée la direction zapatiste, dont il était lui-même à la tête.
Moi j’ai pu arriver à tout voir, parce que je me déplaçait d’un côté à l’autre en tentant de convaincre les compañeras et les compañeros du CNI de monter sur les bancs pour mieux voir. “Mais j’ai de la boue sur les chaussures, je vais salir le banc”, argumenta une déléguée. “Compañera”, lui ai-je répondu, “Ici ce qu’il y a de trop, c’est de la boue, donc ne te sens pas mal pour cela”.
Le CNI avait nommé une femme indigène comme déléguée pour prendre la parole durant la cérémonie. Le Commandant David prit la parole pour donner la bienvenue. Ensuite parla la compañera du Congrès national Indigène. Elle prit la parole comme on se parle entre personnes d’une même famille : avec le cœur sur la main. Je ne vais pas répéter ses paroles, ni celles dites ensuite par le sous-commandant insurgé Moisés au nom de toutes et tous. La compañera du CNI allait se retirer, lorsque le sous-commandant insurgé Moisés lui demanda de rester.
La compañera est restée là durant tout l’acte, entourée du commandement indigène zapatiste, face aux délégations du Congrès National Indigène.
C’est alors que j’ai compris.
Moi je regardais depuis un côté, mais depuis la perspective visuelle des délégations du CNI, qui purent voir comment une femme, indigène comme elles et eux, du Congrès National Indigène comme eux et elles, était accompagnée par l’autorité maximale de l’EZLN, la recouvrant, la protégeant, marquant ce qui nous rendait différent, mais compañeras et compañeros.
C’est ainsi que, avec ce symbole, le sous-commandant insurgé Moisés répondit à la question qui taraudait les délégations du CNI depuis le premier jour : “Quel serait la place de l’EZLN dans l’initiative, si celle-ci était approuvée ?”
Il y eut ensuite des bals, des œuvres de théâtre, des chansons et des poésies.
A la fin de l’acte, une compagnie de milice zapatiste présenta un communiqué complet, sans dire une parole.
Après ? Le repas : bœuf et dinde, au choix, café et pozol. Ensuite ils se sont retirés.
Le jour suivant, le 13 octobre, avait lieu l’assemblée générale résolutive…

POURQUOI ?

Le 13 octobre commença sous de bons présages : une des tables de travail n’avait pas terminé, et l’ouverture de l’assemblée plénière s’en trouvait retardée. Ensuite, on commença avec la présentation des comptes-rendus. Oui, une des tables n’avait pas terminé de transcrire. Le retard a continué, comme cela doit être le cas pour toute décision importante. Oh, je sais. Nous le disons en vain, puisque nous, nous sommes l’actualisation constante du software “la révolte des pendus”.
Sur indication du Sous-commandant insurgé Moisés, lors des trois assemblées plénières (la fermée, celle d’inauguration et celle de clôture) la délégation zapatiste s’est assise tout derrière, au fond de l’auditorium du CIDECI-Unitierra. Ainsi, ce dont il était question était très clair : c’était l’heure du Congrès National Indigène.
Quand enfin, on est arrivé au thème “Propositions pour le renforcement du CNI”, le Sous-commandant insurgé Moisés a demandé la parole pour la délégation zapatiste. Elle lui a été accordée, et le SubMoy se mit devant. Ses paroles débutèrent plus ou moins comme cela :
“On m’a raconté un film, je crois qu’il s’appelle “La loi d’Hérodes” (rire général, à part ma grimace car je savais déjà ce qui allait suivre). Donc dans ce film qu’on m’a raconté, il y a un moment où le gars-là Vargas, il dit : j’apporte une bonne et une mauvaise nouvelle (rire encore plus général, grimaces individuelles supplémentaires). Donc nous devons voir comment on va faire avec la mauvaise nouvelle. C’est-à-dire sur qui va-t-on dire rejeter la faute que ça s’est mal passé. Je vais donc demander au SupGaleano qu’il vienne expliquer la proposition” (nouveau rire général, plus aucune grimace individuelle).
Je suis passé devant. Après avoir éclairci que c’était avec grand plaisir que je faisais mon travail de “punching bag”, ou de “plan alternatif”, et que recevoir critiques et insultes était pour moi un puissant aphrodisiaque (bon je l’ai dit d’une forme plus prosaïque, mais s’en était la teneur), j’ai dit ce qu’on m’avait chargé de dire. Je le ferais de manière plus synthétique, vu qu’il y a déjà un certain nombre de pages et que, si vous en êtes déjà arrivés à celle-ci, vous méritez un peu de considération. De plus, vous saurez maintenant pourquoi l’ezédélène a fait cette proposition, et pourquoi au CNI.
Premièrement nous avons insisté sur le fait que notre proposition originale était celle d’une femme indigène, déléguée du CNI, de sang indigène, qui parle sa langue et qui connaisse sa culture. Et nous démarrons avec cela, car ce qui a trait à “une femme” s’était peu à peu dilué durant les conversations et les tables de travail. D’abord ils ont commencé à dire “la candidate ou le candidat”, puis “le candidat ou la candidate”, puis seulement “le candidat”.
Ensuite, nous leur avons rappelé qu’une décision ne pouvait pas être prise là, lors de ce cinquième Congrès, car c’était un engagement depuis sa naissance que le Congrès National Indigène consulte auprès de ceux qui le conforment les propositions présentées lors des réunions. Les sept principes obligeaient le CNI à se consulter lui-même, selon le mode propre à chacun.
Ensuite, nous leur avons dit ce que nous pensons au sujet de cette initiative :
Que le Conseil Indigène de Gouvernement devrait être formé par des délégués et des déléguées de tous les collectifs, organisations, quartiers, tribus,nations et peuples originaires organisés au sein du Congrès National Indigène.
Qu’ils ne vont pas gagner, car le système électoral au Mexique est fait pour bénéficier aux partis politiques, pas aux citoyenNNEs.
Que, s’ils gagnent, ils ne seront pas reconnus, car la fraude n’est pas une anomalie du système électoral mexicain, c’est sa colonne vertébrale, son essence.
Que s’ils gagnent et qu’ils sont reconnus, ils ne pourront rien faire de transcendant, car là-bas en-haut, il n’y a rien à faire. Les questions fondamentales de la nation mexicaine bafouée ne se décident ni au sein du pouvoir exécutif, ni au sein des chambres législatives, ni au sein du pouvoir judiciaire. Le Commandeur n’a pas de responsabilité visible, et traîne dans les catacombes du Pouvoir financier international.
Et que, malgré tout ce qui vient d’être dit, et même précisément pour tout ce qui vient d’être dit, ils pouvaient, et ils devaient le faire.
Car leur action allait signifier non seulement un témoignage de désaccord, mais aussi un défi qui sûrement aurait de l’écho dans les nombreux en-bas qu’il y a au Mexique et dans le monde ; qu’un processus de réorganisation combative pourrait se mettre en place, non seulement chez les peuples originaires, mais aussi chez les ouvriers, les paysans, les employés, habitants des quartiers, professeurs, étudiants, enfin, chez tous ces gens dont le silence et l’immobilité n’est pas synonyme d’indifférence, mais plutôt d’absence de convocation.
En réponse à ce qui avait été dit sur le fait que c’était impossible, qu’il y avait beaucoup de points négatifs, qu’on n’allait pas gagner, nous leur avons répondu que, si nous nous étions rencontrés le 31 décembre 1993 et que nous leur avions dit que, dans quelques heures, nous allions nous lever en armes, déclarer la guerre au mauvais gouvernement et attaquer les commissariats de police et l’armée, on nous aurait dit aussi que c’était impossible, qu’il y avait beaucoup de points négatifs, qu’on n’allait pas gagner.
Nous leur avons dit que ça n’avait pas d’importance qu’ils gagnent ou non la présidence de la République, que ce qui allait compter c’était le défi, l’irrévérence, l’insoumission, le fracas total de l’image de l’indigène objet de l’aumône et de la pitié (image si enracinée à droite et, quoi qu’on en dise, aussi chez la gauche institutionnelle du “vrai changement” et chez ses intellectuels organiques addicts à l’opium des réseaux sociaux), que leur audace bouleverserait le système politique entier, et qu’elle provoquerait des échos d’espoir, pas seulement dans un, mais dans de nombreux Mexiques d’en bas… et du monde.
Nous leur avons dit que l’initiative était dans les temps pour que, en toute liberté et responsabilité, ils puissent décider jusqu’où ils l’amèneraient, jusqu’à quelle distance ils pourraient arriver.
Nous leur avons dit qu’ils pourraient décider à tout moment quoi, quel était la raison de leur chemin, et que le destin qu’ils se forgeraient romprait tous les schémas, surtout ceux de ceux qui se croient et qui se pensent comme l’avant-garde du changement et de la révolution.
Nous leur avons dit que, s’ils étaient disposés à braver une société raciste, ils devraient aller au-delà, et braver également un système patriarcal et machiste (ce n’est pas la même chose, les personnes qui militent dans la lutte féministe pourront vous l’expliquer).
Nous leur avons dit que les commandantes zapatistes disaient qu’elles elles pouvaient voir comment soutenir les compañeras qui resteraient au sein du Conseil Indigène de Gouvernement, et soutenir la compañera qui resterait en tant que porte-parole et candidate, en prenant soin de ses enfants dans une communauté. Que nous nous en occuperions bien, comme si c’était les nôtres. Ils iraient à l’école autonome afin qu’ils ne prennent pas de retard dans leurs études, et nous verrions quelles doctoresses et de quels docteurs solidaires seraient attentifs à leur santé. Et que, si elles possédaient des animaux domestiques, et bien qu’on allait aussi en prendre soin. Que les compañeras du CNI aillent sans remords à ce travail, si ainsi l’exigeait l’accord du CNI.
Nous leur avons dit qu’ils ne soient pas préoccupés si ils ne savent pas bien parler espagnol. Que l’autre là, Peña Nieto, il ne sait pas non plus, et il se trouve là-bas.
Nous leur avons dit que nous pouvions réorienter notre économie de subsistance et faire un appel à des personnes, des collectifs et des organisations du Mexique et du monde afin de récolter la monnaie pour se déplacer où cela est nécessaire. Qu’ainsi ils pourraient avoir la liberté de refuser la paie économique institutionnelle donnée par le système aux candidatures indépendantes.
Nous leur avons dit que nous ne pensions pas seulement qu’ils pouvaient gouverner notre pays qui s’appelle le Mexique, mais qu’ils pouvaient aussi gouverner le monde entier.
Nous leur avons dit qu’ils en profitent pour parler et écouter d’autres peuples originaires, et d’autres hommes et femmes qui ne sont pas indigènes, mais qui souffrent de la même manière sans espoir ni alternative.
Nous leur avons dit qu’il y avait des choses que nous, femmes et hommes zapatistes, nous pouvions faire, et que le CNI non. Et que le CNI pouvait faire des choses que nous, en tant qu’hommes et femmes zapatistes, nous ne pouvions pas faire.
Nous leur avons dit qu’elles et qu’eux, le collectif qui se nomme Congrès National indigène, pouvait faire ce que personne d’autre (y compris le zapatisme) ne pouvait faire : unir. Parce qu’un mouvement légitime, comme celui des peuples originaires, peut et doit être un point d’union entre différents bien qu’égaux en détermination.
Nous leur avons dit que, autour de ce conseil et de cette femme indigène, pouvait être généré un grand mouvement qui chamboulerait le système politique entier.
Un mouvement où conflueraient tous les en-bas.
Un mouvement qui ferait trembler la terre jusque dans ses entrailles.
Oui, déjà au pluriel, parce qu’ils sont nombreux les mondes qui gisent à l’intérieur de la terre, dans l’attente d’une bonne secousse pour s’éclore.
Nous leur avons dit que du coup, si ça se trouve, cela ne serait pas forcément important si les signatures sont rassemblées ou pas, si le cash pour se déplacer est là ou pas, si on arrive à obtenir l’inscription au registre de la candidate ou pas, si sont présentées ou pas les autres candidatures à débattre, si on participe ou pas aux élections, si on gagne ou pas, si le triomphe est reconnu ou pas, si on peut faire quelque chose ou pas là-bas là-haut.
Nous leur avons dit que nous n’allions pas leur filer en héritage nos phobies et nos affinités, que nous respecterions leurs décisions, leurs étapes, leurs chemins.
Nous leur avons dit que, en tant que zapatistes, nous serions une force de plus d’entre celles qui devraient sûrement se sentir convoquées par leur défi.
Et nous leur avons dit le plus important que nous étions venu leur dire : que nous étions disposés à soutenir de toute notre force.
Que nous allions soutenir avec tout ce que nous possédions, et qui, bien que limité, est ce que nous sommes.

-*-

Les participations continuèrent, toutes déjà orientées dans le sens de s’approprier la proposition en tant que CNI. Un par-ci par là demandant que cela soit décidé là-même, dès à présent. L’immense majorité faisant remarquer qu’il fallait consulter.
La commission de rédaction nous passa une copie du projet de résolution.
Instinctivement, je pris un crayon pour ajouter des virgules et des points.
Le sous-commandant insurgé Moisés m’arrêta et murmura :
“Non, cette parole, c’est déjà la leur. Elle est grande cette parole, plus grande que nous, hommes et femmes zapatistes. Comme le disait le défunt : nous sommes les plus petits, il nous reste à nous mettre de côté et à attendre…”

LA CONSULTATION INTERNE ZAPATISTE.

Nous pourrions vous donner les résultats et c’est tout. Mais nous croyons que cela peut peut-être vous aider à comprendre, et à nous comprendre, si nous vous parlons de comment s’est déroulé le processus.
Depuis le 15 octobre 2016, la délégation zapatiste au Cinquième congrès du Congrès National Indigène, aux côtés du CG-CCRI de l’EZLN (Commandement Général du Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale), s’est donné pour tâche d’organiser la consultation interne afin de connaître l’opinion et la décision des bases de soutien zapatistes au sujet de la proposition centrale.
La consultation interne, nous l’avons faite dans toutes et chacune des communautés, collectifs, régions et zones zapatistes. Nous avons également inclus dans la consultation les compañeras, compañeros, frères et sœurs de la ville qui participent à différentes équipes de soutien de la commission Sexta de l’EZLN. Nous n’avons pas inclus dans la consultation les troupes insurgées zapatistes, parce que ce n’est pas notre travail de prendre ce type de décision.
La consultation, nous l’avons faite suivant notre mode de faire, en suivant une fiche réalisée par le sous-commandant insurgé Moisés, le matin du 14 octobre 2016, avant que ne soit rendu public le texte “Que tremble la terre jusque dans ses entrailles” :
1.-Information. – C’est-à-dire que, dans chaque communauté, collectif, région et zone, on informe premièrement de ce qui s’est dit durant ces journées du mois d’octobre 2016. On a informé des douleurs de nos peuples frères du Congrès National Indigène, de toutes les méchancetés que leur font les capitalistes qui exploitent, répriment, méprisent et volent les peuples originaires, de comment ils tuent des peuples entiers. Mais pas seulement, nous avons également informé de comment ils s’organisent et ils résistent contre cette politique de mort et de destruction. Pour ce rapport, nous avons utilisé le compte-rendu fait par la commission provisoire du CNI, le document qui a été élaboré et qui s’appelle “Que tremble la terre jusque dans ses entrailles”, et le résumé et les notes prises par la délégation zapatiste durant cette première étape du cinquième congrès du CNI.
Ce point est très important, parce que c’est là que nous transformons nos sœurs et frères, nos compañeros et compañeras en oreille et en cœur sensible aux douleurs et à la résistance d’autres, qui sont comme nous dans d’autres endroits. C’est très important et urgent ce point, parce que si nous ne nous écoutons pas entre nous, et bien encore moins vont nous écouter d’autres personnes.
2.- La proposition. – On a dit et expliqué quel était la proposition : que le Congrès National Indigène nomme un Conseil Indigène de Gouvernement (qui est comme un Conseil de Bon Gouvernement zapatiste, mais national, c’est-à-dire pour tout le Mexique), formé par des représentants femmes et hommes de chacun des collectifs, organisations, quartiers, tribus, nations et peuples qui sont organisés au sein du Congrès National Indigène. C’est-à-dire que ce conseil est formé par des indigènes, et ce sont elles et eux qui vont gouverner le pays.
Ce Conseil Indigène de Gouvernement est collectif, c’est-à-dire qu’il n’y a pas une personne qui commande, mais c’est entre toutes et tous que se prennent ses accords pour gouverner. Ce Conseil Indigène de Gouvernement ne fait pas ce qui lui chante, mais prend en compte ce que disent les peuples de tout le Mexique, indigènes et non indigènes.
Ce Conseil se base sur les 7 principes du Commander en obéissant : servir et non se servir ; représenter et non supplanter ; construire et non détruire ; obéir et non commander ; proposer et non imposer ; convaincre et non vaincre ; descendre et non monter.
Ce Conseil Indigène de Gouvernement a pour voix une femme indigène du CNI (non de l’EZLN), c’est-à-dire de sang indigène, qui parle sa langue originaire et qui connaisse sa culture. C’est-à-dire qu’il a comme porte-parole une femme indigène du CNI.
Cette femme indigène du CNI est celle qui se présente comme candidate à la présidence du Mexique en 2018. Comme ce n’est pas possible que soient mis tous les noms de ceux qui sont du Conseil Indigène de Gouvernement parce qu’il pourrait y avoir confusion, donc le nom qui est donné, c’est celui de la porte-parole du Conseil. Ce n’est pas que cette femme indigène se trouve dans un parti politique, c’est une candidate indépendante. C’est comme ça qu’on dit, quand quelqu’un est présent à une élection, mais n’appartient pas à un parti politique.
Et donc, ce Conseil Indigène de Gouvernement, aux côtés de la femme indigène du CNI, commencent à parcourir tout ce qui est possible du Mexique et du monde afin d’expliquer comment est la situation dans laquelle nous sommes à cause du système capitaliste qui exploite, réprime, vole et méprise les gens d’en-bas, les pauvres de la campagne et de la ville, et qu’en plus il est déjà en train de détruire la nature, c’est-à-dire qu’il est en train de tuer le monde dans lequel nous vivons.
Ce Conseil Indigène de Gouvernement va tenter de parler et d’écouter tous les indigènes du Mexique-même dans leurs peuples, leurs régions, leurs zones, leurs états, afin de les convaincre de s’organiser, de ne pas se laisser faire, de résister et qu’ils se gouvernent eux-mêmes, tout comme nous le faisons de fait en tant que zapatistes que nous sommes, que personne ne nous dit comment ou ce que nous devons faire, mais que ce soit les peuples eux-mêmes qui décident et qui commandent.
Ce Conseil Indigène de Gouvernement va aussi tenter de parler et d’écouter les personnes qui ne sont pas indigènes, mais qui sont aussi exploités, réprimés, volés et méprisés dans le Mexique et dans le monde. De la même manière, ils vont leur apporter un message d’organisation et de lutte, de résistance et de rébellion, selon son mode de faire de chacun, son calendrier et sa géographie.
Pour que cette femme indigène, déléguée du CNI, soit reconnue comme candidate par les lois mexicaines, il faut qu’elle réunisse quasiment un million de signatures de personnes ayant une carte d’électeur. Si elle les rassemble et que les signatures sont véridiques, alors oui, elle est bien reconnue comme étant candidate indépendante pour être présidente du Mexique, et son nom est mis pour qu’en 2018, les gens votent ou pas, selon leur réflexion de chacun. Donc il s’agit que le Conseil Indigène de Gouvernement et la porte-parole indigène parcourent le Mexique et là où il y a des personnes mexicaines, pour obtenir les signatures pour être inscrite au registre. Ensuite, une autre tournée pour qu’ils la soutiennent et votent pour l’indigène du CNI.
En tant que zapatistes que nous sommes, nous pensons que lorsqu’ils vont faire cette tournée, le Conseil Indigène de Gouvernement et sa porte-parole, ils vont connaître beaucoup de douleurs et de rages qu’il y a, au Mexique et dans le monde. Des douleurs et des rages de personnes indigènes, mais aussi de personnes qui ne sont pas indigènes, mais qui souffrent également, mais qui résistent.
Et donc ça, c’est ce qu’on veut. Il ne s’agit pas de chercher à ce qu’une femme indigène du CNI soit présidente. Ce qui est recherché, c’est d’amener le message de lutte et d’organisation aux pauvres de la campagne et de la ville du Mexique et du monde. Ce n’est pas qu’on prenne en compte que si on rassemble les signatures ou si on gagne l’élection, ça termine bien. Mais que ça termine bien s’il est possible de parler et d’écouter les personnes à qui personne ne parle, et que personne n’écoute. C’est là que nous allons voir si ça termine bien ou pas, si il va y avoir plein de gens qui vont prendre de la force et de l’espoir pour s’organiser, résister et se rebeller.
Jusqu’où va-t-on aller ? Jusqu’où le décide le Congrès National Indigène.
3.- Ensuite, ont été dit et expliqués les points négatifs de cette proposition. Par exemple :
.-ils vont nous critiquer comme zapatistes que nous sommes, parce que nous avons dit que nous ne luttons pas pour le Pouvoir, et qu’on veut déjà avoir le Pouvoir.
.-ils vont nous critiquer que nous trahissons notre parole, que nous ne voulons pas de poste de pouvoir.
.- ils vont nous critiquer que nous parlons mal des partis politiques, mais que nous allons faire la même chose que ce que nous critiquons.
.-ils vont nous accuser d’aider le parti du PRI, parce que nous allons diviser les votes pour la gauche, et que comme ça la droite va gagner.
.-ils vont nous critiquer comme quoi les femmes indigènes n’ont pas d’éducation, et ne savent pas parler la castilla, la langue de Castille 
.-ils vont nous mépriser comme quoi les indigènes nous n’avons pas de bonne réflexion suffisante pour gouverner.
.-ils vont se moquer beaucoup de nous et parler mal de nous, les femmes et les hommes indigènes que nous sommes.
(attention, racistes et machistes : bien avant que ne débutent vos attaques, nous, les femmes et les hommes indigènes zapatistes, nous savions déjà ce que vous vous alliez dire. Et dire que c’est nous les stupides et les ignorants, et vous qui êtes les super intelligents et cultivés).
Durant les assemblées les compañeras et compañeros participèrent en disant d’autres choses qui pourraient être des points négatifs.
Ils ont parlé par exemple de la sécurité, que les gouvernements pouvaient faire une attaque contre le Congrès National Indigène et la candidate pour qu’elle ne gagne pas ; que les mauvais gouvernements peuvent nous attaquer nous, les communautés zapatistes, pour que nous ne soutenions pas le CNI ; qu’un piège soit tendu pour que la lutte du CNI ne puisse pas avancer parce qu’on sait bien que les mauvais gouvernements sont traîtres et retors ; que vont arriver les vautours politiciens pour voir ce qu’ils peuvent en tirer de profit individuel, de leur lutte aux peuples indigènes ; qu’il va y en avoir certains qui vont vouloir amener la lutte des peuples indigènes vers un autre chemin ; et d’autres choses encore.
4.- Ensuite, ont été dits les points en faveur de la proposition. Par exemple :
.- ça sert à ce que la société mexicaine se mette à nouveau à voir et à écouter les peuples indiens du Mexique, qui aujourd’hui ne sont même plus mentionnés.
.- ça sert à pouvoir écouter et parler avec des indigènes de tout le Mexique qui ne sont pas organisés, et qui sont détruits par les maudits capitalistes.
.- ça sert à ce que les indigènes soient de nouveau fiers et honorés d’être indigènes, de leur couleur, de leur langue, de leur culture, de leur art, de leur histoire.
.-ça sert à ce que les femmes indigènes se lèvent avec leur voix propre et qu’elle s’organisent, tout comme se sont levées et organisées les femmes zapatistes.
.-ça sert à expliquer aux gens d’en-bas sur toute la destruction et le mal que font les maudits capitalistes.
.-ça sert au Congrès National Indigène pour qu’il se connaisse, comment c’est son mode de faire du CNI, et que plus de peuples, nations, tribus et quartiers indigènes entrent dans le CNI et se connaissent entre eux en tant qu’indigènes, et voient leurs douleurs et leurs forces.
.-ça sert aux zapatistes que nous sommes, parce que de cette manière nous pouvons soutenir nos frères et sœurs indigènes d’autres endroits, pour qu’ils continuent leur lutte et qu’ils puissent vivre avec liberté et dignité.
.-ça sert pour les peuples zapatistes, parce que de cette manière plus de gens connaissent notre histoire de lutte et comment nous nous sommes organisés, et s’encouragent.
.-ça sert pour les peuples zapatistes, parce que de cette manière nous apprenons à nous organiser, non plus seulement pour nous aider entre nous, mais aussi de nous organiser pour soutenir d’autres qui luttent, comme on l’a fait pour les enseignants démocratiques.
5.– Ensuite, on s’est mis à penser si cette proposition va lui servir au Congrès National Indigène, ou si ça va pas lui servir.
6.– Après, on s’est mis à penser si cette idée va nous servir en tant que zapatistes que nous sommes, ou si ça ne va pas nous servir.
7.– Ensuite, on s’est mis à discuter si nous soutenons ou pas cette proposition et, si ce qui en sort c’est que oui, comment nous ne pouvons pas aider en tant que zapatistes que nous sommes ; et ensuite comment oui, nous pouvons aider, en tant que zapatistes que nous sommes.
Par exemple, nous ne pouvons pas aider avec les signatures, puisque les zapatistes n’utilisent pas de carte électorale ; nous ne pouvons pas non plus être candidates ou candidats, parce que en tant que zapatistes, nous ne luttons pas pour le Pouvoir ; nous ne pouvons pas voter, parce que nous n’utilisons pas ce mode de voter de mettre un papier dans une boîte, mais que nous prenons nos accords dans des assemblées auxquelles tout le monde participe et dit sa parole.
Mais oui, on peut soutenir d’autres manières, par exemple : nous pouvons soutenir en expliquant cette bonne idée, et en convainquant ceux qui oui, utilisent leur carte électorale, pour qu’ils l’utilisent afin de soutenir la femme indigène du CNI ; nous pouvons parler aux gens de la ville qui nous soutiennent en tant que zapatistes, pour qu’ils soutiennent aussi le Conseil Indigène de Gouvernement ; nous pouvons nous organiser en tant que collectifs et gouvernements autonomes, afin d’obtenir un peu de monnaie pour le CNI ; nous pouvons expliquer au Mexique et dans le monde comment nous faisons pour nous gouverner nous-mêmes, et que les gens de bonne réflexion voient ainsi qu’en tant qu’indigènes, oui, nous savons gouverner.

-*-

Et, bon, on a aussi informé tous les villages d’un autre des accords du Cinquième congrès : que si, durant la consultation zapatiste interne (et durant celle de n’importe quel collectif, organisation, quartier, tribu, nation et peuple originaire du CNI), il ressort comme résultat qu’on ne soutient pas la proposition, que c’est une mauvaise idée ou qu’on est pas d’accord, alors le Congrès National Indigène respecte cette décision, même si la majorité dit que si, elle soutient la proposition. C’est-à-dire qu’on continue à être pris en compte en tant que membre du CNI. C’est-à-dire que ce n’est pas obligé que qui n’est pas d’accord doive faire ce que décide la majorité. C’est-à-dire qu’on respecte l’autonomie, et les modes de faire de chacun.
Pareil qu’on fait dans les communautés indigènes zapatistes, on ne va pas voir d’un mauvais œil ou expulser des zapatistes celui qui pense différemment, mais on va respecter et prendre en compte. Comme c’est le cas dans nos assemblées communautaires, que c’est pas parce que quelqu’un pense de manière opposée à ce que dit la majorité qu’on le vire, mais qu’on continue.
Comme on peut le voir, la consultation interne s’est focalisé sur si on soutenait ou pas ce qui résulterait de la consultation du CNI. Voici les résultats :
Plusieurs dizaines de milliers d’hommes et de femmes zapatistes ont été consultés. D’elles et d’eux, l’immense majorité s’est manifesté pour soutenir la décision à laquelle arrive le CNI dans la mesure de nos possibilités. 52 compas se sont manifestés contre (26 compañeras et 26 compañeros). 65 compas se sont manifestés comme “je ne sais pas” ou “indécis” (36 compañeras et 29 compañeros). Les raisons données par ceux qui se sont manifestés contre sont diverses : depuis le compa qui a dit : “moi je vais me manifester contre pour voir si c’est vrai que vous me respectez et ne m’expulsez pas d’être zapatiste” ; à ceux qui ont argumenté qu’ils n’allaient pas être dans leur village, et qu’ils ne voulaient pas s’engager parce qu’ils ne pourraient pas accomplir le travail qu’il faudra fournir. Les personnes qui se sont manifestées comme indécises ont dit, entre autres choses, qu’à quoi ça sert de décider si on ne sait toujours pas ce que va décider le CNI, et alors quoi, si on dit que oui on soutient, et que le CNI dit qu’il ne le fait pas.

QU’EN ATTENDRE ?

Compas :
Enfin, celle-là c’est la dernière partie. Merci aux personnes qui sont arrivés jusqu’à ces lignes… hein ?… oui, bien sûr, ils restent attentifs… oui… des doutes, bien sûr… des questions, évidemment… quoi ?… quel va être le résultat de la consultation du CNI ?… Vous voulez un spoiler ?… ok, ok, ok, attendez, je demande… Enfin… c’est mieux que je vous dise la vérité, donc voilà :
On va être sincères avec vous : nous n’en avons pas la moindre idée.
Et on le dit sérieusement.
Nous avons déjà vu auparavant comment une proposition se modèle petit à petit au fil du travail de la parole, suivant le mode de faire des originaires. Comme si une idée n’était rien de plus qu’une masse informe d’argile et que des mains collectives lui donnaient peu à peu forme, dimension, couleur et destin.
Raison pour laquelle, tout comme vous, nous sommes dans l’attente.
Même si, c’est sûr, nous les hommes et les femmes zapatistes, nous n’attendons pas la même chose que vous.
Vous, nous pensons, vous êtes en train d’attendre quel est le résultat, et de là tout va dériver.
Nous, les femmes et les hommes zapatistes, nous sommes en train d’attendre ce qui va se passer après, le jour suivant. Et en nous préparant déjà pour ce calendrier.

Depuis les montagnes du sud-est mexicain.


Sous-commandant insurgé Moisés.
Sous-commandant insurgé Galeano.
Mexique, novembre 2016.

Du carnet de notes du Chat-Chien.

Ne croyez pas que je ne me sois pas préparé au cas où ce qui ressort de la consultation du CNI, c’est que la proposition est rejetée.
Non, ça ne me préoccupe pas. J’ai pris mes précautions. J’ai par exemple un certificat médical qui assure que je suis sur liste d’attente pour une opération de changement de sexe, ainsi qu’une démarche administrative pour être adopté par une famille zapatiste. Comme ça, vous pourrez dire que tout ça n’était qu’un jeu pour que ce soit moi le candidat … ok ok ok, la candidate à la présidence de la République.
 Ah, ma perversité est sublime, n’est-ce pas ?
 
 Bien sûr, avec cette apparition publique, ma correspondance féminine va être réduite à zéro. Oh, vous savez, de correspondance il n’y en a même plus, ni féminine, ni autre que féminine. Ah là là, si j’avais des réseaux sociaux, je me ferais plusieurs comptes parallèles (ne faites pas comme si, c’est ce que vous faites !), et je me donnerai à moi-même du rt, du fellow et du like, et je m’auto-trolerai, pour que tout paraisse v-é-r-i-t-a-b-l-e. Combien de comptes parallèles peut-on faire au maximum ? Ne faites pas genre, je suis sûr que vous avez fait des recherches là-dessus.
 Au final, j’aurai bien une idée qui me viendra à l’esprit.
 Et maintenant, si ce qui en sort, c’est que la proposition est approuvée, et bien il faudra bosser dur pour trouver du cash. Et donc je vais me mettre en contact avec loas compañeroas de la Brigada callereja, la Brigade des rues, pour qu’ils me réservent un trottoir, dans le quartier de La Meche. Rien à foutre, la rue appartient à qui y fait les 400 pas. Je suis sûr que mes tripes y feront fureur… quoi ?… ok, ok, ok, mon ventre… quoi ? Oui, bon, mon gros ventre… Je dois vous le dire ? Oui, méchants, ça c’est sûr vous l’êtes vraiment…
 
Le SupGaleano faisant craquer plusieurs ceintures.
 
(Non merci, vraiment, non, je n’ai vraiment pas besoin que quelqu’un vienne me tripoter le ventre… ouhhhh, allez là montrez-moi votre nature secrète… que des jeux de mots des années 60, tu vois, c’est pour ça que les gens bien ne vous apprécient pas tu vois… eh ?…Faire un reality show pour trouver des tunes ? avec Trump, Macri, Temer, Poutine et Rajoy en train de partager des photos tout nus ? ptain de merde… arrêtez de regarder cette télévision… plutôt des séries télé de production alternative… si, si, sur les stands de l’avenue centrale, ya déjà la nouvelle saison de Games of Thrones… Oui, en fait au final, on apprend que les autres là, Tyrion et Snow, ils sont de la famille de Dayanaris… ou comme cela se prononce… oui, un dragon pour chaque, un message d’équité… oui, sur le nouveau bouclier il y a un lion, un loup et un dragon qui s’unissent… oui, bon, une version de l’Hydre quoi… oui, comme si tu unissais le grand capital financier, industriel et commercial… oui, le système se recompose et tous ceux d’en-haut bien contents, et ceux d’en-bas vont se faire f… oui, mais en fait, vous êtes en train de regarder une version finale alternative… ouai, quand toute la troupe est en train d’attraper le pichet pour célébrer je sais pas quoi, il y a une femme indigène qui arrive, qui chie sur le trône de fer, et avec un chalumeau, elle le fait fondre. Bon, ils sont en train de réfléchir si ils lui enlèvent pas le chalumeau et qu’ils lui donnent une boîte d’allumettes, pour que ça prenne plus de temps, le suspense tu vois… si, avec de la chance, y’aura une autre saison, suivant combien d’allumettes ça lui prend…. Si, c’est là que ça s’arrête… oui, à cause du Brexit là, les coûts se sont envolés. Et maintenant avec Trump, encore pire… Quoi ? Que j’arrête de spoiler ? Ah, c’est bon là, pourquoi vous m’invitez alors si vous savez comment je suis, hein). 
 
Je certifie.
Ouaf-miaou.
Ce long texte, n’est pas à éluder cependant, il est nécessaire pour comprendre qu’aucun vote nulle part, dans ce système là, ne vous libèrera ! Il vous donnera un nouveau maitre des lieux et de vos vies et en France, il se fera élire sous état d’urgence, et sans aucune intention de vous en libérer ! Seule la vérité nous libèrera, à tout jamais. Et la vérité n’est ni dans les dieux, ni dans les maitres. Ni dans les armes, ni dans la haine, ou la violence…
Source de l’image ► https://gazettedebout.fr/2016/04/30/temoignages-ro-citoyen-pacifiste-mais-profondement-extenue/

ADDENDUM AU PDF DES EXTRAITS DU LIVRE & PUBLICATIONS DU DR. A. EZZAT

La fuite de la sainte famille en Égypte est-elle un mythe ?

Plus grands que les pyramides d’Égypte sont les mythes et les mauvaises conceptions au sujet de cette ancienne terre

Résistance71 a traduit de l’anglais la dernière publication du Dr. Ashraf Ezzat. Je l’ai ajouté au PDF déjà réalisé par mes soins à partir de toutes les traductions faites par R71 à la page 36 et suivantes dont voici le lien direct https://jbl1960blog.files.wordpress.com/2017/02/pdfdraedec2016addendum02171.pdf

 Traduction de la Bible et Escroquerie Historique, version PDF par JBL

De la bible aux évangiles : la falsification typologique servant le mythe religieux et le dogme de la domination (Dr. Ashraf Ezzat)

URL de l’article sur RF71https://resistance71.wordpress.com/2017/02/21/de-la-bible-aux-evangiles-la-falsification-typologique-servant-le-mythe-religieux-et-le-dogme-de-la-domination-dr-ashraf-ezzat/

“C’est la foi qui rend vraies les reliques et non pas elles qui rendent vraie la foi.”

(Umberto Ecco)

►◄

“Le peuple n’a pas plus de voix consultative dans l’État que dans l’église : son rôle est d’obéir et de croire…”

(Pierre-Joseph Proudhon)

A lire : notre dossier sur les falsifications des écrits bibliques et leur origine (Dr. Ashraf Ezzat)

Dr. Ashraf Ezzat | 12 février 2017 | URL de l’article original : https://ashraf62.wordpress.com/2017/02/12/is-holy-familys-flight-into-egypt-myth/

La fuite de la sainte famille en Égypte est-elle un mythe ?

Plus grands que les pyramides d’Égypte sont les mythes et les mauvaises conceptions au sujet de cette ancienne terre

Beaucoup des histoires bibliques ont été faussement et coercitivement associées à l’histoire et la terre de l’Égypte ancienne, comme l’histoire des patriarches israélites, Abraham et Joseph et bien sûr, la célèbre histoire de l’Exode, alias l’histoire du Pharaon et de Moïse.

Une des histoires bibliques les plus connues qui fut également liée de manière mensongère à l’Égypte antique fut celle de “la fuite de la sainte famille en Egypte”. Aussi loin que je sache, il n’y a eu qu’une seule sainte famille avec laquelle l’Égypte antique fut familière, celle du roi Osiris (le dieu assassiné qui ressuscita d’entre les morts), mère Isis (l’épouse fidèle qui fut mise enceinte par l’esprit saint d’Osiris) et leur fils Horus, le fils de dieu (vivant).

Alors qu’on nous a fait croire que le dieu des Israélites protégeait Moïse et son peuple alors qu’ils sortaient d’Égypte, on se s’attendait donc pas à ce que ce dieu une fois de plus, envoie ses anges pour protéger l’enfant Jésus et sa mère durant leur voyage à travers l’Égypte.

Mais cette perception commune ne peut pas être plus loin de la vérité, car ni l’histoire de l’Exode, ni celle de la fuite de la sainte famille ne se sont produites en terre d’Égypte. Ces deux contes bibliques sont simplement des mythes qui ont été propagés par les autorités falsificatrices rabbiniques et christologiques.

Le conte populaire de l’évènement de la sainte famille cherchant refuge en Egypte est une de celles dont l’église copte (égyptienne) est particulièrement fière. Les premiers monastères et églises égyptiens furent de fait érigés dans les endroits visités par la sainte famille, selon les dires, lors de son voyage prédestiné en Égypte. La route supposée empruntée par la maman et l’enfant Jésus lors de leur voyage alla des terrains rugueux et escarpés du Sinaï jusqu’au-delà du Nil où ils arrivèrent au Mont Qussqam, environ 325km au sud du Caire, en passant par le delta du fleuve.

Le monastère d’Al-Muharraq se niche au pied de la partie occidentale de la montagne. Il fut construit dans la zone où il fut dit que la sainte famille demeura pendant plus de 6 mois. Leur temps sur place fut passé essentiellement dans une grotte qui devint dans l’ère chrétienne copte, l’autel de l’église de la vierge Marie, construite au bout de l’aile ouest du monastère. L’autel de pierre est devenu un lieu de pèlerinage chrétien car il fut dit que l’enfant Jésus l’utilisa pour se reposer pendant les mois qu’il passa dans la grotte.

L’histoire du Christ, la fuite de l’enfant de Bethléem avec sa famille à destination de l’Égypte et l’éventuel retour du Christ de son sanctuaire égyptien n’est pas un évènement historique vérifiable (NdT : comme toute l’affaire du Christ du reste…) mais plutôt toute cette histoire fut construite sur une base mythique, ou sur ce que les érudits bibliques voudraient définir comme une prophétie.

Pour être encore plus spécifique, cette histoire fut concoctée comme une interprétation déformée de ce célèbre verset de la bible hébraïque: “Je rappelle mon fils d’Égypte” (Hosea 11:1)

La raison pour laquelle nous la qualifions d’interprétation déviée est parce que dans le verset de la bible, il n’y a aucune spécification sur qui était ce fils de dieu. En même temps qu’Hosea, bon nombre furent appelés fils de dieu. Même des rois et empereurs reçurent cette sainte qualification. Nous savons par exemple, que les rois assyriens et égyptiens étaient référés en tant que “fils de dieu”. Comme nous l’avons mentionné plus tôt, Horus était un fils de dieu.

Si nous jugions sur un critère typologique auquel les écritures bibliques ont notoirement adhéré dans leurs narratifs, nous devrions penser à Moïse comme étant le personnage du “mon fils” dans ce verset de la bible. Mais il y a un inconvénient dans cette vague prophétie… Dans sa version originale hébreue, le texte ne dit rien de l’Égypte ; en fait, il est plutôt dit ceci : “De Mizraïm vient mon Fils”. Ironiquement, au temps de l’écriture du livre d’Hosea, vers le VIIIème siècle AEC, la terre d’Egypte n’était pas appelée “Mizraïm”.

L’Égypte antique était connue sous le nom de “Copte/Gopte”, qui fut plus tard prononcé en langue grecque “Aegyptus”. Mizraïm était un ancien terme arabe pour désigner n’importe quelle zone urbaine. En ce sens, toute ville majeure de l’ancien proche-orient comme Damas, Tyre et Palmyre étaient appelées “Mizraïm” par les nomades des antiques Arabie et Yémen.

D’une certaine manière, ceci devrait attirer notre attention sur l’origine arabe des Israélites et de leurs lois mosaïques, comme nous l’avons détaillé dans notre livre “Egypt Knew No Pharaohs Nor Israelites”. Contrairement à ce que les masses ont été contraintes de croire tout au long de ces siècles de falsification et de mensonges, toutes les anciennes histoires des Israélites se sont passées dans le Yémen antique et non pas en Palestine. Ceci, bien évidement, si tant est qu’elles soient des histoires vraies. Le nom de “Hosea/Hoshea” est autant arabe qu’”Ismaïl” et “Hussein”, tout autant que ses histoires, prophéties et son livre.

La vague prophétie du “d’Égypte vient mon fils” fut plus tard très intelligement exploitée par l’église catholique romaine dans ses évangiles (en grec). Seule l’évangile de Mathieu utilise cette vieille prophétie biblique. Employant la même technique littérale de la typologie, Mathieu (ou qui que ce soit qui utilisa ce nom comme couverture) a tissé un drame complètement différent pour l’enfant Jésus et sa mère et ce dès la vieille histoire de Moïse.

Comme la libération de Moïse et de ses Israélites ne s’est produite qu’alors qu’ils quittaient l’Égypte, la même chose (parallèle typologique) se doit de se produire dans l’histoire de Jésus Christ. Juste comme le pharaon d’Égypte ordonna le meurtre de tout enfant premier-né israélite, Mathieu a dû rendre Hérode responsable d’un même ordre ainsi cela servirait d’impératif narratif dramatique pour leur fuite en Égypte.

“… Voyez, un ange de dieu est apparu en rêve à Joseph et lui dit: ‘Lève-toi, prends le jeune enfant et sa mère, fuit vers l’Égypte et restez-y jusqu’à ce que je t’envoie un message ; car Hérode va rechercher le jeune enfant pour Le détruire.” (Mathieu 2:13)

Un schéma de typologie rabbinique ancien était ici à l’œuvre. La typologie en théologie chrétienne et en exégèse biblique est une doctrine ou une technique littérale qui relie (fictivement) l’Ancien Testament au Nouveau Testament. Des évènements, personnes ou prophéties de l’Ancien Testament sont vus comme des préfigurations typiques ou sont surclassés par des anti-types, évènements ou aspects du Christ ou de sa révélation décrits dans le Nouveau Testament.

C’est comme un jeu de mots dans lequel les scribes bibliques ont dupliqué/copié un ancien conte miraculeux. Dans le processus, ils ont fini par créer des parallèles dramatiques et géographiques à une vieille histoire de la bible qui rendront leur nouvelle histoire sacrée aux yeux des masses inéduquées. Le but final de ce truc typologique est de créer l’illusion d’une prophétie qui dit vrai et se réalise.

La fuite en Égypte est un évènement biblique décrit dans les évangiles de Mathieu (Mathieu 2:13-23), dans lequel Joseph s’est enfui en Égypte avec Marie et l’enfant Jésus après une visite magique, car ils ont été mis au courant donc que le roi Hérode avait l’intention de tuer les enfants de cette zone.

L’évangile de Luc ne mentionne pas cet évènement, narrant plutôt que la sainte famille alla au temple de Jérusalem, et de là directement à Nazareth. Certains critiques en tirent ainsi la conclusion que la naissance et la jeunesse de l’enfant Jésus selon Luc et Mathieu sont toutes deux des fabrications. Ce thème qu’on retrouve dans l’évangile de Mathieu est très semblable à celui de Moïse pour une audience judaïque et la fuite en Égypte illustre juste ce thème typologique et mensonger.

Dans leur fuite de la fureur du roi Hérode, la sainte famille, de manière compréhensible, devait éviter les routes fortement empruntées, elles ont donc suivi des chemins inconnus et on a dit qu’ils furent guidés par les anges de dieu. Leur route fut choisie pour eux, jour après jour, par des vallées cachées et des plateaux non répertoriés, dans les vastes étendues désertiques du Sinaï. Comme Moïse et son peuple israélite, Marie et l’enfant Jésus ont dû errer pendant un bon moment dans les étendues sauvages du Sinaï. Le vieux scenario de l’Exode devait servir de storyboard pour la nouvelle histoire de la fuite en Egypte.

Ainsi. doit-on se demander ce qui fut la source de notre information sur la description complète du voyage de la sainte famille en Égypte ? Les voies tortueuses empruntées par celle-ci à travers le Sinaï et leurs voyages subséquents en Égypte furent narrés par le pape Théophile, 23ème patriarche d’Alexandrie (384-412 de notre ère). Il mentionna dans ses annales tant célébrées, qu’au soir du 6 novembre, après une longue et humble prière, la Vierge Marie lui est apparue. Celle-ci lui relata dans les détails le voyage de la sainte famille en Égypte et lui donna pour instruction d’enregistrer par écrit ce qu’il avait vu et entendu.

Voilà, la messe était donc dite : toute cette histoire de “la fuite en Égypte de la sainte famille” n’est en fait rien d’autre qu’un “rêve” et parce que ce fut le rêve du pape Théophile, les masses naïves et fidèles l’acceptèrent simplement comme une réalité, pour un autre miracle divin qui devait une fois de plus se dérouler en Égypte.

Mais, là encore, qui est ce pape Théophile qui a donc eu toute la confiance de la vierge Marie au point tel qu’elle s’est révélée à lui dans un des ses rêves bénis ? Théophile était le pape d’Alexandrie et le patriarche du saint siège de St Marc de l’église copte d’Alexandrie juste au tournant du IVème siècle de notre ère. Il devint pape dans une période de conflit entre les nouvellement dominants chrétiens et l’ancien establishment religieux égyptien à Alexandrie, chaque section étant soutenue par un segment de la population d’Alexandrie. Ce fut durant sa papauté, suivie de celle de son neveu, le tristement célèbre pape Cyrille, que la persécution des fervents des anciennes croyances et traditions égyptiennes, devint violente et sans pitié.

Les anciens temples égyptiens furent profanés, fermés ou brûlés. Les Égyptiens furent interdits de maintenir leurs anciens rites et on leur refusa toute autorisation d’entrée dans leurs temples et sanctuaires partout en Égypte et spécifiquement à Alexandrie. Le “Serapeum”, le dernier sanctuaire qui survécut de l’ancienne bibliothèque d’Alexandrie fut détruit et brûlé, car l’église copte voulait être la seule source de connaissance et d’autorité pour la nouvelle Égypte chrétienne.

Edward Gibbon a décrit le pape Théophile comme “…l’ennemi perpétuel de la paix et de la vertu, un méchant homme austère, dont les mains furent alternativement polluées par l’or et par le sang.”

Note de Résistance 71 : Edward Gibbon, historien anglais (1737-1794), connu pour son œuvre phare : “L’histoire du déclin et de la chute de l’empire romain” (1776), grand critique des églises et de la religion organisée bien que converti au catholicisme. A enseigné à Oxford.

Les parchemins et les livres qui gravèrent la connaissance et la sagesse anciennes de l’humanité furent étiquetés (par Théophile et son neveu Cyrille), crasse et hérésie païennes ne méritant qu’à être livrées aux flammes. Après le départ de Théophile, l’intolérance et la violence religieuses à Alexandrie monta vers de nouveaux sommets sous la papauté de son neveu Cyrille.

Il conserva sa politique de tensions sectaires outrageantes qui menèrent au meurtre de la philosophe hélléniste Hypatie par une foule de chrétiens fanatiques. Hypatie était une des dernières érudites de l’ancienne bibliothèque d’Alexandrie. Elle enseignait la philosophie, les mathématiques, la physique et l’astronomie dans la ville ancienne d’Alexandrie (NdT : d’où l’auteur Ashraf Ezzat est originaire et dont il connaît très bien l’histoire…), Hypatie fut kidnappée, dévêtue, mutilée en association et brûlée vive dans une église. La nouvelle de l’assassinat d’Hypatie provoqua une énorme critique et dénonciation de Cyrille qui ne voyait en la grande philosophe qu’une sorcière païenne.

L’assassinat brutal d’Hypatie a d’une certain façon, marqué la fin de l’ancien monde de la connaissance et de la sagesse. Alors que les masses naïves croyaient dans le rêve de Théophile sur la “vierge Marie”, l’aube de l’âge de l’obscurantisme se profilait à l’horizon. Une nouvelle ère naissait du narratif mensonger biblique au sujet de l’Égypte antique, une nouvelle ère obscurantiste, faite de dogmes intolérants, de faux prophètes et de fausses prophéties.

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C’est parce que je pense que ; L’avenir de l’humanité passe par les peuples occidentaux émancipés de l’idéologie coloniale, se tenant debout, main dans la main, avec les peuples indigènes de tous les continents pour mettre en place la SOCIÉTÉ des sociétés. Et que ce nouveau paradigme, en lien avec tous les peuples indigènes, sera autant que faire se peut « sans dieux, ni maîtres » et par dessus tout sans armes, ni haine, ni violence…

Fourmis (dotées de raison) nous sommes ;

Fourmis nous demeurerons…

Résistance71

JBL1960 : Une fourmi

Source de l’image ► LouvreLe repos de la Sainte Famille pendant la fuite en Égypte

 

 

Petit billet d’amitié…

A mon ami de blog ; Patrice Sanchez

Patrice SanchezMon odyssée sous le soleil de Zarathoustra !

A force de se croiser en commentant très souvent les mêmes billets sur Résistance71, un autre blog ami qui publie aujourd’hui la vie et l’œuvre de Gustav Landauer. Mais surtout constatant que nous étions presque d’accord sur tout, frémissant de concert dès les premiers mots du tout premier texte de Zénon. Comme avec Russell Means, Steven Newcomb, Mohawk Nation News, ou Entrefilets et aussi Georges Stanechy, Étienne Chouard également et Nietzche, Kropotkine, Bakounine, Proudhon, etc… Le Dr. Ashraf Ezzat et j’en passe et des meilleurs.

Nos divergences d’opinion jamais indépassables nous permettant d’affiner notre réflexion et par ailleurs nos échanges me permettant de comprendre votre force, votre rage de vivre et cette vivacité d’esprit présente, partout, au-delà des mots, en filigrane.

C’est grâce à ce texte que vous m’aviez transmis, rappelez-vous, tout juste terminé, et qui s’était imposé à vous malgré la fatigue, la douleur encore, et qui m’a touchée à un point tel que c’est alors que j’ai compris, et assumé, que si je ne suis rien, je fais cependant partie d’un tout, qui nous dépasse tous. Votre « Théorie du Tout » a déclenché un déclic supplémentaire, LE déclic pour conceptualiser, pour la première fois ici, qu’il nous fallait prendre la Tangente. Ce texte, comme ceux de Zénon, comme le Contre-rapport de la Commission Vérité & Réconciliation « MEURTRE PAR DÉCRET » Le crime du Génocide au Canada, ne me quitte plus, il est là, à porté de main, à porté de cœur… Imprimé à jamais sur papier et dans ma mémoire.

C’est pourquoi, je vous remercie, par ces quelques mots pour m’avoir transmis votre livre en version PDF : RENAISSANCE D’UNE APOCALYPSE CÉRÉBRALE de Patrice Sanchez, Édition l’Harmattan, 2016 {140 pages}

Préfacé par Pierre Héber-Suffrin et dédicacé à votre nièce trop-tôt disparue « Camille Muffat » par un de ces coups du sort qui nous rappelle que puisque nous sommes là, autant œuvrer pour le bien commun en protégeant notre Terre-Mère comme nous y invitent tous les Natifs du Monde ► La Loi suprême de la Terre…

Car j’ai suivi avec vous dernièrement et pour m’y avoir associé, cette aventure qui vous a conduit jusqu’à la publication de ce livre qui raconte l’histoire de votre « Apocalypse » :  En effet le 14 février 1995, à l’âge de 29 ans, j’ai été victime d’une hémorragie cérébrale, suivie d’une opération et d’une période de coma qui me laissa totalement paralysé et aphasique ! Faisant de vous ce que vous êtes aujourd’hui, mon ami, un homme délicieux, fin et fort à la fois. Juste et touchant, drôle et émouvant.

Moi qui ne suis rien sinon un grain de sable ; Une invisible, je sais cependant, et bien que nous ne nous connaissions pas et sans doute ne nous verrons-nous jamais, que nous saurons nous reconnaitre. Ici ou ailleurs ; Guidés par nos étincelles intérieures.

Même lorsque nos paupières seront closes, nous filerons dans les étoiles que nous avons si souvent côtoyés grâce à nos lectures communes…

Vous le savez, pour ma part, j’aspire, modestement à un changement de paradigme, en lien avec les Natifs, sans dieux, ni maitres et surtout sans armes, ni haine, ni violence ► Changement de paradigme ; Sans dieux, ni maitres…

Mais pour autant j’ai le sentiment, que là où tout fini ;

C’est aussi, peut-être, là où tout commence…

Permettez-moi de vous rappeler ce tout premier billet de blog, très personnel, et dans lequel, balbutiante encore, j’exprime cependant ma vision de ce nouveau paradigme dont votre ténacité mêlée à la mienne et à toutes celles, de plus en plus nombreuses, de nos frères et sœurs de par le monde, finiront bien par vaincre l’inertie de départ, et faire coulisser le portail, car au-delà, c’est l’émancipation des peuples. À charge pour les générations futures de maintenir connectés les énergies, les électrons libres qui ont donné l’exemple d’associations toutes aussi libres par delà l’espace et le temps…

Le changement de paradigme : c’est maintenant ! JBL1960 13/12/2015

Ne relâchons pas nos efforts, courage ;

Votre livre nous prouve combien vous n’en manquez pas…

JBL1960

Source de l’image ► Pinterest

Changement de paradigme ; Sans dieux, ni maitres…

Mais surtout ► Sans armes, ni haine, ni violence…

Croyez en ce que vous vous voulez, mais ne m’obligez pas à faire de même.

L’argumentation imparable de Steven Newcomb du 6 février dernier permet d’affirmer que l’empire américain est bien une théocratie ► L’Empire Zunien ou la Nouvelle Théocratie  ; Tout comme l’analyse du Pr Taiaiake Alfred permet de comprendre et d’agir en résistance à ce fléau de l’Humanité ; Le Colonialisme et ce par quoi il arrive : l’État, en proposant des solutions anti-coloniales pour une décolonisation de l’empire ► Résistance au fléau de l’Humanité  Et parce que pour bon nombre, dont je suis ; L’avenir de l’humanité passe par les peuples occidentaux émancipés de l’idéologie et de l’action coloniales, se tenant debout, main dans la main avec les peuples autochtones de tous les continents pour instaurer l’harmonie de la société des sociétés sur terre. Il n’y a pas de solutions au sein du système, n’y en a jamais eu et n’y en aura jamais ! L’un de mes objectifs étant de faire tomber l’empire ► Ici.

Résistance71 porte à notre connaissance un certain regard de Moriel : source La Voie du Jaguar et je reproduis ce texte dans son entier. 3000 mots, ce n’est rien au regard des 3000 ans qui viennent de passer sous les fourches caudines des mensonges bibliques, récits erronés et falsifiés pour mieux nous soumettre ► Histoire, Science, Mensonges et Falsifications, Dr Asharf Ezzat, version PDF de 35 pages par JBL1960 ; En français grâce à R71.

Moriel nous invite à une sortie de route, surement pour prendre la « Tangente » si chère à Zénon… Et à bien des égards ce texte m’aura fait penser aux textes de Zénon et surtout au tout premier « Nakba« .

Résistance politique : L’athéisme côté « musulman »… un certain regard

Un angle de vision inhabituel et pourtant réel et vital… L’athéisme est universel. De fait, la logique voudrait que l’agnosticisme, plus neutre et moins négatif, l’emporte en suivant le vieil adage du « dans le doute abstiens-toi ». Mais l’intolérance religieuse des religions monothéistes abrahamiques est telle que l’agnosticisme de raison s’est transformé en athéisme de combat, dans une dynamique par trop classique d’action/réaction. Vraiment dommage… Mais la faute en incombe à ces escroqueries religieuses , ces mythologies au dieu vengeur et assoiffé de sang, intolérantes, malfaisantes et directement responsables de la mort violente de millions de personnes au cours des siècles.

~ Résistance 71 ~

Sortie de route

Moriel | 10 février 2017 | URL de l’article : http://www.lavoiedujaguar.net/Sortie-de-route

C’est en rentrant de l’école, française, laïque et républicaine, à huit ans, que j’ai découvert que j’étais musulman. L’institutrice nous avait parlé des guerres de religion, de la Saint-Barthélemy et du conflit opposant les protestants aux catholiques. Je demandais à mon père dans lequel des deux camps nous nous trouvions ; ni l’un ni l’autre, me dit-il. J’apprenais que l’islam était la seule et vraie religion, et que seuls les musulmans avaient accès au paradis. J’apprenais aussi à cette occasion qu’il y avait aussi des juifs et des païens qui eux croyaient en une multitude de dieux aux noms bizarres.

Je suis retourné jouer aux petits soldats, et le lendemain, j’ai pu dire à mes copains de classe que je n’étais ni catholique ni protestant, mais je crois qu’ils s’en foutaient éperdument, et moi aussi à vrai dire. À cette époque-là, dans les années 1960, les musulmans en France étaient quasiment invisibles, les femmes ne portaient de foulards que lorsqu’il pleuvait, mais les non-musulmanes aussi, alors on ne faisait pas la différence. Mon père écoutait Radio Le Caire (« la voix de la Révolution arabe », j’ai encore le gingle en mémoire), sur ondes courtes ; ça crachotait et il fallait bouger l’antenne du poste sans arrêt dans tous les sens : on captait les discours enflammés de Nasser et les mélopées d’Oum Kalthoum. La guerre de Six-Jours et la défaite des troupes arabes devant Israël avaient traumatisé mes parents. Dans les cafés arabes de banlieue, on regardait des scopitones aux couleurs criardes de chanteurs algériens qui racontaient la douleur de l’exil, que mes parents ressentaient viscéralement, sans s’imaginer qu’une de ces chansons deviendrait un tube de la fin des années 1990.

Le fait d’être musulman, pour moi, c’était de ne pas manger de porc à la cantine, et pour mes parents de jeûner pendant le ramadan : c’était tout. Je me souviens de la charcuterie qui se trouvait sur le chemin de l’école, et de l’odeur très appétissante qui s’en dégageait et je pensais qu’il était vraiment bête de n’avoir pas le droit d’y goûter. J’étais jaloux de mes copains qui allaient au catéchisme et au patronage des curés, car ils avaient l’air de bien s’y amuser. Et puis ils m’ont raconté les cadeaux qu’ils avaient eus pour leur première communion, ou pour leur bar-mitsva ; moi je n’avais rien eu pour ma circoncision, en tout cas je ne m’en souvenais plus. Malgré tout, à Noël, mes parents nous offraient des jouets, et une fois, la maîtresse, qui devait être de gauche, m’a donné le sapin qui ornait la classe et on l’a installé chez nous avec les décorations et on était tout contents ma sœur et moi. Mon père m’emmenait avec lui le dimanche matin au café où il retrouvait ses copains devant le pastis et jouait au tiercé : je savais que l’alcool et les jeux de hasard étaient proscrits par le Coran mais mon père et ses copains ne semblaient pas en être plus malheureux que ça, et même ils s’amusaient bien ! Une fois, j’ai même été choqué : mon père avait rejoint ses copains au bistrot et ensemble ils levaient leur verre de vin rouge pour fêter la fin du ramadan ! Ce qui préoccupait mes parents, c’était surtout les difficultés de la vie quotidienne dans lesquelles nous nous débattions, et ce n’était certainement pas la religion qui allait nous permettre d’avoir un logement décent. À la maison il y avait bien un exemplaire du Coran, mais il y avait aussi un dictionnaire médical, L’Humanité, La Vie ouvrière (mon père militait à la CGT), et France-Soir pour le PMU. J’avais appris la profession de foi — « il n’y a de dieu qu’Allah et Mohamed est son prophète » —, que je récitais la nuit quand j’avais peur dans le noir et je croyais en un dieu unique et omniscient qui veillait sur moi et qui me guidait dans ce monde plutôt chaotique…, œuvre de ce même dieu en qui réside la perfection. Houlà ! Ça commençait à s’embrouiller, d’autant qu’à l’école j’apprenais que le monde n’avait pas été créé en six jours, qu’Adam et Ève n’étaient que des légendes et ainsi de suite.

Les seuls moments où je baignais dans une atmosphère religieuse, c’était pendant les vacances au pays. Ma grand-mère maternelle nous accueillait en postillonnant sur nos visages pour écarter de nous les génies malfaisants ; avec les années et la progression des idées hygiénistes, et aussi à cause de nos mines dégoûtées, elle remplaça les postillons par un souffle d’air, tout aussi efficace contre ces sales petits génies. Elle portait sur elle un tas d’amulettes odorantes, brûlait de l’encens à tout propos et lançait des « sorts » à ceux qui l’embêtaient. Son monde était peuplé d’êtres légendaires : elle s’adressait quotidiennement aux ancêtres de la famille, comme s’ils étaient réellement là, à ses côtés, et elle leur vouait un culte sincère et naïf. Elle avait l’habitude de se rendre au cimetière pour invoquer l’esprit d’une ancêtre, sur la tombe de laquelle une modeste coupole blanchie à la chaux avait été érigée autrefois : là, elle allumait des bougies, versait de l’huile et de la farine, et chantait de vieilles litanies, oubliées de tous les autres membres de la famille. Un jour, peu après la « révolution » des mollahs en Iran, qui a marqué partout dans le monde musulman un retour à un islam plus rigoureux, les notables du village réunis en conclave décidèrent de faire détruire cette coupole, qu’ils jugeaient non conforme à l’orthodoxie musulmane. Ma grand-mère ne se démonta pas : sur les ruines de la coupole, elle traça un cercle de pierre, et continua ses rituels, au grand dam des bien-pensants. Je préférais de loin ces légendes aux textes orthodoxes. Mêlées de superstitions et de poésie, elles m’entraînaient à mille lieux de mon quotidien désenchanté et matérialiste. J’éprouve encore aujourd’hui une grande tendresse, empreinte de nostalgie, pour les souvenirs que m’ont laissés les femmes et les hommes de la génération de mes grands-parents, dont les croyances et le mode de vie se sont à jamais perdus.

Vers seize ans j’ai découvert le soufisme, en écoutant une émission de France Culture consacrée à Al Hallaj, mystique crucifié au Xe siècle à Bagdad pour ses propos jugés hérétiques. J’ai lu quelques livres consacrés à la voie soufie, j’ai eu ma petite crise mystique, qui a duré quelques mois et s’est évanouie avec ma première cuite. J’aimais bien les cours de philo, j’y apprenais le doute, l’esprit critique, la liberté de pensée, toute choses incompatibles avec la religion. Ma religiosité fragile avait du mal à tenir devant ces contradictions, aussi j’évitais de trop m’y confronter. Et puis la fidélité à ma famille, la sensation d’être écartelé entre deux cultures que je pensais incompatibles, avec l’idée fausse d’être sur la défensive, ont fait que j’ai continué de me dire musulman, sans pratiques et sans convictions bien solides. Je rencontrais un jour un chauffeur de taxi d’origine tunisienne, qui m’emmenait vers Orly d’où je prenais l’avion vers le bled, et qui m’a dit sans détour qu’il était devenu athée, qu’il avait rejeté l’islam et qu’il s’en trouvait très bien. Cette affirmation m’a perturbé, dérangé et m’a mis mal à l’aise : je n’étais pas prêt à l’accepter, sans pouvoir la rejeter définitivement. Le doute s’était instillé en moi.

Durant l’été 1984, nous étions en vacances au pays en famille : c’était la première fois que nous y fêtions l’aïd el kebir qui tombait cette année-là pendant les grandes vacances. La veille du grand jour, j’avais demandé à mon père de me réveiller pour que je puisse me rendre avec lui à la grande prière de l’aïd à la mosquée, qui a lieu très tôt. Je n’y étais jamais allé avec lui. Lorsque je me levais, mon père était déjà parti, et à son retour je lui demandais pourquoi il ne m’avait pas prévenu : il m’a répondu que m’ayant trouvé endormi, il n’avait pas voulu me réveiller, que j’étais en vacances et que j’avais le droit de me reposer. Mes cousins, s’ils avaient le malheur d’être encore endormis à l’heure de l’office étaient brutalement sortis du lit par leur père. La tendresse que mon père m’a témoignée ce jour-là, sa tolérance et son peu de foi m’émeuvent d’autant que jamais plus je n’ai eu l’occasion de fêter avec lui l’aïd el kebir, la maladie devant l’emporter quelques mois plus tard. Paradoxalement, c’est peut-être là que s’enracine mon cheminement vers l’athéisme.

Les antennes paraboliques ont commencé à fleurir sur les toits des maisons du village de mes grands-parents. À côté des clips des chanteuses et bimbos européennes court vêtues, qui aiguisaient les frustrations de la jeunesse, se glissaient sur les chaînes moyen-orientales les prédicateurs barbus qui distillaient leur poison intégriste à longueur de journée. On voyait de plus en plus de barbes et de voiles, les mosquées faisaient le plein, il en poussait un peu partout dans le pays. Bref, l’ambiance devenait délétère. Le même mouvement se faisait sentir à Paris, et y trouvait un terrain propice : avenir bouché, chômage, dépit et frustration font les délices des curés et imams de tout poil.

Peu à peu, mon petit vernis religieux se lézardait : mes amis étaient pour la plupart non croyants, et nos aspirations nous menaient vers la volonté de changer la société et de vivre aussi librement que possible nos désirs, que nous savions déjà limités par les contraintes matérielles et sociales. Alors y rajouter une contrainte religieuse, pas question ! Et en grandissant, j’ai eu plus d’assurance quant à mon identité : j’ai accepté pleinement ma part française. J’ai fait mien l’héritage de Rabelais et de Diderot aux côtés d’Ibn Khaldoun et d’Omar Khayyam ; je passais sans encombre d’Oum Kalthoum à Georges Brassens, de la musique arabo-andalouse aux lieds de Schubert. Et c’est grâce à Khomeiny que j’ai définitivement largué les amarres.

C’est la fatwa du barbu contre Salman Rushdie qui m’a permis d’affirmer clairement mon athéisme, mon rejet de toute forme d’oppression, y compris religieuse. Bien que n’ayant jamais été contraint par ma famille qui ne m’a jamais imposé quelque pratique que ce soit (prière, jeûne, etc.), je me suis senti libéré, comme si un poids m’était ôté d’un coup. Je n’avais pas le sentiment de trahir qui que ce soit : je gardais pour les miens le même attachement, pour les origines de mes parents la même reconnaissance.

J’ai pu lire depuis des témoignages d’« ex-musulmans » : certains ont rompu non seulement avec la religion mais aussi avec leurs origines en se plaçant dans le camp « occidental » contre le camp « oriental », apportant consciemment ou non une force d’appoint à ceux qui veulent escamoter la lutte des classes et la remplacer par le prétendu choc des civilisations. D’autres disaient avoir rompu après avoir découvert la violence, bien réelle, des textes coraniques et de la tradition musulmane. Est-ce à dire que si ces textes étaient tout miel et fleurs, ils n’auraient pas décroché ? La religion est un instrument de pouvoir, et les circonstances historiques de la naissance de l’islam en sont un parfait exemple ; tout instrument de pouvoir est fondé sur la coercition et la violence. Je sais par l’apprentissage, et non par croyance, que le destin de l’homme est celui qu’il se forge par lui-même, par ses désirs et ses luttes, en association avec ses semblables et ses égaux, contre toutes formes d’asservissement et d’endoctrinement ; qu’il n’y a pas d’autre monde que celui-ci et qu’il nous appartient de le rendre vivable afin que nul prophète, nul guide suprême ne vienne nous promettre ses chimères contre une foi aveugle et la démission de la pensée.

Quand je me tiens devant la tombe de mon père, entre les deux oliviers qu’il avait désignés pour son dernier repos, je me rends compte du chemin que j’ai parcouru — et qu’il avait initié. Je lui en serai reconnaissant à jamais.

Moriel

Apostille.– J’ai écrit ce texte, en 2008, en réponse à une enquête portant sur les motivations et parcours de vie d’athées issus de familles musulmanes. Alors qu’on pouvait croire que la question religieuse était, sinon résolue, du moins renvoyée à la sphère privée, hors du champ social, on assiste, en fait, à son retour bruyant dans les débats et dans l’actualité. Les crispations autour de la question de l’islamophobie, qui n’épargnent pas les milieux libertaires, avec les accusations de racisme visant les critiques de l’islam, ajoutent à la confusion ambiante. Cette confusion est savamment entretenue par une certaine extrême gauche, qui sous couvert de lutte contre la situation d’exclusion et de relégation des populations issues de l’immigration, n’hésitent pas à manier des concepts les plus critiquables, comme ceux de « race » et d’« identité ». Ces discours, s’ils ne parviennent pas à mobiliser aussi massivement les populations cibles (habitants des quartiers populaires issus de l’immigration) que ne le souhaitent leur instigateurs, parviennent toutefois à avoir un écho médiatique, et à créer des clivages et des dissensions qui viennent fragiliser un peu plus un milieu d’extrême gauche et libertaire déjà bien affaibli, depuis une grosse trentaine d’années, par l’offensive capitaliste.

S’il n’en est qu’une condition nécessaire, car non suffisante, l’athéisme revendiqué a de tout temps accompagné les luttes d’émancipation de la classe ouvrière. Que l’on songe à la Commune de Paris ou à la révolution espagnole, entre autres… En finir avec l’aliénation religieuse est indissociable du projet révolutionnaire. Réaffirmer aujourd’hui cette évidence, en l’ancrant dans la mémoire des luttes passées et dans la perspective de l’émancipation sociale et individuelle, est plus que jamais nécessaire.– M.

Un changement de paradigme, en lien avec les Natifs, est possible et il convient de le penser sans dieux, ni maitres et sans armes, ni haine, ni violence, c’est ce que je ressens à la lecture de ce texte.

Je pense en outre, tout comme Résistance71 l’a si souvent affirmé, qu’il faut ignorer l’État et les institutions, qui sont le problème et non la solution. Les associations libres n’œuvrant que pour le bien commun au sein de communes autonomes qui se fédèrent ; Créer une société parallèle, celle des associations libres fédérées, et boycotter système et institutions de manière exponentielle au nombre de gens rejoignant les associations libres… À un moment donné, la désobéissance civile, donc la confrontation avec l’État sera inévitable, mais si les gens font tourner la société déjà localement en ignorant l’État et le système politico-économique qui nous sont imposés, l’obsolescence de ces entités ne fera que croitre et elles tomberont quasiment d’elles-mêmes ou avec un petit coup d’épaule « non-violent ». N’est-ce pas avant tout une question d’état d’esprit individuel/collectif se confédérant par la solidarité ? Cessons de nous laisser dicter nos « différences » par l’oligarchie ou théocratie et cessons de la laisser organiser notre division. Notre première des priorités n’est-elle pas de comprendre que collectivement il y a bien plus de choses qui nous rassemblent que de choses qui nous divisent. La division est induite, fabriquée, et donc certainement pas inéluctable. C’est à notre sens de là que part toute action viable, après aux gens de s’organiser comme ils l’entendent, c’est à vous de voir car il n’y a pas de recettes toutes faites. Il y a de grandes leçons à tirer du passé, des enseignements à tirer de nos sociétés ancestrales européennes et ailleurs.

Ignorer le système ► Créer les bases solidaires de la société des sociétés organique ► Réfléchir et agir en une praxis commune ► Adapter l’ancien du neuf

Sortir de la route qui nous est tracée depuis toujours, et prendre la tangente…

JBL1960

Source de l’image ► Photo originale et propriété de Lydia Machant

J’ai réalisé la mise en PDF de ce beau texte de MorielSortie de Route