Niawen – Merci !

Parce que « Les instructions originelles de toute vie sont un code naturel fait pour utiliser nos instincts de survie. »

Et dans le but préalable à tout changement de paradigme de FAIRE TOMBER L’EMPIRE !

Résistance71 vient de traduire sur son blog le dernier post de Mohawk Nation News :

Résistance au colonialisme: violation des traités et réalité naturelle… D’une relation contre-nature au crime d’État

“Gariwiio” est la réalité naturelle

Mohawk Nation News | 29 Mars 2016 | Url de l’article original en anglais : http://mohawknationnews.com/blog/2016/03/29/gariwiio-is-natural-reality/

Fait par la nature et non pas créé par l’humain. Le monde naturel suit la direction de la Nature, sa oieri. Nous, les humains, voyageons dans la direction de la nature, comme le soleil, la lune, la terre, les plantes, les animaux… Ceux qui vont à l’encontre de cela créent le chaos, la guerre, la pollution et la souffrance pour toute vie. Les instructions originelles de toute vie sont un code naturel fait pour utiliser nos instincts de survie.

Onwana’kaion est le langage de la terre qui nous enseigne notre relation avec la création (NdT: le mot création ici n’est pas pris dans le sens “chrétien” du terme bien évidemment, mais dans le sens cosmogonique amérindien…). Nous appartenons à la famille et aux enfants qui nous arrivent. La ne wenton ta kari wa teneh, cela n’a pas de fin. Notre esprit doit toujours être exposé à la nature. Se connecter avec la réalité de la nature élimine la confusion. Ion’heh est l’esprit de la vie.

Le feu est l’esprit qui doit être libre et non pas bridé par quiconque ou quelque institution. Kaia’nere:kowa, la grande loi de la paix, nous encourage à utiliser l’énergie de l’univers. Onon’ton:tsara, votre esprit décide pour vous.

Teio’hateh, l’accord deux rangées (NdT: aussi nommé Guswenta) est le lien original entre nous et la création, la nature.

Nous avons accueilli les visiteurs en tant que peuple hospitalier. Nous n’avons jamais invité un peuple égoïste, veule et brutal à venir vivre ici, un peuple qui suit un mode de vie à l’opposé de Kaiane’re:kowa, la voie de cette terre. Ils se sont imposés et ont décidé de saisir notre droit de naissance et de disposer de nous. Otio’kwan’haxta, le lien des familles, a été violé.

Ce qui suit représente des traités américains totalement illégitimes et non pas des traités Onkwe’hon:weh (peuples natifs de l’Île de la Grande Tortue): George Washington a demandé la paix en 1784 au traité de Fort Stanwix, traité qui fut violé par les Américains. Washington, toujours lui, a mis en colère les Rotino’shonni (Iroquois) et d’autres nations et en 1789 il a encore demandé la paix avec le traité de Fort Harmer, que les Américains violèrent une fois de plus. En 1794, il demanda la paix avec le traité de Canandaigua. Tous les traités ont été violés, les rendant de facto nuls et non avenus.

L’article 7 du traité de Canandaigua [Note de JBL ; ici] explique néanmoins le processus à suivre entre deux peuples souverains. Aucun des deux côtés ne peut décider légalement pour l’autre peuple ou citoyens. Les plaintes officielles devaient être déposées auprès de la nation ou des Rotino’shonni (confédération des 6 nations iroquoises). Lorsque notre peuple aurait été prouvé coupable, nous aurions compensé les Etats-Unis ou nous aurions soumis une plainte aux Etats-Unis et s’ils étaient coupables, ils nous auraient compensé. Chaque côté mènerait son enquête légale et déciderait, ainsi enkari’watkwen, la paix est préservée.

Le 13 Mai 1974, lorsque nous avons repris possession de notre terre du lac Moss, l’état de New York n’a pa pu utiliser le traité de Canandaigua parce que nous, les Mohawks, ainsi que la nation Seneca, l’avions rejeté. Les Américains n’ont pas laissé notre peuple lire l’accord bien que nous ayons eu parmi nous des gens parfaitement éduqué. Nous voulions que les mots du traité papier fussent retranscrits dans la ceinture wampum. Ils ont refusé. Aujourd’hui ce sont tous des occupants illégaux !

=*=

C’est pourquoi, Steven Newcomb nous a récemment expliqué que le code avait changé !

Rappelez-vous les fermiers de Malheur en Oregon, mourant pour la terre volée à la Nation Paiute…

Si j’appelle non seulement à initier un changement de paradigme, en créant la Société des sociétés, cela ne se fera pas sans une décolonisation concertée.

Et avec « L’idéal » de Gaston Leval en tête peut-être ?

En tout les cas loin de tout POTUS2016 ou BORDEL2017 !

Ne pas renoncer, jamais, à l’espoir et à l’envie d’avoir un tout petit peu contribuer à faire avancer les choses…

Jamais l’Amérique n’aura respecté un seul traité dans toute son histoire ; JAMAIS !

Comme John Pilger nous y invite, puisqu’une guerre mondiale a commencé ; Brisons le silence…

Ici & Maintenant !

Comme me l’a transmis Thahoketoteh de MNN ;

Niawen – Merci !

Merci à vous de lire ces quelques mots et de les partager et de les relayer…

JBL1960

Mise à jour du 27/10/16 par JBL1960

Je rajoute à ce Merci en Mohawk = Niawen, ce texte que j’ai reçu en cadeau pour la première fois au mois de Mars 2016 grâce au Blog Résistance71 qui le relaya d’un jeune auteur inconnu : Zénon et dont le texte « Nakba » m’aura transporté loin comme jamais, aussi, je l’ai réédité en version PDF qui laisse plus de place à la création artistique autour d’un texte qui est déjà écrit et auquel on ne touche pas, bien sûr ;

https://jbl1960blog.files.wordpress.com/2016/04/nakba.pdf

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Dans la Vallée du Rojava -2-

Toujours en Syrak !

Première Partie

Voici la 2ème partie de la traduction par R71  de larges extraits et commentaires du manifeste “Democratic Confederalism” d’Abdullah Ocalan, 2011, édition International Initiative.

Changement de paradigme politique: Manifeste pour un Confédéralisme Démocratique (Abdullah Ocalan) ~ 2ème partie ~

https://resistance71.wordpress.com/2016/03/28/changement-de-paradigme-politique-manifeste-pour-un-confederalisme-democratique-abdullah-ocalan-2eme-partie/

Le confédéralisme démocratique et un système politique démocratique

En contraste total avec une compréhension administrative centraliste et bureaucratique de l’exercice du pouvoir politique, le confédéralisme pose un type d’autogestion politique où tous les groupes de la société et toutes les identités culturelles peuvent s’exprimer dans des assemblées locales, dans des conventions générales et des conseils (NdT: Ceci est connu par exemple depuis le XIIème siècle au sein de la confédération des 5 puis 6 nations iroquoises suivant la Grande Loi de la Paix, loi de la terre, Kaiane’reko:wa et même auparavant avec la plus vieille confédération reconnue au monde: celle de l’Islande.). Cette compréhension de la politique et de la démocratie ouvre ce même espace politique à toutes les strates de la société et permet la formation de groupes politiques divers et différents. Ceci sert également à l’intégration politique de la société dans son entièreté. La politique devient une grande partie de la vie quotidienne. Sans politique la crise de l’État ne peut pas être résolue car la crise est alimentée par un manque de représentation de la société politique. Les termes de fédéralisme et d’auto-administration, connus dans les “démocraties libérales” doivent être repensés. Ces termes ne doivent pas être pensés en termes de hiérarchisation de l’administration de l’état-nation mais plutôt comme des outils centraux de l’expression sociale et de la participation citoyenne. Ceci poussera naturellement la politisation de la société. Il n’y a aucun besoin de grandes théories politiques ici, ce dont nous avons besoin est de laisser libre-court à l’expression des besoins sociaux en renforçant structurellement l’autonomie des acteurs politico-sociaux et en créant les conditions pour l’organisation de la société dans son entièreté. La création d’un niveau opérationnel où toutes sortes de groupes politiques, sociaux, de communautés religieuses ou de tendances intellectuelles pourront s’exprimer directement dans toutes les prises de décision politique. Ceci peut aussi être appelé la démocratie participative. Plus forte est la participation et au plus puissant est ce type de démocratie.

Là où l’état-nation est en contraste total avec l’idée même de démocratie, vire même en nie l’existence, le confédéralisme démocratique constitue lui, un processus démocratique fluide et continu.

Les acteurs sociaux, qui sont par eux-mêmes des unités fédératives, sont les cellules de la germination de la démocratie participative. Ils peuvent se combiner, s’associer dans de nouveaux groupes et confédérations (associations libres) en rapport avec la situation. Chacune des unités politiques impliquées dans la démocratie participative est essentiellement démocratique.

De cette façon, ce que nous appelons démocratie est l’application des processus démocratiques de prise de décision politique partant du local pour rayonner vers le global et ce dans un cadre de processus politique fluide et continu. Ce processus va affecter la structure de la toile sociale de la société en contraste avec la poussée pour l’homogénéité de l’état-nation, une construction qui ne peut être obtenue que par la force menant ainsi à la perte inhérente de la liberté.

J’ai déjà dit que le niveau local est le niveau où les décisions sont prises. Quoi qu’il en soit, la pensée menant à ces décisions a besoin d’être en ligne et en connexion avec les problèmes globaux et généraux. Nous devons comprendre et intégrer le fait que mêmes les villages et les banlieues urbaines demandes des structures confédérées. Tous les aspects de la société doivent être autogérés et tous les niveaux doivent être libres de participer.

L’auto-défense

Essentiellement, l’état-nation est une entité structurée militairement. Les états-nations sont tous ultimement des produits de toutes sortes de conflits et de guerres internes et externes. Absolument aucun de tous ces états-nations existant, n’est apparu “naturellement”, par lui-même. Invariablement, ils ont un grand nombre de guerres en archives. Ce processus n’est pas limité à leur phase de création, mais plutôt, il construit sur la militarisation de la société entière. Le leadership civil de l’état-nation n’est qu’un ustensile de son appareil militaire. Les démocraties dites libérales vont même plus loin en peignant leurs structures militaires aux couleurs de la démocratie libérale. Cela ne les empêche nullement de rechercher des solutions autoritaires au climat d’une crise qui a été engendrée par le système lui-même. L’exercice fasciste du pouvoir est la nature même de l’état-nation. Le fascisme est la forme la plus pure de l’état-nation.

Cette militarisation ne peut-être repoussée qu’avec l’aide de l’auto-défense. Les sociétés sans aucun mécanisme d’auto-défense perdent leur identité, leur capacité de prise de décision démocratique et leur nature politique. C’est pourquoi l’auto-défense d’une société n’est pas seulement limitée à la dimension militaire. Cela présuppose également la préservation de son identité, de sa propre conscience politique et d’un processus de démocratisation. Alors seulement peut-on parler d’auto-défense.

Sur cette toile de fond, le confédéralisme démocratique peut être appelé un système d’auto-défense de la société. Seulement avec l’aide de réseaux confédérés peut-il y avoir une base pour opposer la domination globale des monopoles et du militarisme de l’état-nation.

Contre le réseau des monopoles, nous devons construire une réseau tout aussi fort de confédérations politico-sociales. Ceci veut dire en particulier que le paradigme social du confédéralisme n’implique aucunement un monopole militaire des forces armées, qui n’ont pour seule tache que d’assurer la sécurité intérieure et extérieure. Elles sont sous le contrôle direct des institutions démocratiques (les assemblées). La société elle-même déterminera leurs devoirs. Une de leurs taches majeure sera la défense de la liberté d’action de la société d’interventions intérieures et extérieures. La composition du leadership militaire doit être déterminé en termes et parties égaux d’à la fois les institutions politiques et les groupes confédérés.

Le confédéralisme démocratique contre la velléité d’hégémonie

Dans le confédéralisme démocratique, il n’y a aucune place pour quelque sorte de volonté hégémonique que ce soit. Ceci est particulièrement vrai dans le domaine de l’idéologie. L’hégémonie est habituellement un principe qui est suivi par le type classique de civilisation. Les civilisations véritablement démocratiques rejettent les pouvoirs hégémoniques et les idéologies.

[…]

La façon collective de gérer les affaires sociales a besoin de compréhension, de respect des opinions non consentantes ou dissidentes et des méthodes démocratiques de prise de décision. Ceci est en contraste total avec la compréhension de la notion de leadership dans la modernité capitaliste où des décisions bureaucratiques arbitraires du caractère de l’état-nation sont diamétralement opposées avec le leadership démocratique confédéré en ligne avec des fondations éthiques.

Dans le confédéralisme démocratique les institutions de leadership n’ont pas besoin de validation, de légitimation idéologiques. De la sorte, elles n’ont aucune velléité d’obtenir l’hégémonie.

Il est bien entendu que le point de focalisation du confédéralisme démocratique se situe au niveau local, néanmoins l’organisation du confédéralisme au niveau global n’est en rien exclu. Au contraire, nous avons besoin d’établir une plateforme de sociétés civiles nationales en termes d’une assemblée confédérée afin de nous opposer aux Nations-Unis en tant qu’association des états-nations sous la direction des grandes puissances. De cette façon, nous pourrions obtenir de meilleures décisions en ayant toujours une claire vision sur la paix, l’écologie, la justice et la productivité dans le monde.

Conclusion

Le confédéralisme démocratique peut-être décrit comme uns sorte d’auto-administration, d’autogestion, en contraste total avec l’administration de l’état-nation. Mais, sous certaines circonstances, une coexistence pacifique est possible aussi loin que l’état-nation n’interfère pas avec les affaires centrales de l’autogestion. (NdT: On reconnaît ici le principe même du traité Wampum Deux Rangées mis en place par la confédération iroquoise pour gérer les relations entre la confédération et des groupes extérieurs venant en contact). Toute intervention d’interférence appellerait à une action d’auto-défense de la part de la société civile.

Le confédéralisme démocratique n’est en guerre avec aucun état-nation mais il ne restera pas passif et timide à tout effort d’assimilation. Un renversement révolutionnaire ou la fondation d’un nouvel état ne créent en rien un changement durable et viable. Sur le long terme, liberté et justice ne peuvent être accomplies que par un processus dynamique politique démocratique et confédéré.

Ni le rejet total ni la reconnaissance totale de l’état sont utiles aux efforts démocratiques de la société civile. L’estompage de l’état, particulièrement de l’état-nation, est un processus de long-terme.

L’état sera dépassé lorsque le confédéralisme démocratique aura prouvé ses capacités à résoudre les problèmes en vue des affaires politiques et sociales. Ceci ne veut pas dire que des attaques par l’état-nation doivent être acceptées. Les confédérations démocratiques vont maintenir l’auto-défense et ses forces à tout moment. Les confédérations démocratiques ne seront pas limitées à s’organiser au sein d’un territoire particulier. Elles vont devenir des confédérations au-delà des frontières lorsque les sociétés concernées le désireront.

Les principes du confédéralisme démocratique

  1. Le droit d’auto-détermination des peuples inclut le droit à un état qui leur soit propre. Mais la fondation d’un état n’augmente en rien la liberté des peuples. Le système des Nations-Unies (ONU) qui est basé sur l’état-nation est demeuré inefficace. Dans le même temps, les états-nations sont devenus de sérieux obstacles pour tout développement social. Le confédéralisme démocratique est le paradigme par contraste du peuple opprimé.
  2. Le confédéralisme démocratique est un paradigme politico-social non étatique. Il n’est pas contrôlé par un état. Dans le même temps, le confédéralisme démocratique est le modèle organisationnel culturel d’une nation démocratique.
  3. Le confédéralisme démocratique est fondé sur la participation de la base du epuple. Ses processus de prises de décisions reposent sur les communautés. De plus hauts niveaux ne servent qu’à la coordination et la mise en place de la volonté des communautés qui envoient leurs délégués (révocables) aux assemblées générales. Pour une durée et un espace limités, ils sont à la fois les portes-parole et institutions exécutives. Quoi qu’il en soit, la base du pouvoir de décision demeure avec les institutions de la base populaire au sein des communautés.
  4. Au Moyen-Orient, la démocratie ne peut pas être imposée par le système capitaliste et ses puissances impérialistes qui ne font qu’endommager la démocratie. La propagation de la démocratie de la base populaire est élémentaire. C’est la seule approche qui peut s’occuper des divers groupes ethniques, religions et différences de classes actuelles. Cela est aussi en adéquation avec la structure confédérale traditionnelle de la société dans son ensemble.
  5. Le confédéralisme démocratique au Kurdistan est un mouvement anti-nationaliste. Il vise à réaliser le droit d’auto-défense des peuples par l’avancement de la démocratie dans toutes les parties du Kurdistan sans questionner les frontières politiques existantes. Son but n’est absolument pas la formation d’un état-nation kurde, mais le mouvement a l’intention d’établir des structures fédérales en Iran, en Turquie, en Syrie et en Irak, qui seront ouvertes à tous les Kurdes et dans le même temps qui formeront une confédération parapluie pour les quatre parties du Kurdistan.

Les problèmes des peuples au Moyen-Orient et les voies possibles pour une solution

La question nationale n’est pas un phantasme de la modernité capitaliste. Mais quoi qu’il en soit, ce fut cette modernité capitaliste qui imposa cette question à la société. La nation remplaça la communauté religieuse., mais la transition vers une société nationale a besoin de dépasser ceci si la nation ne veut pas demeurer le déguisement des monopoles répressifs.

[…] La méthode pour gérer ce problème ne doit pas être idéologique mais scientifique et pas du domaine de l’état-nation, mais au contraire basé sur le concept de nation démocratique et de communalisme démocratique.

[…] Au lieu de cultiver une concurrence productive, le capital impose des guerres internes et externes au nom de l’état-nation.

La théorie du communalisme serait une alternative au capitalisme. Dans le cadre de nations démocratiques qui ne poussent pas pour des monopoles de pouvoir, cela peut conduire à la paix dans une région qui n’a été que le théâtre de guerres sanglantes et de génocides.

Dans ce contexte, nous pouvons parler de quatre nations majoritaires: arabes, perses, turques et kurdes. Je ne veux pas diviser les nations en majorité et minorité car je ne trouve pas cela très approprié. Mais à cause de considérations démographiques, je parlerai de nations majoritaires. Nous pouvons utiliser le terme de monoritaire dans le même contexte démographique.

  1. Il y a plus de 20 états-nations arabes qui divisent la communauté arabe et endommagent leurs sociétés par des guerres sans fin. […] Un nationalisme tribal motivé religieusement combiné avec une société patriarcale sexiste sont pervasifs à toutes les zones de la société résultant en un conservatisme très particulier et une forme d’obéissance très esclavagiste. Personne ne croit que les Arabes seront capables de trouver une solution nationale arabe à leurs problèmes endogènes. Quoi qu’il en soit, une démocratisation et une approche communaliste pourraient bien apporter une telle solution. Leur faiblesse envers Israël, que les états-nations arabes regardent comme un concurrent, n’est pas seulement le résultat d’un soutien international des puissances hégémoniques [à Israël], mais plutôt est le résultat de fortes institutions communales au sein d’Israël. Au cours du siècle écoulé, la société de la nation arabe a été affaiblie par un nationalisme radical et l’islamisme. Pourtant, s’ils sont capables d’unifier le socialisme communaliste auquel ils ne sont pas du tout étrangers avec la compréhension d’une nation démocratique, alors ils seront capables de trouver une solution sécure de long terme.
  2. Les Turcs et les Turkmens forment une autre nation d’influence. Ils partagent une compréhension idéologique et de pouvoir similaire avec les Arabes. Ils sont de profonds convaincus du bienfondé de l’état-nation et ont de profondes racines religieuses et de nationalisme racial.
    […] Les problèmes nationaux sont complexes. Le pouvoir dérive et se renforce de l’état-nation, d’un nationalisme distinctif et d’une société patriarcale sexiste, créant un environnement social ultra conservateur. La famille y est vue comme la plus petite cellule de l’État. Les communautés turques et turkmens luttent pur le pouvoir. Les autres groupes ethniques sont soumis à une politique de subjugation. Les structures du pouvoir centralisées de l’état-nation turc avec son idéologie officielle très rigide ont empêché jusqu’à aujourd’hui une solution viable à la question kurde. La société a été amenée à penser qu’il n’y a aucune alternative à l’État. (NdT: ceci est également vrai dans toute la société occidentale où les institutions étatiques persuadent les peuples qu’il n’y a non seulement pas d’alternative à l’État, mais que l’État serait la forme organisationnelle la plus “évoluée” pour l’humanité…) Ainsi, il n’y a aucun équilibre entre l’individu et l’état. L’obéissance aveugle est vue comme la plus grande des vertus. […]
    Une confédération démocratique des communautés nationales turques pourrait être une sérieuse contribution à la paix dans le monde et à un système de modernité démocratique.
  3. La société national kurde est très complexe. Dans le monde, les Kurdes sont la plus grande nation sans un état à leur nom. Les Kurdes sont sur leurs terres actuelles depuis le Néolithique.
    La question nationale kurde émerge du fait qu’on leur a toujours nié le droit à une nationalité. Certains ont essayé de les assimiler, de les annihiler et à la fin, simplement de nier leur existence même. Ne pas avoir son propre état possède des avantages et des inconvénients. Ce fut certainement un bénéfice dans la compréhension pour la réalisation de concepts sociaux alternatifs bien au-delà de la modernité capitaliste. La zone d’établissement du peuple kurde est divisée par les frontières de quatre pays (la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran) et se trouve au cœur même d’une très importante région géostratégique, ce qui donne aux Kurdes un gros avantage stratégique. Les Kurdes ne forment pas une société nationale au moyen du pouvoir d’état. Bien qu’il existe aujourd’hui une entité politique kurde dans un “Kurdistan irakien”, ceci n’est pas un état-nation mais plutôt une entité para-étatique.
    Le Kurdistan a aussi été la patrie de minorités arméniennes et aramaïques/araméennes avant que celles-ci ne soient les victimes de génocides (commis par les états-nations). Il y a aussi de petits groupes arabes et turcs. Même aujourd’hui, il y a beaucoup de religions et de croyances différentes vivant côte à côte en terres kurdes. Il y a aussi quelques rudiments de culture tribale et clanique tandis qu’il n’y a pratiquement aucune culture urbaine.
    Toutes ces propriétés sont une grande opportunité pour de nouvelles formations politiques démocratiques ; des coopératives communales dans l’agriculture, mais aussi dans la distribution de l’eau, de l’énergie, sont d’excellents moyens de production. La situation est aussi favorable pour le développement d’une société politique éthique, même l’idéologie patriarcale est moins ancrée ici que dans les sociétés voisines.
    Ceci est bénéfique pour l’établissement d’une société démocratique où la liberté de la femme et l’égalité seront un des principaux piliers. Ceci donne aussi l’opportunité de construire une nation démocratique fondée sur des identitees multi-nationales ce qui représente une bien meilleure solution à l’impasse présentée par l’état-nation. L’entité émergente de tout ceci pourrait servir de modèle pour tout le Moyen-Orient et s’étendre dynamiquement dans les pays voisins. Convaincre les pays voisins de ce modèle changera la face et la destinée dub Moyen-Orient et renforcera la chance pour la modernité démocratique de créer une alternative réelle et viable.
  4. Les raisons des problèmes de la nation perse ou iranienne d’aujourd’hui peuvent être trouvées dans les interventions des civilisations historiques et la modernité capitaliste. Bien que leur identité d’origine fut le résultat de la tradition zoroastre et mithraïque, celles-ci furent annulées par un dérivé de l’Islam. Le manichéisme qui émergea de la synthèse du judaïsme, du christianisme et de l’Islam mélangés à la philosophie grecque ne fut pas capable de prévaloir sur l’idéologie de la civilisation officielle. De fait, cela n’alla pas plus loin que de pomponner la tradition de la rébellion. Ceci convertit donc la tradition islamique en une dénomination chi’ite et l’a adopté pour être la dernière idéologie civilisationnelle en date. Des efforts sont faits pour moderniser cette idéologie en passant des éléments de la modernité capitaliste au travers du filtre chi’ite.
    La société iranienne est multi-ethnique et multi-religieuse et possède une très riche culture. Toutes les identités nationales et religieuses du Moyen-Orient peuvent se trouver en Iran. Cette diversité est en contraste marqué avec l’affirmation hégémonique de la théocratie qui cultive un subtil nationalisme religieux et la classe dirigerante ne se recoqueville pas de sa propagande anti-moderniste lorsque cela sert ses intérêts. Des tendances révolutionnaires et démocratiques ont été intégrées par la civilisation traditionnelle. Un régime despotique y gouverne avec perspicacité.
    Malgré un centralisme étatique très fort en Iran, une forme de fédéralisme existe depuis la base populaire. Lorsque des éléments de civilisation démocratique et fédéraliste s’y entrecroisent incluant les Azeris, les Kurdes, les Balouchis, les Arabes et les Turkmens, le projet d’une “Confédération Démocratique d’Iran” peut tout à fait émerger et devenir une solution très attractive. Le mouvement des femmes et les traditions communales joueront ici un rôle spécial et prépondérant.
  5. La question nationale arménienne contient une des plus grandes tragédies que le “progrès” d ela modernité capitlaiste ait amené au Moyen-Orient. Les Arméniens sont un vieux peuple. Ils partagent bien de leurs installations territoriales avec les Kurdes. Tandis que les Kurdes vivent principalement de l’agriculture et de l’élevage, les Arméniens sont des artisans et des artistes. Tout comme les Kurdes, les Arméniens ont développé une tradition d’auto-défense. Mise à part une très courte période, les Arméniens n’ont jamais fondé d’État. Ils reposent sur la foi chrétienne qui leur donne leur identité et leur foi en la rédemption. A cause de leur religion, ils furent souvent opprimés par la majorité musulmane. Ainsi, le nationalisme émergeant bourgeonna dans la bourgeoisie arménienne. Il y eut très vite de grandes différences avec le nationalisme turc ce qui déboucha sur le génocide des Arméniens par les Turcs. Les Arméniens sont le second groupe culturel avec les juifs vivant dans une diaspora. La création d’un état arménien à l’ouest de l’Azerbaïdjan n’a néanmoins pas résolu la question nationale arménienne. Les conséquences du génocide ne peuvent pas être exprimées par les mots. La quête de leur pays perdu définit leur psychée natonale et est au cœur même de la question arménienne. La situation est aggravée par le fait que ces zones ont été colonisées depuis par d’autres personnes. Tous concepts basés sur un état-nation ne peuvent pas résoudre le problème, offrir une vraie solution. Il n’y a là-bas ni une structure populaire homogène, ni des frontières suffisamment claires comme il est requis dans le système de la modernité capitaliste.
    Ainsi des structures confédérées pourraient bien être la solution pour le peuple arménien. […] Cela leur permettrait de retrouver une place dans la pluralité culturelle moyen-orientale. S’ils se renouvelaient sous une nation arménienne confédérale démocratique, non seuleent continueraient-ils à jouer un rôle historique important au sein de la culture moyen-orientale, mais ils y trouveraient également le vrai chemin de la libération.
  6. Dans les temps modernes, les chrétiens araméens (Assyriens) ont aussi souffert de la même destinée que les Arméniens. Eux aussi sojt un des plus vieux peuple du Moyen-Orient. Ils ont partagé une zone teritoriale avec les Kurdes et avec d’autres peuples. Tout comme les Arméniens, ils ont souffert d’une oppression de la part de la majorité musulmane pavant la voie pour un nationalisme araméen de leur bourgeoisie. Les Araméens furent aussi victimes d’un génocide aux mains des Turcs sous les auspices criminels du Comité pour l’Unité et le Progrès fasciste. Des collabos kurdes au régime ont été complices de ce génocide. La question de la société nationale araméenne a ses racines dans la civilisation mais s’est aussi développée plus avant avec le christianisme et les idéologies de la modernité. Pour une solution viable, il est besoin d’un changement radical des Araméens. Leur véritable salut réside probablement dans leur départ de la mentalité de la civilisation classique et de la modernité capitaliste et en lieu et place, embrasse la civilisation démocratique et renouvelle leur riche mémoire culturelle comme un élément de la modernité démocratique afin qu’ils se reconstruisent comme une “Nation Araméenne Démocratique”.
  7. L’histoire du peuple juif donne aussi une expression de la problématique générale de l’histoire culturelle du Moyen-Orient. La recherche de la toile de fond d’expulsion, de pogroms et de génocide revient à équilibrer les comptes des civilisations. L’ancienne communauté juive a pris les influences des anciennes cultures sumérienne et égyptienne ainsi que que celles des cultures tribales locales. Elle a énormément contribué à la culture moyen-orientale. Comme les Araméens, ils furent les victimes des développement extrêmes de la modernité. Sur cette toile de fond, les intellectuels de descendance juive ont développé un point de vue complexe envers ces affaires.
    […] L’état-nation israélien est en guerre depuis sa création. Le slogan est: œil pour œil. On ne peut pas combattre le feu avec le feu. Même si Israël jouit d’une relative sécurité grâce au soutien international qu’il possède, ceci ne représente en rien une solution durable. Rien ne sera sécure en permanence aussi longtemps qu’on n’aura pas dépassé la modernité capitaliste.
    Le conflit en Palestine démontre que le paradigme de l’état-nation n’est pas une solution viable. Il y a eu trop d’effusion de sang et ce qui demeure est le difficile héritage de problèmes en apparence insolubles. L’exemple israélo-palestinien démontre l’échec total de la modernité capitaliste et le modèle d’état-nation.
    Les Juifs font partie des porteurs de culture du Moyen-Orient. Nier leur droit à l’existence est une attaque sur le Moyen-Orient en tant que tel. Leur transformation en une nation démocratique comme pour les Arméniens et les Araméens rendrait leur participation à une confédération démocratique du Moyen-Orient bien plus facile.
    Le projet pour une “Confédération Démocratique de l’Égée Orientale” serait un point de départ tout à fait positif. Des identités religieuses et nationales au sens strict du terme pourraient bien évoluer en des identités ouvertes et flexibles sous un tel projet. Israël pourrait aussi bien évoluer en une nation plus démocratique et acceptable. Ses voisins devront sans aucun doute participer à cette transformation eux-mêmes.
    Les tensions et les conflits armés du Moyen-Orient rendent la transformation du paradigme politique de la modernité inévitable. Sans cela, une solution aux difficiles problèmes sociaux et aux questions nationales est impossible. La modernité démocratique offre une alternative à ce système actuel qui est absolument incapable de résoudre les problèmes.
  8. L’annihilation de la culture hellénique en Anatolie (NdT: aussi appelée l’Asie Mineure, qui correspond aujourd’hui au territoire turc oriental, plus de 90% de sa superficie) est une perte qui ne peut pas être compensée. Le nettoyage ethnique qui fut entrepris par à la fois les Turcs et les Grecs dans le premier quart du XXème siècle a laissé sa marque. Aucun état n’a le droit de chasser des peuples de leurs terres ancestrales et de leur région culturelle. Quoi qu’il en soit, les états-nations ont démontré leur inhumanité envers les problèmes politiques et culturels encore et toujours. Les attaques sur les cultures hellénique, araméenne, juive et arménienne montèrent d’un cran alors que l’Islam se répandait sur le Moyen-Orient. Ceci en retour, contribua au déclin de la civilisation moyen-orientale. La culture musulmane n’a jamais été capable de remplir le vide laissé et émergeant. Au XIXème siècle, lorsque la modernité capitaliste s’avança au Moyen-Orient, elle y trouva un désert culturel créé par une érosion culturelle auto-infligée. La diversité culturelle renforce également les mécanismes de défense d’une société. Les monocultures sont moins robustes. Ainsi la conquête du Moyen-Orient ne fut pas difficile. Le projet de nation homogène comme il fut propagé par l’État-nation ne fit qu’avancer leur déclin culturel.
  9. Les groupes ethniques caucasiens (NdT: blancs) ont aussi leurs problèmes sociaux qui ne sont pas insignifiants. Encore et encore ont-ils migré vers le Moyen-Orient et stimulé sa culture. Ils ont contribué de manière incontestable à sa richesse culturelle. L’arrivée de la modernité a presque fait disparaître ces minorités culturelles. Eux aussi trouveraient une place plus qu’adéquate au sein d’une structure confédéraliste démocratique.

Finalement, laissez-moi encore dire que les problèmes fondamentaux du Moyen-Orient sont profondément enracinées dans la civilisation de classes. Elles se sont resserrées avec la crise globale de la modernité capitaliste. Cette modernité et sa domination clamée ne peut offrir aucune solution sans mentionner l’absence de perspective à très long terme pour la région moyen-orientale. Le futur est le Confédéralisme Démocratique.

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Note de Résistance 71:

Nous avons trouvé le texte complet en français en ligne, le voici :

« Le Confédéralisme Démocratique », Abdullah Ocalan, 2011

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Dans la Vallée du Rojava -1-

En Syrak !

Avant la lecture de ce billet, ayez en tête cette info de Thierry Meyssan sur son Blog de ce 28 mars 2016, ici.

On y apprend ceci ; En 2011, Alain Juppé pour la France et Ahmet Davutoğlu pour la Turquie convenaient secrètement de faire créer un Sunnistan à cheval sur l’Irak et la Syrie (ce sera la fonction de Daesh) et un pseudo-Kurdistan afin d’y expulser les Kurdes de Turquie. Leur projet était soutenu par Israël et le Royaume-Uni.

Résistance71 a traduit de larges extraits et commentaires du Manifeste « Democratic Confederalisme » d’Abdullah Ocalan, 2011, édition International Initiative, que je reproduis ci-dessous avec en toute fin mon propre  commentaire et des liens vers des billets similaires traitant de ce sujet.

Changement de paradigme politique: Manifeste pour un Confédéralisme Démocratique (Abdullah Ocalan) ~ 1ère partie ~

https://resistance71.wordpress.com/2016/03/20/changement-de-paradigme-politique-manifeste-pour-un-confederalisme-democratique-abdullah-ocalan-1ere-partie/

Le Confédéralisme Démocratique

Abdullah Ocalan est un militant et activiste indépendantiste kurde né en Turquie en 1948. Il est le fondateur du Parti Ouvrier Kurde, de ses initiales plus connues de PKK en 1978, parti en lutte contre la Turquie et la Syrie pour un regain de souveraineté. Originellement marxiste-léniniste, Ocalan a transformé sa pensée et sa ligne politique vers une pratique plus libertaire et a renoncé lui et le PKK, au credo et sectarisme marxiste-léniniste à la fin des années 90.

Réfugié, hébergé puis chassé de Syrie par Hafez al-Assad, Ocalan a été enlevé en 1998 au Kenya par les services de renseignement turcs (MIT) avec l’aide de la CIA et exfiltré en Turquie.

Condamné à mort, sa peine fut commuée en détention à vie en QHS. Il est enfermé sur l’île prison d’Imrali en Mer de Marmara. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont en 2011 ce manifeste pour le confédéralisme démocratique, idée qu’il a développée d’après la pensée et la pratique du municipalisme libertaire et écologique de l’anarchiste et ex-marxiste américain Murray Bookchin (décédé en 2006) dont l’œuvre est continuée par sa compagne Janet Biehl, qui a séjourné au Rojava syrien.

Ocalan a tourné résolument le PKK et la lutte des Kurdes de Turquie et de Syrie, vers le Confédéralisme Démocratique, qui a commencé à se mettre en place essentiellement en territoire kurde de Turquie et dans la province kurde du nord de la Syrie du Rojava autour des communes de Kobané depuis 2005 et cette forme libertaire de gouvernance démocratique directe y est effective et fonctionnelle dans cette région du monde.

Notre lectorat notera au gré des écrits de l’auteur la similitude flagrante entre le peuple kurde, autochtone à cette zone du Proche-Orient depuis le Néolithique et la sitiuation politique et économique des nations amérindiennes originelles toujours sous le joug colonial. Ce que le PKK et ses branches du YPG/YPJ kurdes syriens accomplissent est par là similaire à ce que les Zapatistes du Chiapas au Mexique ont réalisé depuis 1994 ainsi que de toutes les revendications issues des mouvements amérindiens tant du nord que du sud. C’est pour cela qu’ils sont la cible de l’État et de son totalitarisme inhérent, suffit de voir la répression sauvage dont font l’objet les Kurdes de Turquie et du Rojava au main de l’état fasciste turc, soutenu par l’OTAN.

Voici ce que nous dit Abdullah Ocalan dans la préface de son manifeste:

“Depuis plus de 30 ans le Parti Ouvrier Kurde (PKK) a lutté pour les droits légitimes du peuple kurde. Notre lutte, notre combat pour la libération a tourné la question kurde en une question internationale qui a affecté l’ensemble du Moyen-Orient et a amené une solution possible à la question kurde.

Lorsque le PKK fut formé à la fin des années 1970, le climat politique et idéologique était caractérisé par un monde bipolaire issus de la guerre froide et le conflit entre les camps socialiste et capitaliste. Le PKK fut inspiré à cette époque par la montée des mouvements de décolonisation partout dans le monde. Dans ce contexte, nous essayâmes de trouver notre propre voie en accord avec la situation particulière de notre nation. Le PKK n’a jamais regardé la question kurde comme un seul problème ethnique ou de nationalité. Nous avons plutôt cru que c’était un projet de libération de la société et de sa démocratisation. Ces buts déterminèrent nos actions de manière croissante dans les années 1990.

Nous avons aussi reconnu un lien causal entre la question kurde et la domination globale du système capitaliste moderne. Sans questionner ni défier ce lien, une solution serait impossible. Autrement nous ne nous serions impliqués que dans de nouvelles dépendances. (NdT: ceci est très très similaire aux multiples déclarations des Zapatistes du Chiapas, qui soutiennent Ocalan et la lutte du PKK…)

Ainsi, du point de vue des problèmes d’ethnicité et de nationalité comme la question kurde, qui ont aussi leurs racines très profondes dans l’histoire et les fondations de la société, il n’a semblé n’y avoir plus qu’une seule solution viable: la création d’un état-nation, ce qui représentait le paradigme de la modernité capitaliste de l’époque.

Nous n’avons pas néanmoins cru que n’importe quel modèle politique prêt à l’emploi pourrait améliorer la situation de manière durable pour le peuple au Moyen-Orient. N’était-ce pas le nationalisme et les états-nations qui avaient créé tant de problèmes au Moyen-Orient en première instance ?

Observons donc de plus près la toile de fond historique de ce paradigme et voyons si nous pouvons cartographier une solution qui évite le piège du nationalisme et qui sied mieux à la situation du Moyen-Orient en général.”

-[]- Le manifeste d’une petite cinquantaine de pages est divisé en 4 grands chapitres couvrant les concepts de: l’état-nation, le confédéralisme démocratique, les principes du CD et les problèmes des peuples au MO et les voies possibles de solution.

En voici des extraits traduits par nos soins. L’intégralité de ce texte existe en français, mais pas en ligne à notre connaissance, il a été édité sous forme de pamphlet (payant).

Notez à la lecture de ce qui suit qu’Ocalan place justement le cœur du processus de décision de la société comme étant un processus POLITIQUE et non pas comme on veut nous le faire croire des capitalistes aux marxistes un processus ÉCONOMIQUE. Ocalan identifie à juste titre le politique comme le moteur de la société dont l’économique dépend. Ainsi, à l’instar de l’anthropologue politique Pierre Clastres il considère que l’origine naturelle de la société humaine est une société dont l’organe politique n’est pas séparé du peuple, mais y est totalement intégré afin d’assurer une prise de décision collective consensuelle à quelque niveau que ce soit. Le confédéralisme démocratique suit ce modèle, à l’instar de bien des sociétés traditionnelles non étatiques donc contre l’État de par le monde.

La dernière parti du manifeste envisage des solutions à la crise politique et identitaire du Moyen-Orient. On peut ou pas être d’accord sur la vision d’Ocalan mais il a le mérite d’offrir une possibilité de solution politique à la région au moyen du Confédéralisme Démocratique, solution qui envisage l’ensemble de la diversité culturelle, ethnique et religieuse, mise en réseau confédéraliste amenant à terme, paix et coopération.

Finalement, nous voyons en Abdullah Ocalan un véritable progressiste qui a mis à profit les aléas de sa vie et son emprisonnement pour réfléchir et parfaire une voie de salut politique avec l’élaboration de son concept de confédéralisme démocratique adapté aux besoins et à la culture du peuple kurde. Suivant les pas de son mentor Murray Bookchin, lui aussi ex-marxiste, il a correctement analysé le fait que l’État-nation et ses institutions ne sont en rien des solutions à nos problèmes planétaires mais au contraire une entrave, une partie inhérente du problème de la société humaine, que celle-ci se doit maintenant d’affronter. Contrairement à la doxa marxiste de l’état prolétarien totalitaire, ne sachant être que totalitaire, Ocalan s’est libéré, il a “lâcher-prise”, s’est retourné pour voir d’où il venait et a apprécié le fait que la société humaine s’est épanouie au mieux et de tout temps hors des états-nations ; il a ainsi appris où et comment les Kurdes devaient emmener leur société. L’idée, l’idéal de ce Confédéralisme Démocratique n’est pas nouveau, il remonte au cœur même de la conscience politique humaine, puisant dans sa riche nature faite de compassion, d’empathie, de coopération, d’entr’aide mutuelle, toutes ces choses naturelles qui sont avant tout de grandes parts de notre survie sur cette planète depuis l’avènement de l’embryon des sociétés humaines il y a plus d’un million d’années –[]-

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L’état-nation

Avec la sédentarisation des gens vint l’idée de la zone dans laquelle ils vivaient, de son étendue et de ses “frontières”, qui étaient essentiellement déterminées par la nature et les caractéristiques de terrain. Les familles, clans et tribus qui y vivaient depuis un certain temps ont développé des notions d’identité commune et d’appartenance. Il n’y avait pas encore de frontières et le commerce, la culture et le langage n’avaient aucune restriction. Les limites territoriales demeurèrent très flexibles pendant très longtemps.

[…]

Avec l’apparition du commerce entre nation-état, le commerce et la finance poussèrent pour uine participation politique et ajoutèrent leur pouvoir aux structures de l’État. Le développement de l’état-nation au début de la première révolution industrielle il y a plus de deux cents ans alla la main dans la main avec une accumulation non régulée du capital d’un côté et l’exploitation sans restriction d’une population croissante d’un autre côté. La nouvelle bourgeoisie qui émergea de cette révolution a voulu prendre part aux décisions politiques et aux structures étatiques.

Le capitalisme, leur nouveau système économique, devint alors un composant inhérent du nouvel état-nation. Celui-ci a eu besoin de la bourgeoisie et du pouvoir de son capital afin de remplacer l’ancien monde féodal et son idéologie qui était fondée sur des structures tribales et des droits hérités d’une nouvelle idéologie nationale qui unifiait tous les clans et les tribus sous le toit de la nation. De cette manière, le capitalisme et l’état-nation devinrent si étroitement impliqués l’un envers l’autre que l’un ne pouvait plus imaginer vivre sans l’autre. La conséquence directe en fût que l’exploitation ne fut pas seulement endorsée par l’État, mais même grandement encouragée et facilitée par celui-ci.

Mais par-dessus tout, l’état-nation doit être pensé comme la forme ultime de pouvoir. Aucun autre type d’état ne possède cette force de pouvoir.. Une des raisons principales en est que la couche supérieure de la classe moyenne a été liée au processus de monopolisation de manière exponentielle. L’état-nation lui-même est la force la plus avancée de complet monopole. C’est l’unité monopolistique la plus développée pour le commerce, l’industrie, la finance et le pouvoir. On doit aussi ici penser au monopole idéologique comme partie indivisible du monopole du pouvoir.

L’état et ses racines religieuses

J’a déjà discuté des racines religieuses de l’État en détail dans mon ouvrage “The Roots of Civilisation”, London, 2007. Bien des concepts et notions politiques contemporains ont leur origine dans des concepts ou des structures religieux ou théologiques.

[…]

L’État et son pouvoir sont dérivés de volonté et de loi divines et ses dirigeants sont devenus des rois par la grâce de dieu. Ces gens représentaient le pouvoir divin sur terre.

Aujourd’hui, la plupart des États s’appellent eux-mêmes séculiers, affirmant que les vieux liens entre la religion et l’état ont été rompus et que la religion ne fait plus partie de l’état. Ceci n’est qu’une partie de la vérité. Même si les institutions religieuses ou les représentants du clergé ne participent plus au processus de prise de décision politique et social, ils influencent toujours ce processus de la même manière qu’ils sont influencés par des idées et des développements politico-sociaux. Ainsi, le sécularisme ou la laïcité, comme cela est appelé en Turquie, contient toujours des éléments religieux. La séparation de la religion et de l’état est une décision politique, cela n’est pas apparu naturellement. C’est pourquoi aujourd’hui même le pouvoir et l’état senblent être quelque chose de donné, on pourrait même dire divinement donné. Des notions comme état séculier ou pouvoir séculier demeurent très ambigües.

[…]

Autrefois, quand une tribu en subjuguait une autre, ses membres devaient adorer les dieux de leurs vainqueurs. On pourrait bien appeler ce processus un processus de colonisation et même d’assimilation. L’état-nation est un état centralisé ayant des attributs quasi divins qui ont complètement désarmé la société et monopolisé l’utilisation de la force.

La bureaucratie

Comme l’état-nation transcende sa base matérielle, ses citoyens, il assume une existence au-delà des institutions politiques. Il a besoin de plus d’institutions pour le protéger et protéger sa base légale et idéologique et ses structures économiques et religieuses. La bureaucratie civile et militaires qui en résulte coûte cher et ne sert qu’à la préservation de l’État transcendant lui-même, qui à son tour élève la bureaucratie aux dessus du peuple.

Pendant la modernité européenne, l’état a eu tous les moyens à sa disposition pour étendre sa bureaucratie à toutes les strates de la société. Là, elle a grandi comme un cancer infectant toutes les lignes de vie de la société. La bureaucratie et l’état-nation ne peuvent pas exister l’un sans l’autre. Si l’état-nation est la colonne vertébrale de la modernité capitlaiste, il est aussi certainement la cage de la société naturelle. Sa bureaucratie sécurise le fonctionnement sans heurts du système, sécurise la base de la production de biens et sécurise les profits pour les acteurs économiques importants à la fois dans l’état-nation socialiste et celui affilié au business. L’état-nation domestique la société au nom du capitalisme et aliène la communauté de ses fondations naturelles. Toute analyse désirant localiser et résoudre les problèmes sociaux se doit d’observer et de comprendre ces liens particuliers.

L’homogénéité

L’état-nation dans sa forme originale vise à monopoliser tous les processus sociaux. La diversité et la pluralité doivent être combattues, une approche qui a mené à l’assimilation et au génocide. Il n’exploite pas seulement les idées et le travail potentiel de la société et ne colonise pas seulement les esprits au nom du capitalisme ; il assimile également toutes les formes d’idées spirituelles et intellectuelles afin de préserver sa propre existence. Il vise à créer une seule culture nationale, une seule identité nationale et une seule communauté religieuse unifiée. Ainsi il renforce aussi une homogénéité citoyenne. La notion de citoyen a été créée pour répondre à cette quête d’homogénéité. La citoyenneté moderne ne définit rien si ce n’est la transition faite entre l’esclavage privé et l’esclavage d’état. Le capitalisme ne peut pas faire de profit en l’absence de telles armées d’esclaves modernes. La société nationale homogène est la société la plus artificielle qui ait jamais été créée et est le résultat direct d’un “projet d’ingénierie sociale”.

Ces buts sont généralement remplis en utilisant la force ou des récompenses financières et ont souvent eut pour résultat l’annihilation physique des minorités, des cultures, des langues ou leur assimilation forcée. L’histoire de ces deux cents dernières années est pleine d’exemples illustrant ces violentes tentatives de créer des nations qui correspondent à la réalité imaginaire d’un vrai état-nation.

État-nation et société

Il est souvent dit que l’état-nation se préoccupe de la destinée des gens du commun. Ceci est faux. Il est plutôt le gouverneur national du système capitaliste mondial, un vassal de la modernité capitaliste qui est plus intriqué dans les structures dominantes du capital que nous ne tendons à le dire généralement: c’est une colonie du capital et ce indépendamment du nationalisme avec lequel il se présente, il sert de la même manière les processus capitalistes d’exploitation. Il n’y a aucune autre explication pour la redistribution des plus horribles des guerres menées par la modernité capitaliste. Ainsi donc, par là-même, l’état-nation n’est pas avec les peuples, il est au contraire un ennemi des peuples !

Les relations entre les autres états-nations et les monopoles internationaux sont coordonnées par les diplomates de l’état-nation. Sans la reconnaissance par d’autres états-nations, aucun d’entre eux ne pourraient survivre. La raison en est la logique du système capitaliste mondial.

Les fondations idéologiques de l’état-nation

Dans le passé, l’histoire des états était souvent assimilée à l’histoire de leurs dirigeants, qui leur donnait des qualités quasiment divines. Cette pratique changea avec l’avènement de l’état-nation ; maintenant l’état entier est idéalisé et élevé au rang divin.

En assumant la comparaison de l’état-nation avec un dieu vivant, alors le nationalisme serait sa religion.

[…]

Leur nationalisme apparaît comme une justification quasi-religieuse.

Un autre pilier de l’état-nation est son sexisme qui pervertit la société entière. Bien des systèmes “civilisés” ont employé le sexisme afin de préserver leur propre pouvoir. Ils assurèrent l’exploitation des femmes et l’utilisèrent comme un réservoir de labeur à très bon marché. Les femmes sont aussi vues comme une ressource de valeur car elles produisent des enfants et la reproduction nécessaire aux hommes. Ainsi, la femme devient à la fois un objet sexuel et une commodité. Elle est un outil pour la sauvegarde du pouvoir de l’homme et peut au mieux devenir un accessoire dans la société patriarcale dominée par le mâle.

D’un côté, le sexisme de la société de l’état-nation renforce le pouvoir des hommes ; de l’autre, l’état-nation transforme sa société en une colonie par l’exploitation des femmes. De ce point de vue, les femmes peuvent aussi être vues comme une nation exploitée, colonisée.

Au cours de l’histoire de la civilisation humaine, le patriarcat a consolidé le cadre traditionnel des hiérarchies, qui dans l’état-nation, est alimenté par le sexisme.

[…] Sans la répression des femmes, la répression de la société n’est pas possible, ni même concevable. Le sexisme fait des femmes la pire de toutes les colonies.

[…] Tout le pouvoir et les idéologies étatiques sont des ramifications des attitudes et comportements sexistes. Sans la mise en esclavage de la femme, aucun autre esclavage n’est possible et ne peut exister et encore moins se développer. Le capitalisme et l’état-nation dénotent le système de mâle dominant le plus institutionalisé. De manière plus directe: le capitalisme et l’état-nation sont le monopole du mâle despote et exploiteur.

(NdT: Ocalan parle ici essentiellement de ce qu’il connaît le mieux: la société et l’état-nation turcs. L’occident vit la même chose à un degré simplement différent, et encore, pas toujours…)

Les Kurdes et l’état-nation

Après cette brève introduction à ce qu’est l’état-nation ainsi que ses bases idéologiques, nous allons maintenant voir pourquoi la fondation d’un état-nation kurde séparé n’a absolument aucun sens pour les Kurdes.

Ces dernières décennies, le peuple kurde a non seulement lutté pour la reconnaissance de son existence par les puissances politiques dominantes, mais aussi pour la libération de sa société de la poigne féodale. Ainsi, cela n’a aucun sens de remplacer les vieilles chaînes par de nouvelles ni même de renforcer la répression. Sans opposition contre la modernité capitaliste il n’y aura aucune place pour la libération des peuples. Voilà pourquoi la création d’un état-nation kurde n’est pas une option pour moi ou le PKK.

L’appel à un état-nation kurde séparé résulte des intérêts de la classe dirigeante ou des intérêts de la bourgeoisie, mais ne reflète en rien les intérêts du peuple car un autre état ne serait que la création d’une injustice supplémentaire et viendrait handicaper plus avant le droit à la liberté.

La solution pour la question kurde de ce fait, a besoin d’être trouvée dans une approche qui va affaiblir la modernité capitaliste ou la repousser. Il y a des raisons historiques, sociales et conjoncturelles, comme le fait que la nation kurde est éclatée dans quatre pays différents (NdT: la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran), ce qui rend absolument indispensable une solution démocratique embrassant tout le peuple. De plus il est notoire que le Moyen-Orient fait l’objet d’un grand déficit en démocratie. De fait un projet démocratique kurde fera avancer la démocratisation du Moyen-Orient de manière générale.

Appelons ce projet démocratique le confédéralisme démocratique.

Le confédéralisme démocratique

Ce type de règle ou d’administration peut-être appelé une administration politique non étatique ou la démocratie sans état. Il ne faut pas confondre les processus de prises de décision démocratiques avec les processus connus comme étant de l’administration publique. Les états sont des administrateurs tandis que les démocraties gouvernent. Les états sont fondés sur le pouvoir, les démocraties sont fondées sur le consensus collectif. La règle dans l’état est déterminée par décret, même si cela peut-être en partie légitimé par le processus électoral, les démocraties elles, utilisent les élections directes. L’État utilise la coercition comme moyen légitime, les démocraties sont fondées sur la participation volontaire.

Le confédéralisme démocratique est ouvert aux autres groupes et factions politiques. Il est flexible, multi-culturel, anti-monopole et orienté sur le consensus. L’écologie et le féminisme en sont des piliers centraux. Dans le cadre de ce type d’autogestion, une économie alternative deviendra nécessaire, une qui augmentera les ressources de la société au lieu de les exploiter ce qui ainsi rendra justice aux besoins de la société.

[…]

C’est un droit naturel que d’exprimer son identité culturelle, ethnique ou nationale avec l’aide et l’entremise d’associations politiques.. Mais ce droit a besoin d’une société éthique et politique. Le confédéralisme démocratique est ouvert aux compromis concernant les traditions étatiques ou gouvernementales. Il permet une coexistence égalitaire.

Le confédéralisme démocratique repose sur l’expérience historique de la société et de son héritage collectif… Il est la progéniture de la vie de la société.

L’état s’oriente continuellement vers toujours plus de centralisme afin de poursuivre les intérêts des monopoles du pouvoir. L’inverse est vrai pour le confédéralisme démocratique. Ce ne sont pas les monopoles, mais la société elle-même qui est au centre de la vie et de l’attention politiques.

[…]

L’aliénation putative de la société de sa propre existence encourage le retrait de la participation active des citoyens, une réaction qui est souvent appelée le “désenchantement politique”. Mais les sociétés sont essentiellement politiques et orientées sur les valeurs. Les monopoles politique, économique, idéologique et militaire sont des constructions qui contredisent la nature même de la société en simplement poussant pour une accumulation de surplus. Ceux-ci ne créent en rien de la valeur, ni du reste une révolution ne crée une société nouvelle. Elle ne ne peut qu’influencer la toile éthique et politique d’une société. Tout le reste est à la discrétion de la société politique fondée sur la morale.

J’ai déjà mentionné le fait que la modernité capitaliste renforce la centralisation de l’État. […] L’état-nation comme substitut moderne pour la monarchie a laissé une société sans défense et affaiblie derrière lui. A cet égard, l’ordre légal et la paix publique n’impliquent que la direction de la classe bourgeoise. Le pouvoir se constitue lui-même dans l’état centraliste et devient un des paradigmes administratifs fondamental de la modernité. Ceci met l’état-nation en contraste total avec la démocratie et le républicanisme.

[…] Ainsi, aussi longtemps que nous faisons l’erreur de croire que les sociétés ont besoin d’être homogènes en tant qu’entités monolithiques, il sera très difficile de vraiment comprendre le confédéralisme. L’histoire de la modernité est aussi celle de 4 siècles de génocide physique et culturel (ethnocide) au nom d’une société unitaire imaginaire. Le confédéralisme démocratique en tant que catégorie sociologique, est la contre-partie de cette histoire et il repose sur la volonté de combattre si nécessaire pour la diversité ethnique, culturelle et politique.

La crise du système financier est une conséquence inhérente de l’état-nation capitaliste. Quoi qu’il en soit, tous les efforts néo-libéraux pour changer l’état-nation sont demeurés des échecs. Le Moyen-Orient fournit une quantité d’exemples très instructifs à cet égard.

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Depuis peu, en réalité, l’appel au confédéralisme démocratique lancé par les Kurdes syriens commence à poser question. Ici et .

Il faut noter que l’EZLN du Chiapas soutient Ocalan et la lutte du PKK, c’est pourquoi je relaie à chaque fois que je le peux les messages que les Zapatistes nous adressent, ici et .

Nous devons aussi intégrer l’appel des Amérindiens de l’Île de la Grande Tortue. Des natifs et descendants des Peuples Premiers, tout autour de la TerreIci et .

Par ailleurs, pour initier la Société des sociétés, en changeant de paradigme, il me semble capital d’avoir également en tête « L’idéal » de Gaston Leval, ici et .

Parole d’une Superflue, doublée d’une Invisible ;

JBL1960

 

 

 

Le Navire « Colon »

À l’abordage de l’Amérique Interdite !

Puisqu’ici il est question de faire tomber l’Empire je reproduis dans son entier, la traduction faite par Résistance71 de l’article de Mohawk Nation News du 22 mars 2016 dont voici l’url de l’article original en anglais : http://mohawknationnews.com/blog/2016/03/22/george-washington-belt-1794/

https://resistance71.wordpress.com/2016/03/27/resistance-au-colonialisme-la-falsification-des-traites-comme-partie-de-la-supercherie-coloniale-le-cas-du-traite-de-canandaigua-de-george-washington-mnn/

La ceinture wampum de George Washington en 1794

Nous pensions que le Conseil des Chefs d’Onondaga Inc. et le Conseil de Saint Regis d’Akwesasne Inc. allèrent récemment à Washington D.C afin de donner la fessée à George Washington pour ce qu’il nous a fait. Au lieu de cela, ils étaient tout sourire et commémoraient la ceinture wampum de George Washington de 1794, autrement nommée le traité de Canandaigua. Cette ceinture honore la doctrine de la découverte et la mise en place d’une relation génocidaire de maître à esclave connue aujourd’hui sous le nom de loi fédérale indienne. Ils ont le traité de papier et notre terre et nous avons cette ceinture qui pendouille dans leur capitale.

Cette ceinture wampum fait environ 1m90 de long (6 pieds) et représente 13 grandes personnes debout de chaque côté de la ceinture symbolisant les 13 lignes de sang. La Maison Blanche y est montrée avec une petite longue maison iroquoise à l’intérieur. Deux personnes plus petites, un Mohawk (gardien de la porte orientale de la confédération) et un Seneca (gardien de la porte occidentale de la confédération) se tiennent debout à côté de la longue maison. Les bras sont tendus au-dessus d’eux suggérant qu’ils sont devenus les pupilles de l’état et qu’ils sont protégés par celui-ci. (NdT: voir la photo de la ceinture si intéressé dans l’article original en anglais) Les Mohawks et les Seneca ne furent jamais partie prenante de cet “accord”. Ceci n’est qu’une fraude ! (NdT: de plus…)

George Washington baladait cette ceinture pour la donner à ceux qui acceptaient son accord, celui de s’assoir sur nous et de nous dire ce que nous avions à faire. Cette ceinture n’est jamais passée en session de Grand Conseil Rotino’shonni (iroquois, représentant les 6 nations) et elle est donc de ce fait totalement illégitime. Quiconque honore cette ceinture nous montre qu’il/elle a quitté le canoë et est allé de l’autre côté, sur le navire colon, de son plein gré. Rappelez-vous de ce qui est arrivé au traître Joseph Brant (1743-1807) en 1804 ! (NdT: Joseph Brant de son nom mohawk Thayendanagea est une figure controversive et controversée. Mohawk éduqué dans les écoles anglaises, capitaine dans l’armée britannique soi-disant “chef de guerre Mohawk” pour les colons qui en ont fait un symbole de la collaboration fructueuse entre deux mondes, il est méprisé par les siens et il mourut esseulé dans sa propriété de Brantford en Ontario, octroyée pour services rendus à la couronne. Brant ne fut qu’un “chef sapin” (pine tree chief selon Kaiane’re:kowa), c’est à dire dans la tradition iroquoise, un leader reconnu, conseiller, mais n’ayant pas le droit de siéger en conseil. Sa mission pour les colons fut de diviser la nation mohawk et il y parvint dans une certaine mesure. Les britanniques et les colons en ont fait un modèle alors qu’il est méprisé par son peuple traditionnel et considéré comme un traître, comme vient de le dire l’auteure de cet article…)

Oren Lyons, Sid Hill, Jake Edwards, Sam George, Leo Henry et bien d’autres du conseil corporatif d’Onondaga et de la corporation tribale mohawk (NdT: le mot “tribal” employé par un amérindien est péjoratif. La notion de “tribu” n’existe pas chez les Indiens où la société fonctionne en clans, en nations et parfois en confédération de nations comme celles des Iroquois, des Algonquins, des Sioux, etc… Le mot “tribu” est un terme colonial qui sert à dénaturer, discréditer l’organisation politique amérindienne existante et plus que fonctionnelle aux yeux des colons.) de St Regis ont célébré cette ceinture comme si elle était légitime. Quelques Senecas participèrent à cette récente commémoration mais ceux qui jouent double-jeu ne les ont pas invités ni inclus dans la photo “officielle” avec la ceinture. Les Onondaga Oneida, Cayuga, and Tuscaroa savent que c’est illégitime sans la présence de leurs frères aînés (Mohawk et Seneca) présents à chaque réunion de conseils.

Il est grand temps maintenant pour qu’Ongwe’honweh (natifs de l’Île de la Grande Tortue) arrête d’honorer ces ceintures de traités. Elles n’ont jamais honoré leur côté. A chaque fois que nous mettons nos Gustowas et nos chemises et que nous marchons coude à coude avec les fédéraux, nous ne faisons que célébrer le déshonneur qu’ils ont apporté de leur côté à chaque ceinture à laquelle ils ont adhéré.

*Clarification: Le 23 Mars 2016, John Kane (Mohawk et hôte de “Let’s Talk Native”) a fait ce commentaire très important:

“… la ceinture n’a aucune signification. Quelque soit l’intention de ces images, cela ne veut absolument rien dire. Il n’y a aucun terme à un accord. Il n’y a pas de narratif archivé de sa signification. Washington a fait faire cette ceinture. Il a commissionné un Oneida pour la fabriquer deux ans avant même le traité de Canandaigua. Ses hommes l’ont sans doute transportée avec eux là-bas, mais il n’y a absolument aucune connexion entre ces images de la ceinture qui sont très insultantes et le traité de 1794. Aussi merdique que cette coupe dans le territoire fut, il n’y a rien dans le traité qui demande pour une protection ou qui suggère une quelconque subjugation. Trois fois dans le traité de “Canandaigua” les États-Unis mentionnent qu’ils reconnaissent notre terre comme étant la NÔTRE et que les États-Unis ne la demanderont jamais et ce malgré la doctrine chrétiene de la découverte et ce que la cour suprême de John Marshall dira quelques 30 années plus tard. L’article 7 de ce traité est parfaitement clair et stipule qu’AUCUNE autorité ne sera imposée par les États-Unis, même dans le cas de mauvaises actions par des individus esseulés. Ne me méprenez pas, ce document est une merde infâme, qui ne fut jamais ratifié par les deux côtés. Mais RIEN du langage du traité de “Canandaigua”ne représente les images de la ceinture fournie par “Ranatakaias*”, le nom que nous donnons à George Washington.”

(*) Ranatakaias veut dire: “Il est comme un chien enragé qui court dans le village et attaque, mord et tue tout, sans discrimination.”

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On a pu voir, ici-même, que les fermiers de Malheur en Oregon « se battaient » contre l’État pour une terre qui n’est même pas la leur, que la nation Paiute ne leur a jamais cédé.

Cette précision ne nous étonne pas, ici, puisque nous savons que l’Empire du Mal est un colosse aux pieds d’argile. Cette nation indispensable, qui à un moment donné, poussait à « monnayer les scalps » et qui rend grâce à Dieu, chaque année depuis au moins 500 ans, de l’ethnocide Amérindien… Ou plus exactement du Día de la Raza ; Le Jour de la Race

On voudrait leur crier, d’ici même, que nous savions que nous étions tous des colonisés

Nous voudrions leur crier que le code a changé et que nous travaillons, côte à côte, avec les natifs et Peuples premiers à initier un changement de paradigme.

Parce que, comme les Zapatistes du fin fond du Chiapas nous l’ont appris ; Demain se plante aujourd’hui.

Et comme les Kurdes syriens du Rojava tentent l’expérience du confédéralisme démocratique, même balbutiant, cela nous démontre qu’il est impératif d’impulser un nouveau souffle si l’on ne veut pas être éparpillés façon puzzle aux 4 coins de l’univers…

C’est à nous de voir ;

Enfin pour moi c’est tout vu !

JBL1960

Mise à jour du 24/04/2016 : A lire sur Résistance71 leur traduction et publication de MNN du 20/04/2016 intitulé « Réalignez votre esprit » ;

https://resistance71.wordpress.com/2016/04/23/resistance-politique-a-letat-colonial-changeons-notre-attitude-et-recreons-la-societe-organique/

Candidat Troll 2017 ?

Une nouvelle catégorie de Troll est née !

Et si la vraie ou fausse candidature à la Présidentielle d’Henry de Lesquen n’était là que pour légitimer les nouvelles modalités du scrutin adoptées ce Vendredi 25 mars 2016 ?

Greg Tabibian de JSPC TV a mis en ligne cette interview drôlatique dite « Interview sans langue de bois » faite par l’équipe de France Inter de M. Henry de Lesquen ;

Guillaume Meurice s’intéresse aux candidats de la présidentielle 2017 en France. Il a pu interviewer le candidat du National Libéralisme, Henri de Lesquen. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce petit candidat regorge d’idées… peu conventionnelles pour redresser le pays !

Au menu : suppression du SMIC, destruction de la Tour Eiffel, lutte contre la musique « nègre », Henri nous sert la complète ! Alors SOIT ce type est un Troll, SOIT il vient de passer 30 ans sur une île déserte, SOIT il pense réellement qu’une partielle résurrection de la ligne Megret est LA carte à jouer pour 2017 ….

Donc le SMIC = Mesure anti-sociale ! Si, si…

Bon l’esclavage, finalement c’était pas si mal et si nos ancêtres ont accepté l’esclavage c’est parce qu’ils ne pouvaient pas faire autrement… Et d’ailleurs, pourquoi croyez-vous que le Christ n’a rien dit sur l’esclavage ? Et Saint-Pierre, non plus, il n’a rien dit sur l’esclavage ?

Bon, faut que j’en parle à mon cheval, moi, hein ?

Perso, je pense que ce type est un troll.

En effet, sur le blog Les Moutons Enragés du 26/03/2016 on peut lire cet article proposé par Benji ;

C’est fait, l’Assemblée nationale a modifié les règles de l’élection présidentielle, les petits candidats sont « out »

http://lesmoutonsenrages.fr/2016/03/26/cest-fait-lassemblee-nationale-a-modifie-les-regles-de-lelection-presidentielle-les-petits-candidats-sont-out/

C’est cela qu’ils appellent la démocratie ? Dans les changements, le temps de parole équitable entre les candidats qui n’est plus imposé. Les candidats qui représentent une véritable alternative mais qui sont peu médiatisés ont donc encore moins de chances de se voir au second tour…

Dans un climat survolté, les députés ont réformé les modalités du recueil des 500 signatures, de l’heure de fermeture des bureaux de vote et du temps de parole dans les médias.

Les députés ont adopté jeudi soir en nouvelle lecture la proposition de loi organique modifiant les « règles applicables à l’élection présidentielle ». Applicable pour la prochaine élection présidentielle en 2017, la proposition de loi socialiste modifie profondément certaines règles marquantes du concours présidentiel, comme par exemple l’obligation pour tous les candidats de rendre public les fameux 500 parrainages d’élus.

Une autre disposition, beaucoup plus polémique, concerne la modification de la stricte égalité du temps de parole dans les médias entre les différents candidats. Pour beaucoup de députés d’opposition, ce texte conduit à affaiblir les petits candidats. Les précisions de Valérie Brochard.         Source: Lcp.fr via Agence info libre

 =*=

Bon, ici comme ailleurs, on n’a pas de doute sur l’illusion démocratique que représente la votation et c’est pour cela nous sommes de plus en plus nombreux à appeler un Boycott total dans cet esprit ;

SCHÉMA À SUIVRE POUR CHANGER DE PARADIGME

(SINON ; FERMER SA GUEULE ! À TOUT JAMAIS)

Prise de conscience individuelle => prise de conscience collective => boycott et organisation parallèle => désobéissance civile => réorganisation politico-sociale => changement de paradigme.

Greg, avait déjà soulevé le problème, lors de l’interview de Jean-Vincent Placé le 8 mars dernier qui précisait que la pétition contre la loi Travail qui réunissait de très nombreuses signatures ; Y s’en carrait comme de ça première dent de lait !

C’est pas que je me fous de tout, non !

Mais je pense que nous avons besoin d’un souffle nouveau !

N’est-ce pas mon Riton ?

De l’invisible JBL1960

 

 

Ou un nouveau souffle…

Sans précipitation !

Enfin, ça urge un peu quand même…

Ce billet est à relier avec celui-ci dont c’était la 1ère partie ; Source ; R71

Je porte ma propre conclusion en fin d’article.

Résistance politique: Sortir de l’impasse étatique en suivant « l’idéal » ~ 2ème partie ~ (Gaston Leval)

https://resistance71.wordpress.com/2016/03/25/resistance-politique-sortir-de-limpasse-etatique-en-suivant-lideal-2eme-partie-gaston-leval/

L’idéal (1)

Gaston Leval  –  Extrait de “L’Espagne libertaire 1936-39” (1983)

Visiblement, les problèmes ont continué d’être étudiés dans l’ordre théorique, ce qui n’empêcha pas le mouvement d’atteindre une puissance matérielle surprenante. A cette époque, les « grèves sauvages » se produisent dans les campagnes, particulièrement du Levant et d’Andalousie. Selon les régions et les provinces où les gouverneurs, délégués et représentants du pouvoir central ont le droit de suspendre les garanties constitutionnelles, de fermer les locaux, d’arrêter et de déporter administrativement qui bon leur semble, où la police torture, ou le chômage sévit, où les « agitateurs » et leur famille sont réduits à une telle misère qu’une paire d’espadrilles est souvent un luxe, des journaux propageant l’idéal apparaissent, publiquement ou clandestinement.

Qui en saura jamais le nombre ? Prenons un exemple. Dans la seule petite ville de La Corogne, située sur la côte au nord du Portugal, dont, de 1874 à 1923, le nombre d’habitants passa de 30 000 à 60 000, on compte 4 hebdomadaires successifs, communistes libertaires ou anarchistes, et naturellement aussi syndicalistes : La Bandera Roja, La Emancipación, El Corsario, La Lucha Obrera. Plus tard, après une période prolongée de répression, on en comptera cinq autres : Germinal, La Emancipación, La Voz del Obrero, Tierra et Solidaridad Obrera (l’auteur a collaboré aux deux derniers).

Il serait impossible, à moins de disposer des archives du ministère de l’Intérieur, d’énumérer toutes les publications parues de 1870 à 1936. Mais citons les chiffres que nous connaissons de cette dernière année – dont probablement la liste ne sera pas exhaustive : 2 quotidiens : Solidaridad Obrera, organe de la C.N.T. qui paraît à Barcelone et tire de 40 000 à 50 000 exemplaires; et C.N.T., organe madrilène de la même organisation, qui tire en moyenne à 30 000 exemplaires. Parmi les périodiques – une dizaine en tout – le vétéran barcelonais de la presse anarchiste espagnole Tierra y Libertad, qui tire, à Barcelone, 20 000 exemplaires ; Vida Obrera paraît à Gijon (Asturies) ; El Productor paraît à Séville ; Cultura y Accion paraît à Saragosse ; comptons encore Acracia, dont nous avons oublié le lieu de parution.

Ce n’est pas tout. Il faut ajouter les revues. Voici Tiempos Nuevos, qui paraît à Barcelone et tire à 15 000 exemplaires ; La Revista Blanca, au tirage minimum de 5 000, publiée aussi en Catalogne ; Esfuerzo, encore à Barcelone, même tirage ; Orto, même tirage aussi, mais localisé à Madrid, et surtout Estudios, publiée à Valence, et dont le tirage moyen est de 65 000 exemplaires, mais qui tire jusqu’à 75 000.

Dans toute cette presse, les mêmes buts sont continuellement formulés. Tandis que dans d’autres pays, et durant les époques de lutte l’accent n’a été mis que sur la critique, la seule revendication immédiate, la dénonciation des maux de la société, l’imprécation souvent, les idées directrices et constructives sont ici continuellement rappelées. Même dans une période de clandestinité, un journal comme El Municipio Libre, qui paraissait à Malaga, publiait cette synthèse en mai ou juin 1880 :

« Nous voulons la constitution de communes libres, indépendantes de tout lien centralisateur, sans autre union que celle résultant de pactes fédéraux librement acceptés et toujours révocables par les communes contractantes.

« L’appropriation par les communes du sol, des instruments de travail concédés à titre d’usufruit aux Collectivités agricoles et industrielles.

« La reconnaissance des droits sociaux aux seuls individus des deux sexes qui contribuent à la production.

« L’enseignement intégral, et l’application à l’éducation des enfants de tous les moyens de développement moral et physique.

« Un régime municipal garantissant les droits de l’individu dans toute leur plénitude.

« L’organisation du travail permettant à chaque travailleur de bénéficier du produit intégral de son travail.

« Des avances faites à toutes les activités qui permettront à l’humanité de profiter de toutes les inventions et de tous les progrès, fruits du génie de l’homme ».

Certes, quelques objections de détail peuvent être faites quant aux conceptions d’organisation économique, à condition que l’on se situe à l’époque, que l’on tienne compte, par exemple, des structures économiques de l’Andalousie et d’autres régions. Mais l’important, ce sont les grandes lignes, l’esprit constructeur toujours présent, et qui fait que les erreurs d’anticipation seront, le moment venu vite corrigées (10). Et retenons ce retour incessant à « l’enseignement intégral ». On a pu écrire, avec raison, que Joaquin Costa, le grand leader sociologue républicain, autodidacte de génie, qui lutta tant pour élever le niveau culturel du peuple espagnol, et fit de l’instruction publique une des idées-force de son combat, avait été devancé par ces ouvriers et ces paysans libertaires dont la vie matérielle était si terne et l’âme si lumineuse.

La période de clandestinité commencée en 1872-1873 passe, et après neuf ans pendant lesquels d’innombrables combats ont été livrés, l’organisation syndicale à nouveau nationalement articulée tient un congrès à Barcelone. A la fin des travaux, un Manifeste est adressé au peuple espagnol. Emphase à part, le même Idéal est rappelé avec la même ténacité :

« Nous, les travailleurs, qui sommes les vrais artisans de la société, sa force créatrice et vitale, qui par nos efforts matériels et intellectuels (11) bâtissons les villes et les villages ; qui travaillons la terre et extrayons de ses entrailles les produits les plus précieux ; qui construisons les navires qui sillonnent les mers pour transporter les richesses que nous produisons ; qui construisons les chemins de fer qui unissent les régions les plus éloignées ; qui installons au fond des océans les câbles grâce auxquels le Vieux Monde peut aujourd’hui communiquer avec le Nouveau ; qui perçons les montagnes, construisons les aqueducs et creusons les canaux ; nous qui prenons part, de nos mains rudes, à tout ce qui est produit par l’humanité… par l’effet d’une contradiction terrible nous ne profitons pas de ces richesses. Pourquoi ? Parce que la domination du capital et de la bourgeoisie fait de notre sueur une marchandise que l’on estime au taux du salaire, qui porte le sceau de l’esclavage et est la source d’où découlent tous les maux qui nous oppressent. »

Une fois de plus on voit comment le problème des classes sociales est nettement posé. Voici maintenant, et à nouveau, l’énonciation des méthodes de lutte et du but à atteindre :

« Notre organisation, purement économique, se sépare de tous les partis politiques, bourgeois et ouvriers ; elle leur est opposée parce que tous ces partis s’organisent pour la conquête du pouvoir politique, tandis que nous nous organisons pour détruire tous les États politiques actuellement existants et les remplacer par une LIBRE FÉDÉRATION DE LIBRES ASSOCIATIONS DE TRAVAILLEURS LIBRES. »

Un nouveau commentaire s’impose. Ce paragraphe vise nettement le marxisme international, et naturellement Marx, qui avait entraîné ses partisans sur le chemin du parlementarisme et de l’État, en faisant voter, au congrès de La Haye (septembre 1872) une résolution déclarant que « la conquête du pouvoir politique est le premier devoir du prolétariat ». La polémique publique entre les deux écoles du socialisme commençait en Espagne. Elle n’a fait, depuis, que s’étendre et s’accentuer.

Puis le Manifeste insiste sur l’internationalisme, l’universalité des buts poursuivis et la vision d’avenir :

« Le problème social n’est pas seulement national, il intéresse les prolétaires des deux mondes, car l’accaparement des matières premières, l’introduction des machines, la division du travail, la concentration des capitaux, les opérations de banques et les spéculations financières, le développement des moyens de communication sont autant de forces économiques qui ont favorisé l’avènement complet de la bourgeoisie et de domination exclusive sur les intérêts sociaux. »

Le lecteur quelque peu informé constate que les rédacteurs de ce document avaient lu Proudhon, particulièrement Qu’est-ce que la Propriété ? et les Contradictions économiques. Mais il constate aussi que ces ouvriers dont certains – Ricardo Mella, Anselmo Lorenzo, Rafael Farga, Pellicer, Federico Urales – s’étaient élevés à la hauteur de sociologues (12) analysant la structure du capitalisme et son développement avec une connaissance dont la profondeur surprend.

Ces progrès, ces développements repris en toute occasion favorable furent plusieurs fois signalés par Pierre Kropotkine qui dans le journal Le Révolté*, qu’il avait fondé et était le seul journal anarchiste de langue française alors existant, écrivait (éditorial du 12 novembre 1881) que le mouvement ouvrier reprenait « avec une force nouvelle en Europe ». Puis, se référant à l’Espagne :

« Mais c’est surtout en Espagne qu’il prend en ce moment un développement sérieux. Après avoir couvé pendant huit ans, comme le feu sous la cendre, il vient de se manifester ouvertement par le dernier congrès de Barcelone auquel 140 organisations ouvrières se sont fait représenter par 16 délégués. Non pas des sections de 7 ou 8 membres que le hasard a réunis dans un quartier, mais des sections d’ouvriers du même métier, dont les membres se connaissent parfaitement et se voient chaque jour, qui sont animés des mêmes espérances, et qui ont pour ennemi commun le patron. et un but commun – celui de s’affranchir du joug du capital ; bref, une vraie organisation.

« Nous parcourons les numéros de La Revista Social, journal fait par les ouvriers eux-mêmes, et chacun nous apprend la création de nouvelles sections de métiers, soit l’adhésion de groupes existants, soit la fédération de groupes jadis isolés. En lisant le bulletin du mouvement espagnol nous nous sentons transportés vers les meilleurs temps de l’Internationale avec seulement cette différence : plus de netteté dans les aspirations, une conception plus claire de la lutte qu’il faut soutenir, et un tempérament plus révolutionnaire dans la grande masse du groupement.

« Une comparaison vient immédiatement sous la plume : la comparaison du mouvement qui s’opère en Espagne avec celui qui s’opère en France, toute à l’avantage de l’Espagne, toute au désavantage de la France. »

Après quelques autres considérations, Kropotkine insiste sur la différence entre les deux pays :

« Fidèles aux traditions anarchistes de l’Internationale, ces hommes intelligents, actifs, remuants ne vont pas faire bande à part pour poursuivre leur petit but ; ils restent dans la classe ouvrière, ils luttent avec elle, pour elle. Ils apportent leur énergie à l’organisation ouvrière et travaillent à constituer une force qui écrasera le capital au jour de la révolution : le corps de métier révolutionnaire. Sections de métiers, fédération de tous les métiers de la localité, de la région, et groupes de combat indépendants de tous les métiers, mais socialistes avant tout (13). Voilà comment ils constituent les cadres de l’armée révolutionnaire…

« …. Nous ne saurons trop recommander aux ouvriers français de reprendre, comme leurs frères espagnols, les traditions de l’Internationale, de s’organiser en dehors de tout parti politique en inscrivant sur leur drapeau la solidarité dans la lutte contre le capital. »

Qu’il nous soit permis de commenter ce commentaire. Nous constatons d’abord qu’il a fallu, à cette époque, qu’un Russe publie le seul journal anarchiste existant en France, les anarchistes français n’étant ni assez nombreux, ni assez capables d’initiatives pour le faire eux-mêmes ; tandis qu’en Espagne… Cette différence est lourde de signification.

Ensuite, il ne pouvait être question, pour les ouvriers français, de revenir aux traditions de la Première Internationale, pour la simple raison que celle-ci n’avait jamais existé en France comme mouvement organisé, et que les quelques sections locales qui purent se constituer furent persécutées avec acharnement, tandis qu’en Espagne le mouvement disposa de quelques années pour prendre conscience de lui-même et apprendre à s’organiser.

Puis il manquait un Bakounine. Malgré toutes ses qualités, Kropotkine ne pouvait exercer cette influence, cette fascination qui caractérisaient le grand lutteur, qui fut aussi un grand penseur et grand organisateur. Il n’avait pas ce don de séduction, de compréhension humaine directe, qui faisait qu’un paysan ou un manœuvre se sentait de plain-pied en parlant avec celui qui, parce que et quoiqu’il était héréditairement un « barine », comprenait l’homme du peuple et savait se placer à son niveau.

Tout cela nous explique pourquoi, bien qu’il fût partisan de l’activité et de l’organisation ouvrières, Kropotkine ne put exercer sur ses camarades une influence comparable à celle de Bakounine. De plus, à cette époque le mouvement italien était, par l’impatience et la maladresse de ses personnalités les plus éminentes, presque réduit à l’état squelettique ; et la Fédération du Jura se trouvait dans une situation identique.

Cela nous explique aussi pourquoi le mouvement anarchiste français se constitua sur la base de groupes « de 7 ou 8 membres que le hasard a réunis dans un quartier », poursuivant « leurs petits buts » et délaissant les grandes tâches de la transformation sociale.

Kropotkine revint, au mois de juin de l’année suivante, sur l’exemple espagnol. Effort inutile. Il fallut l’activité terroriste et désastreuse de l’époque dite « héroïque », et une certaine désagrégation intérieure à conséquences de déviations diverses, pour qu’une partie des anarchistes se décide, vers 1895 et les années suivantes, à entrer dans les syndicats où ils apportèrent non seulement la pratique de la violence, comme l’écrivait Georges Sorel, mais un corps de doctrine dont les éléments principaux furent repris par l’école, maintenant si réduite, du syndicalisme révolutionnaire.

Revenons en Espagne. Des années ont passé, nous sommes en 1887 ; un congrès vient d’être célébré, qui lance un Manifeste publié dans le journal El Productor (14). Nous y lisons :

« Nous proclamons l’acratie (15) (pas de gouvernement) et nous aspirons à un régime économico-social dans lequel, par l’accord des intérêts et la réciprocité des droits et des devoirs tous seront libres, tous contribueront à la production et jouiront du plus grand bonheur possible, qui consiste en ce que les produits consommés soient le fruit du travail de chacun, sans exploitation, et par conséquent sans les malédictions d’aucun exploité.

« La terre ne doit pas avoir de maître, pas plus que l’air et la lumière, les richesses du sous-sol, les forêts et tout ce qui n’est pas le fruit du travail des hommes.

« La science ne peut pas avoir de maître, pas plus que les moyens de production, conséquences et applications des connaissances scientifiques.

« La Terre, la Science, les machines de la grande industrie n’ont pas été créées par leurs détenteurs, mais elles se créent soit par des causes indépendantes de la volonté de l’homme, soit par le travail continu de tous les hommes…

« L’unité sociale est essentiellement le producteur… Le premier groupe social est le groupe de producteurs d’une même branche de travail. Le contrat fondamental se conclut entre le producteur et le groupe respectif de producteurs de la même branche.

« Les groupes de producteurs d’une même localité établissent un contrat par lequel ils constituent une entité facilitant l’échange, le crédit, l’instruction, l’hygiène et la police locale et ils concluent des contrats avec les autres localités pour le crédit et pour l’échange dans une sphère plus vaste, tels les communications, les services publics généraux et réciproques…

« La terre, les mines, les usines, les voies ferrées, et, en général, tous les moyens de production, de transport et d’échange sont concédés en usufruit aux collectivités de travailleurs. Le but final de la révolution est :

  • « La dissolution de l’Etat.
  • « L’expropriation des détenteurs du patrimoine universel.
  • « L’organisation de la société sur la base du travail de ceux qui peuvent produire; la distribution rationnelle des produits du travail; l’assistance de ceux qui ne sont pas encore aptes au travail ou qui ont cessé de l’être ; l’éducation physique et scientifique – intégrale – des futurs producteurs…

« Pour ces raisons, le congrès, qui considère la Fédération régionale espagnole comme un groupement libre dans lequel les travailleurs peuvent résoudre tous les cas particuliers par l’initiative commune lorsqu’une action unanime est nécessaire, reconnaît la liberté des individus et des collectivités pour qu’ils puissent se développer selon les conditions spéciales qui règlent la vie de chacun… »

De telles déclarations, de tels programmes où s’ajoutent souvent des conceptions ou des initiatives complémentaires montrent que les préoccupations constructives demeurent toujours au premier plan. Et sous ces préoccupations il y a invariablement une base doctrinaire fondamentale. inspiratrice des plans et des projets. Dans ce dernier Manifeste, ce qui demeure c’est la conception collectiviste proposée par Bakounine, et mitigée par la conception mutuelliste proudhonienne dont le trait caractéristique est la formule du contrat. Mais à la même époque il se produit une évolution importante, qui prouve que les cerveaux travaillent. Jusqu’à maintenant, suivant la doctrine collectiviste, et ainsi que nous l’avons vu à différentes reprises, chaque producteur devait jouir « du produit intégral de son travail ». Naturellement cette formule avait pour but de faire disparaître tout vestige d’exploitation de l’homme par l’homme ; mais un problème nouveau avait été posé par l’école communiste de l’anarchisme – et au fond, était posé implicitement dans les conceptions constructives de Bakounine : une partie importante des membres de la société, souvent la majorité n’était pas apte au travail, entendu comme apport producteur. La société était donc obligée de maintenir cette partie, et pour cela elle devait prélever, inévitablement, le nécessaire sur la part qui, selon le principe admis jusqu’alors, revenait aux producteurs. Ceux-ci ne pourraient donc pas « jouir du produit intégral de leur travail ». La formule qui s’imposait de plus en plus était celle du véritable communisme « à chacun selon ses besoins, de chacun selon ses forces », que Louis Blanc avait préconisée et que Proudhon attaquait en partie parce qu’elle était conçue sous la forme de communisme d’Etat, en partie aussi parce qu’il repoussait, instinctivement, et l’on pourrait presque dire viscéralement, ce qu’il appelait « la communauté ». Nous accédons maintenant à une morale de solidarité intégrale, qui sera pratiquée par les collectivités de 1936-1939.

Sous l’impulsion de Marx et Engels, qui ont envoyé Lafargue sur place afin de combattre les internationalistes espagnols qui ne se soumettent pas à leurs directives, une autre organisation syndicale, marxiste et réformiste est née (ses fondateurs, groupés à Madrid, étaient 7). Mais elle ne présente ni la force morale, que donnent les convictions philosophiques et sociales basées sur un large humanisme, ni les caractéristiques de volonté et d’activité historique nées de l’idéal incorporé à l’action. En Espagne l’anarchisme, disons plutôt le socialisme fédéraliste antiautoritaire a précédé le socialisme autoritaire et d’Etat, bénéficiant ainsi de l’avantage du temps. Mais par l’influence qu’il a exercée sur les esprits il a aussi mieux conquis les hommes ; car non seulement il refusait l’autorité extérieure à l’individu : il influençait la société par son œuvre culturelle répandue dans les masses. N’oublions pas qu’en 1882 La Revista social, dirigée par Luis de Oteiza tire à 20 000 exemplaires, et est probablement la plus lue d’Espagne. D’autre part, dans l’histoire de l’anarchisme international nous ne connaissons pas de manifestation culturelle comparable à celle du Secundo Certamen Socialista (16) et il n’est peut-être pas inutile de souligner, une fois de plus, avec quelle facilité les anarchistes espagnols se classent comme une école du socialisme. En France, un tel comportement aurait été jugé, et condamné comme une impardonnable hérésie…

On comprendra mieux l’importance atteinte par ce mouvement quand on saura qu’en 1903, à Madrid, Tierra y Libertad qui sera par la suite – nous l’avons dit – le périodique traditionnel de l’anarchisme espagnol, devint quotidien sous la direction d’Abelardo Saavedra (17).

*

Pendant la période suivante, on enregistre un certain flottement dans la pensée jusqu’alors si lucide et précise de l’anarchisme espagnol. Car malheureusement, l’anarchisme français, si en retrait sur Proudhon et Bakounine, exerçait sur lui une influence intellectuellement et spirituellement restrictive. Son intervention tardive dans le mouvement syndical n’entraînait qu’une partie des militants. L’habitude des petits groupes que déplorait Kropotkine s’était trop bien implantée. Certes, on parlait bien de faire la révolution, mais on entrevoyait celle-ci comme l’apothéose du Grand Soir, romantique à ce point que Jean Grave et Charles Malato durent polémiquer avec leurs propres camarades pour qui toute organisation était forcément autoritaire et attentait aux droits de l’individu. Puis, comme la révolution tardait à se produire, on s’occupa de choses secondaires. L’individualisme apparut, avec sa revendication stirnérienne plus ou moins bien interprétée du « moi » ; la révolte devint purement négative, quand elle ne déviait pas sur de nombreux dadas marginaux : végétarisme, crudivorisme, naturisme, esthétisme, exaltation nietzschéenne, etc.

La France jouissait en Espagne d’un prestige immense. C’est de France qu’avaient été introduites, ou réintroduites bien des idées nouvelles, dont celles du républicanisme, du socialisme et de l’anarchisme. Bientôt les déviations anarchistes françaises furent importées par un certain nombre d’anarchistes espagnols (18).

Ces nouveautés se confondaient avec celles d’un certain anarchisme communiste qui rejetait l’activité syndicale, et la large prévision organique de l’avenir des anarchistes d’Espagne. Mais d’une part l’intensité même du problème espagnol limita ces fantaisies. D’autre part, le sentiment social naturel et l’esprit de solidarité si fortement présents dans la nature de l’Espagnol étaient trop puissants pour qu’un tel mouvement pût sombrer dans ces mortelles inepties. Aussi, l’existence des groupes anarchistes n’empêcha-t-elle pas l’activité sociale, d’abord, syndicale ensuite, de fomenter cette dynamique presque mystique de l’histoire qui pousse aux grands rêves et aux grandes actions.

L’idéal demeure au fond de l’âme espagnole. Pour le militant moyen, il ne s’agit pas d’abstractions philosophiques, mais de justice sociale, de travail organisé solidairement, de fraternité active grâce à la jouissance égalitaire des biens et des services. Le dernier paysan anarchiste sait cela, en partie sans doute parce que son sort est si dur qu’il ne peut chevaucher des chimères quand il s’agit de la question sociale. Et le congrès du théâtre de la Comedia, célébré à Madrid en 1919 confirme ce qui a toujours été : le but de la C.N.T. est le communisme libertaire ; pour y atteindre on décide de transformer les syndicats traditionnels de métiers en syndicats d’industrie (19) afin de mieux assurer la gestion de l’économie nouvelle. Ce que ratifiera, après dix ans de dictature civile et militaire le congrès de Saragosse de 1931, qui marque un nouveau départ de notre organisation syndicale.

Disons-le nettement : la résolution de caractère constructif votée par les délégués dans une situation qu’on sentait pré-révolutionnaire fut inférieure à la plupart de celles qui avaient été votées dans les congrès précédents. Mais l’incessante répétition des buts et des moyens, la volonté d’activités constructives des syndicats, des fédérations locales, cantonales, régionales, nationales, de leur cohésion, l’idée d’activités communales, de l’instruction généralisée, de vastes ateliers remplaçant ceux, vétustes, où les artisans et les petits entrepreneurs étaient si mal récompensés de leur travail, tout cela était demeuré dans l’esprit des militants de base, chez tous ceux qui, jusqu’alors, s’étaient donnés corps et âme au triomphe de l’idéal. Et l’on est surpris de voir comment, bien que les textes en soient ignorés par la génération qui fit la révolution, les résolutions des congrès de 1870, 1871, 1872, 1882 et autres sont appliquées, souvent comme à la lettre, dans les Collectivités agraires et les réalisations syndicales industrielles de 1936-1939.

Rappelons, avant de terminer ce chapitre, que pendant les cinq années de république (de 1931 à 1936), de nombreux essais avaient été publiés, qui s’efforçaient de préparer les réalisations constructives de la révolution. Pour la première fois dans l’histoire de l’anarchisme mondial, successivement Diego A. de Santillan, Higinio Noja Ruiz, Gaston Leval traitaient ces problèmes non sous forme d’utopies et d’anticipations imaginaires, mais en se basant sur la réalité concrète de l’économie du pays, à la lumière des statistiques concernant la production industrielle et agraire, le problème des matières premières, de l’énergie, des échanges internationaux, des services publics, etc. D’autres études, moins documentées, dont celle du docteur Isaac Puente intitulée El Comunismo libertario et des essais de moindre importance parurent aussi. Et l’on traduisit du français cinq ou six livres d’économistes comme Cornelissen, de théoriciens militants syndicalistes révolutionnaires comme Pierre Besnard, de sociologues moins rigoureux comme Sébastien Faure. Tout cela, édité avec bien d’autres livres et de nombreuses brochures par au minimum trois organismes éditoriaux, contribua à préparer la masse des militants pour ses tâches futures.

L’idéal poursuivi par les anarchistes communistes espagnols fut donc celui que les plus hauts esprits de l’humanité ont poursuivi, propagé depuis Platon, et peut-être certains stoïciens, jusqu’à nos jours. La révolution espagnole a réalisé ce que demandaient les premiers chrétiens, ce pour quoi au XIVè siècle luttèrent les Jacques, en France, et les paysans anglais conduits par John Ball en Angleterre, ceux d’Allemagne, que Thomas Münzer mena deux siècles plus tard, les niveleurs anglais inspirés par Everald et Winstanley, les frères Moraves, disciples de Jean Huss ; ce qu’ont préconisé Thomas Morus dans l’Utopie, et François Bacon, et Campanella dans La Cité du Soleil, et le curé Jean Meslier dans son célèbre Testament, trop méconnu, et Morelli dans son Naufrage des îles flottantes, et Mably qui, comme Morelli, inspira les meilleurs esprits de la révolution américaine, et les « enragés »de la révolution française, dont Jacques Roux, le « curé rouge ». Et la légion de penseurs et de réformateurs du XIXe siècle et du premier tiers de celui-ci. Elle est, dans l’histoire du monde, le premier essai d’application du rêve poursuivi par ce qu’il y eut de meilleur dans l’humanité. Elle est parvenue à réaliser, intégralement dans bien des cas, le plus bel idéal qu’ait conçu l’esprit humain, et ce sera sa gloire éternelle.

 

Notes:

 

(1) Ce livre a été écrit à différents moments, différentes périodes et situations, conséquences de la vie agitée de l’auteur. Ce qui explique que certains chapitres soient écrits au passé, d’autres au présent. Il aurait été possible d’unifier au passé. Mais le présent donne une idée, une représentation plus forte, plus nette, et l’auteur, qui a éprouvé l’impression de revivre directement ce qu’il a décrit a cru préférable, et même utile, de transmettre cette impression aux lecteurs ; donc, de laisser en l’état les descriptions qui suivent.

(1bis) Non seulement les frères Reclus, mais des hommes comme James Guillaume, Jules Guesde, Benoît Malon, Ferdinand Buisson, Victor Dave, Alfred Naquet faisaient partie de l’Alliance.

(2) Expulsé de France par Guizot en 1847, il y revint quand se produisit la révolution de février 1848.

(3) Observons l’importance donnée dès le départ à l’instruction, et que l’on retrouvera jusqu’en 1936-1939.

(4) Souligné par moi.

(5) L’emploi du mot Etat a ici le sens de nation, comme on le verra par ce qui suit.

(6) Nous verrons plus loin que la formule du produit intégral de son travail à l’ouvrier fera place, par l’introduction du principe communiste, à une vision plus généreuse des choses.

(7) Phrase nettement bakouninienne.

(8) Non seulement le prétexte de l’expulsion était faux, mais Bakounine n’avait pas été prévenu de ce qui se tramait. Il était absent, et une partie des délégués qui votèrent dans le sens voulu par Marx étaient munis de faux mandats.

(9) Il s’agit de la structure politique de l’Etat, pour construire une autre structure comme on va le voir.

(10) Le fait s’est produit pendant la révolution ; certains libertaires en étaient restés à la formule de la commune libre, autarcique ; ils rectifièrent aisément.

(11) Notons ici que l’esprit prolétarien n’excluait pas un critère donnant aux travailleurs intellectuels une place dans le combat.

(12) L’ouvrier chapelier, Ricardo Mella, deviendra ingénieur des mines.

(13) Observons que le mot socialiste était encore employé par Kropotkine à cette époque.

(14) Vers cette époque, la rédaction de El Productor discutait avec celle des Temps Nouveaux, continuation du Révolté, sur l’utilité de l’activité au sein du mouvement ouvrier. Les Temps Nouveaux la niaient.

(15) Mot employé pour anarchie.

(16) Deuxième concours socialiste, appelé « concours » parce que des récompenses y furent données selon la valeur des travaux.

(17) Journaliste de talent, issu de la petite bourgeoisie et rallié au peuple, excellent orateur qui aurait pu faire carrière parmi les privilégiés, et qui, jusqu’à sa mort, fut un exemple de dévouement à la cause qu’il avait embrassée. Quand je le connus en 1917, il avait déjà été vingt-deux fois emprisonné.

(18) L’exil en France dans les périodes de répression ou de chômage prolongé qui faisait aller gagner son pain au-delà des Pyrénées, favorisa la prise de contact avec les nombreux groupuscules où les longs cheveux, les sandales et la cravate lavallière étaient les distinctifs généralisés de l’individualité supérieure de chacun.

(19) Malheureusement, sous l’influence de démagogues éloquents, le congrès repoussa la constitution de fédérations d’industries, si nécessaire. On ne la commença qu’en 1931, et ce retard se fit sentir pendant la révolution.

=*=

* J’ai relayé de larges extraits de l’œuvre de P. Kropotkine « Le Révolté » dans ce billet-là ; Tous pour La Commune !

J’essaie, modestement, depuis la création de ce blog, d’être force de propositions, en appelant, pacifiquement à initier un changement de paradigme.

Souvent, j’affirme, lucidement, que je ne suis rien, ni personne.

Et je le suis

Mais je reste convaincue que plein de riens, c’est à dire, plein de nous, sommes capables de changer de paradigme.

J’espère sincèrement que les psychopathes aux manettes, nous en laisserons le temps.

Là est mon (notre) seul problème actuellement, entre autres…

JBL1960

Tous en Bikini !

Grâce à Killary

Ou à cause de Killary

Donc, Résistance71 nous propose la traduction de l’excellent John Pilger.

La lecture de cette analyse est tout à fait ; Transcendante…

Le danger de l’empire: Mascarade, mensonges et grand cirque politique pour une continuelle hégémonie mondiale (John Pilger)

https://resistance71.wordpress.com/2016/03/25/le-danger-de-lempire-mascarade-mensonges-et-grand-cirque-politique-pour-une-continuelle-hegemonie-mondiale-john-pilger/

Une guerre mondiale a commencé Brisons le silence  – John Pilger  20 Mars 2016

http://johnpilger.com/articles/a-world-war-has-begun-break-the-silence-

Ceci est la version édité par ses soins du discours qu’a fait récemment John Pilger à l’université de Sydney.

J’ai filmé aux îles Marshall. Qui sont au nord de l’Australie, au milieu de l’océan Pacifique. A chaque fois que je le dis aux gens , ils demandent: “Où est-ce ?” et si je leur donne un indice en leur disant “Bikini”, ils me disent: “vous voulez dire le maillot de bain ?”.

Peu ont l’air de se rendre compte que ce maillot de bain bikini a été appelé ainsi pour célébrer les explosions nucléaires qui ont dévasté l’île de Bikini. Soixante-six engins nucléaires ont été explosés par les États-Unis aux Îles Marshall entre 1946 et 1958, l’équivalent de 1,6 Hiroshima chaque jour… pendant 12 ans !

Aujourd’hui, Bikini est totalement silencieuse, mutée et contaminée. Les cocotiers poussent dans des formations étranges. Rien ne bouge. Il n’y a plus d’oiseaux. Les pierres tombales du vieux cimetière sont vivantes de radiations. Mes chaussures étaient sans cesse en zone “dangereux” sur le compteur Geiger.

Sur la plage, j’ai observé les eaux du Pacifique vertes émeraude tomber dans un énorme trou noir. Ceci est le cratère laissé par la bombe H appelée “Bravo”. L’explosion a empoisonné bien des gens et leur environnement sur des centaines de kilomètres, peut-être pour toujours.

A mon retour, je me suis arrêté à l’aéroport d’Honolulu à Hawaii et ai remarqué un magazine américain appelé “Women’s Health”. Sur la couverture figurait une femme souriante en bikini avec ce titre: “Vous aussi, vous pouvez avoir un corps pour le bikini” Quelques jours plus tôt, aux îles Marshall, j’avais interviewé des femmes qui avaient un bien autre “coprs pour le bikini” ; chacune avait souffert de cancer de la thyroïde et autres cancers mortels.

A l’encontre de la femme souriante du magazine, toutes étaient pauvres: des victimes et des cobayes d’une super-puissance vorace qui est aujourd ‘hui plus dangereuse que jamais.

Je narre cette expérience en tant qu’avertissement et pour interrompre une distraction qui a consumé tant d’entre nous. Le créateur de la propagande moderne Edward Bernays, a décrit ce phénomène comme étant “la manipulation consciente et intelligente des habitudes et des opinions” dans les sociétés dites démocratiques. Il appelait ceci “le gouvernement invisible”.

Combien de gens ont-ils vraiment conscience qu’une guerre mondiale a déjà commencé ? En ce moment, c’est une guerre de propagande, de mensonges et de distraction, mais tout ceci peut changer instantanément avec le premier ordre mal interprété, le premier missile.

En 2009, le président Obama se tenait devant une foule d’adorateurs au centre de la ville de Prague, au cœur même de l’Europe. Il se promit alors de faire du monde “un endroit sans armes nucléaires”. Des gens l’acclamèrent, certains même pleurèrent. Un torrent de platitudes inondèrent le public en provenance des médias. Dans la foulée, Obama reçût le Prix Nobel de la Paix.

Tout ceci n’était qu’une mascarade. Il mentait.

Le gouvernement Obama et son administration a construit encore plus d’armes nucléaires, plus de têtes nucléaires, plus de systèmes d’envoi balistique de ces têtes nucléaires. La dépense pour le développement de la capacité nucléaire américaine a été au plus haut sous Obama que sous n’importe quel autre président des États-Unis. Sur les derniers trente ans, le coût du développement de la capacité nucléaire des États-Unis est de plus de 1000 milliards de dollars.

Une mini bombe nucléaire est planifiée, elle est connue sous le nom de B61 modèle 12. On a jamais rien vu de semblable. Le général James Cartwright, un ex-chef d’état major adjoint a dit: “les rendre plus petites, rend leur utilisation plus possible et plausible..”

Ces derniers 18 mois, le plus grand rassemblement militaire depuis la seconde guerre mondiale, emmené par les USA, est en train de se dérouler le long de la frontière avec la Russie. Il n’y a pas eu de concentration de forces militaires de cette sorte à cet endroit depuis la préparation de l’invasion de l’URSS par Hitler. Aucune force depuis lors n’a démontré une telle menace envers la Russie. (NdT: pas même les forces de l’OTAN au plus fort de la guerre froide, parce que la réciproque existait de l’autre côté avec les forces du pacte de Varsovie…)

L’Ukraine, autrefois partie de l’Union Soviétique, est devenue un terrain de jeu de la CIA. Après avoir orchestré le coup d’état de Kiev, Washington contrôle de fait un régime qui est voisin et totalement hostile à la Russie: un régime corrompu, pourri jusqu’à la moelle par les nazis, littéralement. Des personnalités parlementaires prominentes ukrainiennes sont les descendants politiques des tristement célèbres OUN et UPA fascistes. Ils vénèrent Hitler ouvertement et appellent à la persécution et l’expulsion de toute la minorité linguistique russe.

Ceci ne fait que rarement les unes en occident ou est pirouetté pour supprimer la vérité.

Dans les pays Baltes, voisins de la Russie, l’armée américaine y déploie des troupes de combat, des chars, de l’artillerie lourde. Cette provocation extrême aux portes de la seconde puissance nucléaire mondiale n’est pas mentionnée en occident.

Ce qui rend la perspective d’une guerre nucléaire encore plus dangereuse est qu’une campagne parallèle se déroule contre la Chine.

Il se passe rarement un jour où la Chine n’est pas élevée au rang de “menace”. D’après l’amiral américain Harry Harris, le chef de la flotte du Pacifique, la Chine “est en train de construire une grande muraille de sable dans la Mer de Chine méridionale”.

Il se réfère ici à la construction par la Chine de bases aériennes dans les îles Spratly, qui sont sujettes à dispute territoriale avec les Philippines, une dispute qui n’en fut jamais une jusqu’à ce que Washington corrompe le gouvernement de Manille et que le Pentagone ne lance une campagne de propagande appelée “liberté de navigation”.

Qu’est-ce que tout cela veut vraiment dire ? Cela veut dire liberté pour les navires de guerre américains de patrouiller et de dominer les eaux côtières chinoises. Essayez donc d’imaginer la réaction des Américains si des navires de guerre chinois venaient faire la même chose aux larges des côtes californiennes.

J’ai réalisé un documentaire appelé “The War You Don’t See”, dans lequel je m’entretiens avec de distingués journalistes américains et britanniques: des reporters comme Dan Rather de CBS News, Rageh Omar de la BBC, David Rose de l’Observer.

Tous ont dit que si les journalistes et les chaînes de télévision et leurs services d’information avaient fait leur boulot et mis en question la propagande disant que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive, si les mensonges éhontés des Bush et Blair n’avaient pas été amplifiés par les journalistes, alors l’invasion de l’Irak en 2003 n’aurait sans doute pas eu lieu et des centaines de milliers de personnes, hommes, femmes et enfants, seraient encore en vie aujourd’hui.

La propagande qui établit la fondation pour une guerre contre la Russie et/ou la Chine n’est pas différente dans le principe. A ma connaissance, aucun journaliste du calibre disons d’un Dan Rather dans les médias occidentaux, n’a posé la question de savoir pourquoi la Chine construit-elle des bases aériennes en Mer de Chine du Sud ?

La réponse saute aux yeux pourtant. Les États-Unis sont en train d’encercler la Chine avec un réseau intriqué de bases militaires, de missiles balistiques, de groupes de combat et de bombardiers à haute capacité nucléaire.

L’arc létal s’étend de l’Australie aux îles du Pacifique, les Mariannes, Marshall et Guam, aux Philippines, la Thaïlande, Okinawa au Japon et la Corée du Sud, à travers l’Eurasie par l’Afghanistan et l’Inde. Les États-Unis ont mis un nœud coulant autour du cou de la Chine. Ceci n’est pas nouveau. Silence des médias = guerre par médias.

En 2015, les États-Unis et l’Australie ont effectué dans le plus grand secret, la plus grande manœuvre militaire aéronavale de l’histoire récente, nom de code “Sabre talisman”. Son objectif était une répétition générale d’un plan de bataille aéronaval bloquant des routes maritimes stratégiques comme le détroit de Malacca (entre la Malaisie et Sumatra en Indonésie) et le détroit de Lombok (en Indonésie), qui couperait l’accès de la Chine au pétrole, au gaz et à d’autres matières premières vitales en provenance du Moyen-Orient et d’Afrique.

Dans le grand cirque qu’est la campagne présidentielle américaine, Donald Trump est présenté comme un dérangé, un fasciste. Il est très certainement odieux, mais il est aussi une tête de turc des médias, rien que cela devrait éveiller le scepticisme.

Les vues de Trump sur l’immigration sont des plus grotesques, mais pas plus grotesques que celles d’un David Cameron, Ce n’est pas Trump qui est en ce moment le plus grand déporteur des États-Unis, mais bel et bien le Prix Nobel de la Paix Barack Obama.

D’après un commentateur “prodigieux” libéral, Trump est en train de “lâcher les forces des ténèbres et de la violence” aux États-Unis. Les lâcher ?

Ceci est le pays où de petits gamins flinguent leurs mères et la police déclenche une guerre meurtrière contre les afro-américains. Ceci est le pays qui a attaqué et a recherché le renversement de plus de 50 gouvernements, pour la plupart démocratiquement élus et qui a bombardé intensément de l’Asie au Moyen-Orient, causant la mort et la dépossession de millions et de millions de personnes.

Aucun pays ne peut rivaliser avec cette violence systémique. La plus grande partie des guerres de l’Amérique (pratiquement toute contre des nations sans défense réelle) n’ont pas été lancées par des présidents républicains, mais bien par des présidents libéraux comme Truman, Kennedy, Johnson, Carter, Clinton et donc Obama.

En 1947, une série de directives en provenance du Conseil Nationale de la Sécurité (CNS) décrivit l’objectif primordial de la politique étrangère américaine comme étant “de façonner un monde substantiellement à l’image des États-Unis eux-mêmes”. L’idéologie empruntée était l’américanisme messianique (NdT: le même qui est utilisé pour justifier de la doctrine chrétienne de la découverte et du concept de “peuple élu” biblique, tel que la démontré le juriste Steven Newcomb dans son ouvrage de recherche: “Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte”, que nous avons traduit). Nous étions tous des Américains ; ou alors… Les hérétiques seront convertis, subvertis, corrompus, achetés, calomniés et écrasés.

Donald Trump en est un symptôme mais il en est aussi un marginal. Il dit que l’invasion de l’Irak fut un crime ; il ne veut pas entrer en guerre contre la Russie ou la Chine. Le danger réel pour nous tous dans ce système n’est pas Trump mais bel et bien Hillary Clinton. Elle n’est pas du tout marginale. Elle personnalise l’endurance et la violence d’un système dont l’ “exceptionnalisme” tant vanté est totalitaire avec de temps en temps un visage libéral.

Alors que les élections présidentielles s’approchent, Clinton sera acclamée comme la première femme président, et ce en dépit de tous ses crimes et ses mensonges, tout comme Obama fut loué comme le premier président noir américain et les libéraux ont gobé tout ce non sens total au sujet de l’espoir (NdT: Le “Hope” de sa campagne électorale et son tout aussi pathétique “Yes We Can !” qui a endormi la gôche bobo yankee pour des années et muselé le mouvement anti-guerre… l‘enfumage fut total et réussi… plus dur est le réveil aujourd’hui !)

Décrit par le journaliste du Guardian Owen Jones comme “drôle, charmant, avec une aura qui balaie pratiquement tous les autres politiciens”, cet Obama donc l’autre jour à envoyé des drones massacrer plus de 150 personnes en Somalie. Il tue en général les gens les mardis, car c’est ce jour d’après le New York Times, qu’on lui remet la liste de la semaines des candidats à la mort par drone. Tellement cool. (NdT: Obama a lui même déclaré: “En fait, je suis assez bon à tuer des gens”, sa phrase exacte ayant été: “It turns out that I am pretty good at killing people”, 2012…)

Dans la campagne présidentielle de 2008, Hillary Clinton avait menacé de “totalement oblitérer” l’Iran avec des armes nucléaires. En tant que ministre des affaires étrangères du gouvernement Obama, elle a participé au renversement du gouvernement démocratique du Honduras. Sa contribution à la destruction de la Libye en 2011 fut radieuse. Quand le leader libyen le colonel Kadhafi fut publiquement sodomisé avec un couteau, un assassinat rendu possible grâce à la logistique américaine, Clinton éructa dans un entretien: “Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort.”

Une des alliées les plus proches de Clinton est l’ancienne ministre des AE de Bill Clinton, Madeleine Albright, qui attaqua vertement des jeunes femmes pour ne pas soutenir “Hillary”. La même Albright qui célébra à la TV dans un épisode d’entretien tristement célèbre qu’un demi million d’enfants irakiens morts durant l’embargo de 10 ans du pays “en valait la peine”…

Parmi les plus gros soutiens de Clinton se trouve le lobby israélien et les entreprises d’armement qui entretiennent la violence au Moyen-Orient. Elle et son mari Bill on reçu des fortunes de Wall Street et pourtant elle va être nominée comme la candidate femme à la présidentielle, pour battre le grand méchant Trump, le démon officiel. Son fan club inclut de distingué(e)s féministes, du style de Gloria Steinem aux Etats-Unis et Anne Summers en Australie.

Il y a une génération de cela, un culte post-moderne comme “la politique identitaire” avait arrêté bien des personnes intelligentes et bien-intentionnées qui examinaient les causes et les individus qui soutenaient de telles personnes comme Obama et Clinton, ou des mouvement frauduleux comme Syriza en Grèce, des traîtres qui ont leurré un peuple et un pays entiers et se sont alliés à leurs ennemis.

L’auto-absorption, une sorte d’égoïsme, de “moi-isme”, est devenue un nouvel esprit du temps dans les sociétés occidentales privilégiées et a signalé l’échec des grands mouvements collectifs anti-guerre, contre l’injustice sociale, l’inégalité, le racisme et le sexisme.

Aujourd’hui, le grand sommeil est peut-être fini. Les jeunes ont repris la barre, graduellement. Les milliers en Angleterre qui ont soutenu Jeremy Corbyn en tant que leader du parti travailliste, font partie de cet éveil, tout comme ceux qui s’étaient ralliés aux États-Unis à la cohorte de soutien du sénateur Bernie Sanders.

En Grande-Bretagne la semaine dernière, l’allié le plus proche de Jeremy Corbyn, son trésorier de l’ombre John McDonnell, a rejoint un gouvernement travailliste pour payer les dettes des banques parasites et pirates et de fait, de continuer la soi-disant austérité.

Aux États-Unis, Bernie Sanders a promis de soutenir Clinton si ou quand elle sera nominée candidate démocrate. Lui aussi a voté pour l’utilisation de la force par les États-Unis contre d’autres pays quand il pense que c’est “juste et bien”. Il dit qu’Obama a fait un “super boulot”.

En Australie, il existe une sorte de politique mortuaire dans laquelle des jeux parlementaires fastidieux se jouent dans les médias alors que des réfugiés et des indigènes sont persécutés, que l’inégalité sociale croît avec le danger de guerre. Le gouvernement de Malcom Turnbull vient juste de voter un soi-disant budget de la défense de 195 milliards de dollars, ce qui représente une sacrée poussée vers la guerre. Il n’y eut aucun débat. Juste le silence.

Qu’est-il arrivé à la grande tradition populaire de l’action directe (NdT: et de la désobéissance civile si chère à Howard Zinn…), imperméable aux partis politiques ? Où est le courage, l’imagination et la motivation, l’implication, tous des requis pour commencer le long chemin vers un monde meilleur, plus juste et pacifique ? Où sont les dissidents dans l’art, le cinéma, le théâtre, la littérature ?

Où sont tous ceux qui brisent le silence ? Ou devons-nous attendre jusqu’à ce que le premier missile nucléaire soit tiré ?

=*=

Quand Pilger fait remarquer que « L’idéologie empruntée était l’américanisme messianique » il pointe du doigts ce sur quoi s’est construite la Nation Indispensable. Et quand je dis qu’on peut, qu’on doit faire tomber l’Empire, car un empire sans terre est un empire à terre. C’est le préalable, à toutes choses. Chaque année cet empire renouvelle ses vœux, si j’ose dire, en commérant le Colombus Day ! Nous devons nous assurer que plus jamais on ne fêtera Thanksgiving ou l’Australia Day ou le Día de la Raza ; Plus jamais…

Le risque, aujourd’hui, bien réel, c’est que l’on a jamais été si prêt de voir passer les missiles inter-continentaux au-dessus de nos têtes, comme dans le film  « Le jour d’après » de Nicholas Meyer (1983).

C’est vraiment à nous de voir, si nous voulons être les spectateurs effarés de notre propre destruction ou si nous décidons de ne plus renoncer, d’où nous sommes, ici & maintenant…

Il y a peu, Steven Newcomb, cité dans cette analyse, nous appelait, lui aussi à nous réveiller.

Nous avons à faire à l’Empire du Mal ; N’en doutez plus…

Réveillez-vous, réveillons-nous, tous, il est temps !

Mieux vaut trop tôt que trop tard.

Et il est bien temps !

JBL1960